Quel peut bien être le point commun entre l'ONU, le thon rouge et le salon de l'agriculture ? Pas les animaux, même si quelques requins tournent autour des Nations-Unies. En fait, le rapport que le « machin » new-yorkais a pondu cette semaine, la décision de continuer à pêcher les poissons en voie de disparition et le discours de Nicolas Sarkozy à la Porte de Versailles plaident tous en faveur d'une chose : le travail, au détriment de tout le reste.
Les sourcils se froncent alors on se lance dans quelques explications. Les onusiens, dans un récent rapport (1), reprochent aux bâtisseurs russes de Sotchi (la ville qui accueille les JO d'hiver en 2014) de s'asseoir sur toute mesure en faveur de l'environnement dans leur fièvre bâtisseuse. Ces derniers, loin de s'en émouvoir, rétorquent que le plus important pour eux, c'est de créer des emplois. C'est tant mieux pour les grutiers, les maçons et les chefs de chantier.
Et c'est tant pis pour les arbres, les bestioles qui y vivent et les gens qui respirent autour.
A Doha, au Qatar, on n'organise pas de raout sportif, mais une convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (2). Et une large majorité de pays participants a décidé de continuer à pêcher le thon rouge comme si de rien n'était, comme si l'espèce n'était pas menacée. Au nom de quoi ? De l'économie qui doit tourner, des sushis bar qui ne doivent pas désemplir.
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C'est tant mieux pour les emplois de ce secteur, notamment au Japon.
Et c'est tant pis pour tous ceux qui, dans quelques années, ne sauront plus à quoi pouvait bien ressembler un thon rouge
Retour en France, au salon de l'agriculture ou le président de la République, venu clôturer la manifestation a appelé à un «changement de méthode dans la mise en œuvre de mesures environnementales en agriculture» (3). En clair, et c'est ainsi que le monde agricole l'a compris : l'exécutif allait un peu leur lâcher la grappe sur le bio, les normes anti-pollution et toutes ces petites contraintes. C'est tant mieux pour la sauvegarde des exploitations et le job des agriculteurs.
Et c'est tant pis pour les nappes phréatiques et les légumes aux antibiotiques.
On pourrait compléter, ajouter, rendre cette liste exhaustive. Avec les débitants de tabac, par exemple, qui hurlent à chaque augmentation du prix du paquet de clopes. Eviter les cancers ? Pas au détriment de leur emploi. Pareil pour les garagistes qui se plaignent de la baisse du nombre des réparations, liée à la baisse du nombre d'accidents de la route. En fait quel est l'enjeu, quel est le dilemme ? Choisir entre son job et tout le reste. Quand il en va de son gagne-pain, le vieil instinct revient. On se la joue perso.
Et c'est tant pis pour les autres.
Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.de - 22 mars 2010
Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr

L' édito