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L' édito

Formation cadres dirigeants

Grandes écoles : sclérose en place

| Changer la taille du texte Augmenter la taille du texteDiminuer la taille du texteSylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - Publié le 15.09.08

La charge est violente. Et la cavalerie est lourdement armée. Les auteurs de l’ouvrage « Grandes écoles, la fin d’une exception française » ne sont pas partis en campagne les mains vides. En guise de munitions, Emmanuelle Walter et Thomas Lebègue nous livrent des dizaines de témoignages et des centaines de documents brillamment compilés, disséqués et analysés pour arriver à une conclusion implacable : l’absolue impasse dans laquelle se trouve aujourd’hui le système de formation des cadres dirigeants français.

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Évidemment, on connaissait l’hégémonie exercée par cinq ou six écoles françaises dont les anciens élèves contrôlent l’ensemble de l’économie française, puisqu’ils sont à la tête des entreprises du CAC 40, comme de l’ensemble des rouages de la haute fonction publique. On se doutait de la collusion entretenue entre eux, de la microsociété élitiste et impénétrable qu’une telle situation a engendrée, et qui continue d’être entretenue depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Mais à lire le bouquin des deux journalistes snipers, on est pris d’un vertige. Qui va bien au-delà de la simple nécessité d’une réforme du système d’enseignement supérieur français. Car le risque est grand de confier les rênes du pays et de ses grandes entreprises à des seuls cadres élevés au même biberon énarchisant ou polytechnisant et qui vont eux-mêmes coopter leurs pairs.

Ce risque est évidemment celui d’une sclérose inévitable lorsque l’on n’est plus éclairé de conseils venus d’autres univers que le sien.  Difficile alors de se frotter aux réalités d’un monde en évolution constante. Difficile de faire surnager une entreprise, ou un pays tout entier. Un exemple ? Les auteurs en livrent peu, mais celui qui introduit l‘ouvrage on le connaît tous et c’est sans doute l’un des plus significatif de la décennie. Il s’agit de l’affaire Kerviel. Le trader de la Société Générale est un pur produit de la fac, tant honnie. Et il est entouré, jusqu’au sommet de l’entreprise, de cadres issus des grandes écoles. Le goût de la revanche sociale lui a peut-être fait commettre les fraudes monumentales qui ont engendré une facture de 4,8 milliards d’euros pour la banque. Mais au-delà de cette volonté de prouver que lui aussi pouvait entrer dans le cercle des initiés, les auteurs de ce polar du troisième cycle, pointent du doigt un milieu où tout repose sur une confiance inébranlable entre gens du même monde.

Elevés dans le même milieu socioculturel, éduqués, depuis la maternelle, dans les mêmes bons établissements, ils ne sauraient déroger à la règle tacite de leur milieu, ce qui rend inutile les contrôles qu’il conviendrait d’exercer sur eux. Jusqu’à ce qu’un trublion vienne, et de quelle manière, transgresser les belles manières. Mais la leçon Kerviel n’a pas pour autant remis en cause le système de gouvernance de la banque. Des énarques ont été débarqués. Mais ils ont aussitôt été remplacés par d’autres énarques, rappellent les auteurs.

Le système est aujourd’hui à bout de forces, mais il résiste encore, malgré des volontés privées ou gouvernementales de le transformer, de l’adapter en allant voir ailleurs ce qui se trame. Pour l’instant, l’exemple étranger permet surtout de mesurer à quel point la France fait exception. Et comme l’écrivent les auteurs en guise de conclusion,  « l’exception culturelle, parfois, ne mérite pas qu’on s’y attarde ».

Ce pavé dans la mare proprette des prépas, des X, des HEC et de quelques autres n’est pas pour autant une sinistre compilation de rapports, de fiches et d’entretiens avec d’éminents et obscurs spécialistes. C’est vers une plongée dans un univers extra-terrestre que les auteurs nous embarquent. On est aux côtés des Enarques déçus de leur classement ou d’élèves de prépas révoltés par des profs aux méthodes à la limite du harcèlement moral. On est à côté d’eux et comme eux, on prend conscience du poids de la machine à broyer toute créativité. Mais eux l’acceptent, parce qu’ils savent que dans la France de 2008, c’est encore le ticket gagnant.    

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Commentaires (37)

Quentin -

21 octobre 2008

Merci à tous les détracteurs de ces écoles de commerce de ne pas non plus tomber dans l'amalgame facile. On parle dans les commentaires de ces "incompétents", "incapables de diriger", "fondus dans le même moule". Il y a comme partout ailleurs des incompétents en école de commerce, des gens dont l'ouverture d'esprit se limite effectivement à un milieu stéréotypé. Mais il y en a une majorité d'autres qui valent mieux que ce que certain dépeignent ici, et qui savent encore penser par eux-même.Et pour ces gens là, les moyens mis à disposition par cet "axe du mal" des ESC dépassent largement ceux qu'une faculté aurait à leur proposer. "Je connais des HEC à qui je ne confierais pas la direction d'une entreprise" dixit Benoît...moi je connais des diplômés de médecine à qui je ne confierais pas ma vie , et pourtant j'ai un grand respect pour cette formation ! Dénigrer la qualité de certaines écoles sur le seul fondement qu'il peut en sortir des incompétents n'est il pas un brin limité et facile ?

LACOUR -

23 septembre 2008

Cet article est particulièrement choquant car il tire sur ce qui marche (les grandes écoles) au lieu de tirer sur ce qui ne marche pas. Laissez les grandes écoles fonctionner... Améliorez les facs... Elles trouveront leurs places. Pour que les facs atteignent un niveau comparable aux grandes écoles, il faudrait que l'anglais et l'informatique soient enseignés correctement quelle que soit la filière. Les travaux et projets de groupes et d'études de cas doivent être fréquents ( en entreprise, on travaille en groupe et non tout seul : Il faut savoir fédérer les énergies, les différences). Les stages doivent être fréquents. La créativité, ce n'est vraiment pas suffisant en entreprise... D'ailleurs, si ça l'était, les universitaires créeraient leur boîte , seraient patron et embaucheraient du monde. Ca rééquilibrerait le tout. Bref, le problème, ce n'est pas les grandes écoles... C'est que quelques facs, nuisent à l'image générale. D'ailleurs, dès qu'on parle de rapprocher les facs des entreprises, la moitié de celles ci crient au scandale. Comment les entreprises ne se méfieraient t'elles pas? Il me semble qu'en France, on manque surtout d'esprit entrepreneurial. On attend tout des autres. Il faudrait des étudiants qui sachent se dire "I can do it!" en sortant de la fac. La créativité est nécessaire pour créer une entreprise.

Hervé -

22 septembre 2008

Il y a Grandes Ecoles et système de classes prépas aux grandes écoles. Je comprends la sclérose des Grandes Ecoles (X, HEC & co) qui va fournir les dirigeants des entreprises qui vont se coopter entre eux et les dangers que cela représente. Mais ne crachons pas forcément sur le système de classes prépas : il forment beaucoup plus d'ingénieurs qui ne seront pas du tout dirigeants et apportent de l'air pas si vicié que ça aux entreprises. La réalité c'est la remise en cause de ce système jugé extrèmement élitiste (tous les profs de prépa pratiquant pas le harcèlement moral, loin s'en faut, sauf pour certains extrêmes). Au profit de quoi ? De l'université en plein travaux de remise à plat ? A suivre.

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