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L' édito

Kodak en faillite après avoir raté le virage du numérique

Gare au syndrome Kodak

| Changer la taille du texte Augmenter la taille du texteDiminuer la taille du texteSylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - Publié le 23.01.12

On pensait la petite boîte jaune éternelle. Comme le Kodachrome des couleurs d’Autant en emporte le Vent. Comme la Tri-X Pan en noir et blanc d’A bout de souffle. Deux pellicules de la vieille maison Kodak, qui vient de se déclarer en état de faillite. Autant en emporte le vent du numérique pour laisser la vénérable société américaine fondée en 1888 à bout de souffle. Les megapixels ont gagné sur l’argentique ? On le sait depuis une bonne dizaine d’années, mais là où l’affaire prend un tour pathétique, c’est qu’en fouillant dans les tréfonds de son histoire, on découvre que Kodak, le premier, a mis sur le marché un appareil photo numérique. Et ce, dès 1975 ! Evidemment, l’engin était gros comme un transistor et affichait royalement 10 000 pixels, mille fois moins qu'un appareil actuel.

Et puis, plus rien, ou presque, pendant vingt ans. Alors quoi, les dirigeants du géant de Rochester dans l’Etat de New-York ont raté le coche ? Comme ils ont raté celui du photocopieur après-guerre, ou du Polaroid un peu plus tard. Incompétence ? Dédain plutôt, avoué par l’ancien DRH monde du groupe, François Sauteron : « Quand vous avez 90 % de part de marché aux Etats-Unis, vous vous croyez tout-puissant.

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Cela a conduit Kodak à ignorer plusieurs innovations, qu'il considérait comme des gadgets »

Il faut dire qu’à l’époque où les ingénieurs découvrent la photo numérique, leur employeur est à son apogée dégageant 20 milliards de résultats, s’offrant une marge d’exploitation de 17 %. Une poule aux œufs d’or que personne ne veut tuer – surtout pas les actionnaires dopés au court terme – en produisant l’imagerie du futur qui se passe de ce que Kodak fabrique le mieux : des pellicules et les produits pour les développer. La boîte jaune basculera, finalement vers le numérique. Mais c’est trop tard. Sony, Nikon, Canon sont dans la place et bien en place.

La chute de la maison Kodak, comme celle de General Motors en 2008 est le fruit de cette incapacité à se remettre en question, de l’argentique au numérique par ici, du gros V8 glouton au petit quatre cylindres économique par là. Mais elle est peut-être aussi, dans les deux cas, la conséquence d’une lourdeur qui semble coller aux basques de certaines entreprises de taille inhumaine.

On imagine parfaitement l’ingénieur vantant les mérites de son invention numérique, en 1975, au siège de Kodak. Quand il a voulu aller plus loin que ses 10 000 pixels, développer sa trouvaille, il est allé plaider au comité de direction. On lui a peut-être dit « OK, va y fonce ». Ravi, il est allé voir la direction des finances, pour débloquer un budget pour son projet. Mais on lui a répondu « OK, mais il faut prendre un ticket. On a plein d’autres projets en attente. » A la DRH, où il a demandé que l’on mette à sa disposition une équipe de chercheurs, même réponse. « Prends un ticket, il y a déjà le marketing et le commercial qui veulent des effectifs. Tout le monde est prioritaire, c’est chacun son tour.» Au marketing, justement, il a demandé une étude, pour savoir combien les consommateurs étaient prêts à débourser pour un appareil numérique. Il est ressorti du bureau avec un nouveau ticket. Aujourd’hui, le pauvre homme, muni de ses tickets, les utilise pour sécher ses larmes.

Ceux qui travaillent en entreprise devraient garder le déclin de ce fleuron de l’industrie photographique dans un coin de la tête. De temps un temps, ils devraient d’ailleurs calculer l’indice Kodak de la boîte qui les emploie. Un indice, ou plutôt un ratio mesurant le degré d’inertie, de court-termisme et de manque de vision d’avenir. Et lorsque cet indice explose, c’est qu’il est grand temps de changer de crèmerie.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr – 23 janvier 2012

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Bonhommes Kodak/Goude voleurs de couleurs

Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr

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Commentaires (5)

arsinoe -

27 janvier 2012

Je trouve que la critique est un peu facile quand-même.

myriam -

26 janvier 2012

Le syndrome de kodak..et de paruvendu ! La meme chose pour cette société qui se reposait sur ces lauriers et n'a jamais voulu croire aux annonces web.. le journal..le journal.. les annonces web hors de prix malgré une concurrence gratuite. Les salaries etaient les premiers a essayer d'ouvrir les yeux aux dirigeants.. mais non voyons paruvendu est le numero un pas de probleme. Du coup plans sociale a repetition.. liquidation.. 3000 tetes aux chomages. Syndrone kodak.

Brousse Ouillisse -

24 janvier 2012

Un beau gachis, qui était pourtant écrit depuis 2 décennies ! Mon vieux père, qui travaillait dans le milieu de la photo, m'a raconté une anecdote qui présageait déjà de la fin (relative, la mise en faillitte étant une procédure de sauvegarde, pas encore un avis de décès) du géant Kodak. En l'occurence, dans les années 80, FujiFilm, le grand concurrent japonais, faisait le même chiffre d'affaires que Kodak AVEC DES EFFECTIFS 2 FOIS MOINDRES ! C'est bien là le problème des grosses boites, au bout d'un moment, elles ne savent pas maigrir. La course en avant les à amenées à se diversifier dans le prolongement des activités existantes, au lieu d'aller chercher la technologie de rupture suivante. Vivant sur l'acquis, elles sont souvent incapables d'évoluer, à cause du poids du passé et dans ces conditions, elles finissent pas se retrouver face à des concurrents low-cost (spéciale dédicace à Orange). Jack Welch, de General Electric, avait trouvé une solution radicale pour que son groupe ne s'ankylose pas: 20% des cadres étaient remerciés tous les ans. De quoi garder les troupes motivées et les meilleurs, ceux capables de faire évouer l'entreprise. Par ailleurs, le fait que les actionnaires réclament des bénéfices dans une logique court-termiste démontre qu'il faut en permancence réfléchir au ratio CP/P (capacité de production/production), illustrée par la poule aux oeufs d'or. Les court-termistes préfèrent doper la ponte, au risque de voir la poule mourir. Les autres, préfèrent la ménager, mais récoltent moins d'oeufs d'or...mais plus longtemps :-) Dommage quand même, mon Instamatic m'a donné des souvenirs inoubliables et les KodakChrome de mon père sont encore éblouissantes !

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