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L' édito

Baromètre Cadremploi/Ifop Janvier 2010

Cadre 2010 : « je vais bien donc tout va bien »

| Changer la taille du texte Augmenter la taille du texteDiminuer la taille du texteSylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - Publié le 25.01.10

Quelques sondages nous avaient mis la puce à l'oreille. Les cadres auraient retrouvé le moral. Pourquoi ? Comment ? En fait, on peinait à trouver une explication à ce phénomène curieux qui voudrait que les cols blancs aient des œillères et ne voient pas ce qui se passe dans le champ dévasté de l'économie en crise. Alors, on a demandé à l'institut Ifop de focaliser la 4e vague de notre baromètre sur cette énigme. Les résultats sont là, tout frais, tout chauds et ils valent leur pesant de cacahuètes.

 

Oui, effectivement, les cadres ont retrouvé la banane. Heu-reux, qu'ils sont. Même pas peur. Leur boulot ? 66 % d'entre eux sont confiants dans l'avenir de leur poste, révèle la 4e vague de notre baromètre Cadremploi / Ifop. Mieux. Ceux de l'industrie, qui auraient pourtant quelques bonnes raisons de se faire du mouron, sont 70 % d'optimistes. Tous secteurs et tous métiers confondus, ils ont même repris goût à la mobilité et 42 % d'entre eux ont bel et bien envisagé de changer de boîte au cours des trois derniers mois. Un score en hausse de 11 points par rapport à la précédente étude, que nous avions réalisée en juin dernier.

 

Alors, n'en croyant pas nos tableaux Excel, on s'en est allé leur parler de la crise. Vous savez ce truc qui booste les scores du Pole emploi.

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Et c'est à ce moment là qu'est apparu devant nos yeux ébahis, un drôle de mutant schizophrène, un docteur cadre youplaboum et un mister citoyen sinistrose.

 

Car à chaque question sur la situation générale de l'économie nationale, ils sont comme vous et moi (surtout moi) : super pessimistes. Et ce, dans les mêmes proportions que leur optimisme : deux tiers des sondés voient l'avenir du pays en gris anthracite. En poussant plus loin et en tentant de vérifier ce dédoublement de personnalité, on s'est tout de même aperçu qu'ils étaient parfaitement conscients de l'impact de la fameuse crise sur leur propre boulot. Leurs relations hiérarchiques se sont détériorées, tout comme l'ambiance générale de travail.

 

La même question nous reste donc sur les bras : pourquoi ? Pourquoi cet optimiste forcené et limité à leur seul personne ? Et si cette réaction était celle de survivants ? De soldats qui ont tout encaissé depuis des années et en particulier l'année passée et qui se sont tellement blindés qu'ils ne risquent plus rien. Il faut dire qu'ils ont  été sur-entrainés à coup de formations en « développement personnel », que leur salaire a été individualisé pour s'assurer de leur motivation au combat, au point que le narcissisme professionnel fait partie de leur ADN.

 

Les faibles auraient été emportés par la crise, ne resteraient que les warriors. Une façon de penser le monde du travail tout en « isme » (individualisme et bellicisme) développée et encouragée par les grandes écoles depuis une trentaine d'années. Lesquelles grandes écoles ont formé des bataillons de cadres aujourd'hui aux affaires. Un état d'esprit du quitte ou double : soit il permet à ceux qui en sont imprégnés de traverser la tempête sans (trop) d'encombres, soit il fait des dégâts d'autant plus considérables que ceux qui subissent la tempête n'ont, à aucun moment, envisagé l'échec. Réponse après la crise. Pas tout de suite, donc.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 25 janvier 2010

Consultez ici les résultats du Baromètre Cadremploi/ Ifop - 4e vague Janvier 2010 et réagissez sur le forum ci-dessous.

Les cadres voient la vie en rose

Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr

 

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Commentaires ###NB_COMMENTAIRE###

Toukette -

29 janvier 2010

Je pense qu'ils n'ont pas interrogé les jeunes diplômés! Comment être optimiste quand 90% des offres d'emploi s'adressent à des séniors (mini 5 ans d'expé dans mon domaine) et que les seules offres s'adressant à des juniors sont prises d'assaut. Après un excellent stage, votre équipe R&D souhaite vous garder mais le service marketing s'y oppose. Alors vous postulez ailleurs en vain. Après 50 candidatures (spontanées ou pas) vous acceptez un job pour lequel vous n'avez pas été formé (bien payé oui peut être) mais vous vous sentez trahi, démotivé. Beaucoup de mes jeunes collègues ont repris des études (Master dans un autre domaine ou thèse), d'autres ont accepté comme moi "n'importe quel job". Puis on culpabilise de se plaindre, il parait que c'était plus dur avant et que les autres cadres sont optimistes, eux...

ABEL -

25 janvier 2010

Après le burn out constaté des enseignants et ....des médecins , victimes de leur vocation, voici que se présage celui des cadres supérieurs .Mais qu'arrive-t-il à notre société ? est-elle malade ?

A -

25 janvier 2010

Je pense que j'ai surement beaucoup de chance mais, je n'ai jamais connu la crise economique. Je travaille depuis 1999. Apres 5 ans d'etudes, j'ai commence dans un big 5 (cabinet d'audit), comme secretaire (interimaire, j'avais besoin de rembourser mes prets) puis au bout de 3 semaines, je suis passee consultante. J'ai demissionne avant les licenciements de 2002, puis j'ai trouve moi meme des CDD dans des banques. Ensuite j'ai ete consultante pour diverses societes, toujours dans des banques. En 2007, suite a une grave maladie et une depression, j'ai demenage a Londres pour un nouveau depart dans une autre societe. Ma banque a ete rachetee par une autre au bout d'un an, j'ai mis a jour mon CV et ai trouve immediatement une autre place chez un editeur, toujours avant les vagues de licenciement. Je viens de re-trouver un autre emploi dans une grande banque, en free lance, entre Londres et Paris, sans raison particuliere autre que d'avoir envie d'etre mon propre patron. On me propose toujours deux nouvelles pistes par semaine (je les garde dans un coin au cas ou j'ai besoin d'un plan B :). Le temps de ce parcours: presque 10 ans, mon salaire multiplie par trois en tout. Je pense d'ailleurs creer une autre societe cette annee dans un domaine qui n'a rien a voir :) (voyages d'exception sur mesure) Les deux seules crises que j'ai connu etaient majoritairement des crises dues a ma situation personnelle, ou a des contraintes internes a l'entreprise egalement personnelles (harcelement moral par exemple ... :) mais pratiquement pas economiques. Donc oui je dirai quand on se bouge, qu'on garde l'esprit ouvert, on y arrive. Mais je pense que pour certaines personnes, c'est plus difficile que pour d'autres. Je connais beaucoup de cadres amis qui ont perdu leur emploi pendant la crise et qui se sont enfermes dans la depression. Je ne les juge pas et c'est dur, je le sais. J'en connais aussi qui repartent. Ce qui est drole c'est que quand j'ai eu mes problemes, les gens pensaient que j'etais faible, pas du tout resiliente. En fait j'accuse le coup tout de suite, et fort, mais je continue quand meme a marcher et apres je repars avec encore plus de dynamisme et je fais mieux, tout ca en pleine crise :) Et oui je suis tout a fait optimisme et confiante dans mes capacites de resilience et mon esprit d'entreprise. Par contre, m'accuser de narcissisme, peut etre pas, et je pense honnetement avoir toutes les raisons d'etre fiere de mon parcours, meme et justement si il s'est fait a un prix qui a ete difficile a payer..

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