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L' édito

Télétravail

Demain, on rentre à la maison

| Changer la taille du texte Augmenter la taille du texteDiminuer la taille du texteSylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - Publié le 07.12.09

A peine cinq ans à attendre. Cinq ans de bouchons, de transports en commun surchargés et d'open space collés-serrés. Après ? C'est chacun chez soi, enfin pour 50 % d'entre nous, en tous cas. C'est ce que vient de décréter le Centre d'analyse stratégique (CAS). En se basant sur de savants calculs, les statisticiens de cet organisme ont fixé la date de l'explosion du télétravail : ce sera 2015. Cette année là, la moitié des salariés français, principalement des cadres, pourront rester chez eux.

Alors, envie de rentrer à la maison ? Vu comme ça, de loin, on applaudit, et on fait les cartons. Adieu les inutiles déplacements, bonjour les économies de carburant, vive les bienfaits pour l'environnement, et le stress aux abonnés absents. Sauf qu'on est renâcleur comme c'est pas permis. Et qu'on se demande toujours ce que cache une bonne grosse nouvelle comme celle-là. Pas besoin du téléscope Hubble pour voir ce qui cloche dans celle que nous livre le CAS, puisque les anicroches sont dans l'étude elle-même.

C'est qu'il paraîtrait que les télétravailleurs sont quatre fois plus contactés par leurs supérieurs au cours d'une journée (par voie de mail ou téléphone) que les autres salariés. Et voilà notre belle image du cadre libre dans sa tête, dans son corps et dans son salon bien malmenée. C'est plus du télétravail, c'est de la résidence surveillée de cinéaste américain dans un chalet suisse.

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Mais après tout, la journée de télétravailleur n'est pas destinée à faire une machine de blanc, à passer l'aspi et à surveiller la blanquette.

Le cadre à domicile bosse. Au moins autant que ses compères au bureau. Voire plus. C'est que, toujours selon l'enquête, le travail de nuit et lors des week-ends, c'est pour sa pomme, beaucoup plus souvent que pour ses collègues "postés". En plus, l'accord national interprofessionnel signé par les entreprises en 2005 prévoit que les frais professionnels du télétravailleur (matériel informatique, connexion internet, téléphone, etc.) doivent être prises en charge par l'employeur. Or, pour le Centre d'analyse stratégique, cette situation, à priori logique, serait "relativement exceptionnelle". Beaucoup de télétravailleurs paieraient pour bosser.

Alors, toujours envie de rentrer à la maison ? Surtout que, outre les désagréments évoqués, ceux qui restent chez eux risquent d'êttre squizzés de pas mal de relations sociales formelles ou plus informelles. Se tenant éloignés de l'information officielle (le contact de visu avec ses supérieurs) comme officieuse (les bruits de couloir), beaucoup de choses lui échappent, et notamment les opportunités de promotion.

Alors encore envie de rentrer à la maison ? Parce que, non content de se farcir tous ces obstacles, le cadre dans son salon devra lutter contre un autre fléau : la jalousie des collègues. Tout ceux qui, englués sur le périf  le maudissent. Tous ceux qui, aux prises avec un voisin d'open space hurleur, le haïssent. Alors que le télétravailleur tout seul chez lui, rêve de croiser quelqu'un entre le couloir et la cuisine où il va se faire couler un petit café. Vieux paradoxe.

Bon, mais on divague et il est déjà 21h30 ce dimanche soir. Il est temps de plier cet édito et d'éteindre cet ordi. Le week-end commence. Jusqu'à demain matin.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 6 décembre 2009

Illustrations © Charles Monnier Cadremploi

 

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    Commentaires (6)

    corinne rémy -

    09 décembre 2009

    sI l'on envisage le télétravail de cette façon, il est clair que les mentalités ne sont pas près d'évoluer et les résistances perdureront. Plutôt que de passer d'une extrême à l'autre, j'envisage le télétravail à temps partiel. Entre ne plus avoir de contact avec la société et y être tous les jours, il y a peut-être des solutions intermédiaires. Ne pas être dans le bureau de mon entreprise 2 jours par semaine ne m'empêcherait pas de garder le contact avec les collègues et ne me déconnecterait pas de la vie de l'entreprise. De toute évidence, il faudrait renforcer la communication interne afin de ne pas passer à coté des nouvelles (stratégiques ?). Donc pour moi le télétravail oui à condition qu'il soit à temps partiel et que l'environnement (bureau, emplacement) et les outils à la maison soient à la hauteur de mes attentes.

    Nathalie Ancelin-Mucchielli -

    08 décembre 2009

    J'ai eu l'occasion de travailler deux fois à domicile. Entre 1986 et 1995 et actuellement. La première fois ça faisait partie des règles de l'entreprise : pas de bureau officiel, des bureaux de passage. Aujourd'hui, je suis en free-lance. Outre les avantages et désagréments évoqués, j'ajouterai : * être seul(e) toute la journée peut ralentir la stimulation intellectuelle, pouvoir partager ne serait-ce que 10 mn avec les collègues permet de faire avancer rapidement des dossiers de réflexion, de trouver un tuyau pour un contact, une référence pour nourrir une analyse,... * Dans les frais pris en charge par l'employeur ( quand c'est le cas), il faut ajouter les frais de fonctionnement ( électricité, chauffage, téléphone personnel,...ET l'espace dédié au bureau qui dans les appartements parisiens n'est pas une mince affaire) * Par ailleurs, il faut une sacrée discipline ! Il serait intéressant d'entreprendre une étude sur la rentabilité du "télétravail" pour l'entreprise, pour le salarié, pour la qualité des dossiers... à court/ moyen / long terme.

    EL -

    08 décembre 2009

    je ne suis pas de cet avis... je suis en télétravail depuis cinq ans et cela dans les deux dernieres societes pour lesquelles j'ai travaille. Tout ce passe bien a chaque fois, mais il est dur de se faire reconnaitre "travailleur" au début. Tout le monde a l'image d'une personne en pijama, peignoir, pantoufle devant son ordinateur entrain de relever ses mails a 9h30... Faire comprendre que travailler de chez soi, c'est avoir un espace de travail "privatif" dédié au travail dans sa maison, des horaires de travail strict et etre irreprochable sur le travail accomplis... ce n'est pas facile a faire admettre. Mais tout mes collaborateurs, apres six mois de travail reconnaissent que tout ce passe a merveille et que la distance n'est en soit pas du tout un probleme (en effet, avec la prise a distance du controle de l'ordinateur, les visios conferences, le telephone illimité... tout facilite les choses). Oui mais voila... la maison mère actuelle de la societe ferme la filière, et pour le reclassement elle ne veut en aucun cas entendre parler de télétravail... Pourquoi ? Car il y a un problème majeur dans le télétravail : les femmes (ou hommes) qui sont actuellement a "80%" dans les sociétés afin de garder leur enfant le mercredi... (ou autre raison) avec le télétravail, ces personnes vont vouloir repasser à 100% et travailler de chez elles. Voici donc un cas plus que concret, qui va me couter mon reclassement et me mettre au chomage pour 2010. Et trouver une societe en teletravail n'est vraiment pas chose aisée. 2009 ou 2015 ne changera en rien cela.

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