C’était un jour, c’était il y a un an, c’était il y a une
éternité. C’était avant la
crise. Les jeunes diplômés n’avaient que l’embarras du choix.
Les X rêvaient de costumes Paul Smith et de bonus à Wall Street ou à la City. Quant aux élèves
d’écoles de commerce, ils ne juraient que par les cabinets de conseil ou les
temples de la finance. Et
puis le 16 septembre est arrivé.
Un krach au pire moment, celui où les diplômés de frais sont
en lice pour un premier vrai job, après des stages plus ou moins passionnants.
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Evidemment, il est beaucoup trop tôt pour établir un bilan officiel des dégâts
après le tsunami financier. Aucun chiffre ne permet de mesurer l’impact de la
crise sur le premier emploi de la promotion 2008 des jeunes diplômés. Car les
ruines sont encore fumantes et les secouristes sont encore trop affairés à en
retirer les cadavres pour s’occuper des blessés légers : ces futurs cadres
à la recherche d’un job.
Pourtant, quelques signes épars, quelques confidences
recueillies ici et là et quelques statistiques tombées de frais permettent
d’effectuer un pré-diagnostic pas vraiment folichon. Il suffisait de se
promener récemment sur les forums d'échanges et les salons dédiés à l’emploi et de dresser l’oreille.
Les jeunes diplômés rencontrés sont dans l’attente. D’une réponse, favorable ou
pas, au sujet d’un CDI d’après stages pour certains. De nouvelles de leur
candidature après un entretien pour d’autres. Et pour d’autres encore, d’un
simple signe de vie de l’entreprise ou du cabinet où ils ont postulé. La ritournelle de la rentrée ? « On vous rappellera ».
Plus en amont, bien avant le
plongeon dans la fosse aux requins de la candidature, ceux qui sont encore sur
les bancs de l’école ne sont pas beaucoup plus optimistes. Sauf qu’ils ont le
temps de corriger le tir. Ce pourrait être le cas des élèves du master «
Probabilités et finance » codirigé par Nicole El Karoui. De son cours sont sortis des dizaines de « quants ».
Ces surdoués de la mathématique financière ont façonné les modèles économiques
complexes qui se sont effondrés il y a trois semaines. Pour certains, ils ont
même contribué au chaos financier mondial. Ces futurs quants formés sur les bancs de l'université Pierre-et-Marie-Curie
et de l'Ecole polytechnique sont donc en train de revoir leur feuille de route
et de s’en aller voir ailleurs que dans la finance. Dans la
R&D par exemple.
Ce dont se réjouit ce recruteur européen de Honda, le
deuxième constructeur japonais, en pleine forme financière. Pour le moment. « On va enfin récupérer des ingénieurs
polytechniciens. Des diplômés qui jusqu’à présent nous snobaient
complètement ». Question de salaires, évidemment, puisque entre un
chercheur d’un constructeur auto, en aussi bonne forme soit-il, et un « quant » roi des salles de marché,
le différentiel financier peut atteindre un coefficient de dix.
Cette bifurcation vers le raisonnable est également sensible
chez les jeunes cadres issus d’écoles de commerce et d’ingénieurs déjà en
poste. Interrogés par le cabinet d’études Universum qui leur a demandé en ce
septembre noir quel était leur employeur préféré, ils ont fait quelques
réponses à faire se retourner dans leur tombe les fondateurs d’un
ultra-libéralisme débridé. KPMG et Ernst & Young, pourtant plébiscités il y
peu de temps encore arrivent respectivement en 50e et 46e position. Alors que
cette bonne vieille Poste est en 25e position et que la SNCF est 7e. Des
établissements publics, donc, qui font mieux que des boites privées. Si ça se
trouve, les anciens élèves de grandes écoles ont tout simplement anticipé le
mouvement de prises de participation de l’Etat dans d’autres entreprises en
difficulté…

L' édito