On n’arrête pas le progrès. Ni le génie des coups tordus. Prenez les filouteries des entreprises, au hasard. On connaissait la bonne vieille technique qui consiste à pousser un fournisseur à débaucher le cadre dont on souhaite se débarrasser. Le nouvel employeur lui fait signer un joli contrat et, quelques mois plus tard, le licencie, juste avant que sa période d’essai ne s’achève. Ni vu, ni connu, ni inutiles indemnités à verser. Tout le monde est content : l’ex-employeur qui réalise de jolies économies et le prestataire qui se retrouve dans les petits papiers de son client pour service rendu.
Une autre discipline en passe de devenir olympique consiste à refiler le cadre à virer au service d’à côté. Evidemment à un poste surdimensionné – qui sera présenté comme le « challenge » de sa vie – et pour lequel il ne possède évidemment pas les compétences. Touché par ce qu’il pense être une marque de reconnaissance, il accepte et coule en quelques mois. Convoquez-le au bout de 3 mois en lui chantant l’air de l’insuffisance professionnelle. Blessé à l’ego, il présentera sa démission ou, dans un sursaut de lucidité, négociera un départ la tête haute.
Le cadre berné ? C’est sûr, il l'a mauvaise mais il est tellement inoffensif. Car ces petits arrangements avec les droits des salariés font rarement l’objet de plaintes aux Prud’hommes. Il faut dire que le floué a du mal à réunir suffisamment de preuves pour attaquer.
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Il n’y a bien sûr aucune sorte de raison pour que ce type de manœuvres tordues n’existe que dans l’Hexagone. Mais l’affaire qui occupe ces temps-ci l'équivallent de notre ministère de la Justice US semble aller à l’inverse des petites magouilles indiquées plus haut. Selon le Washington Post, des boîtes aussi connues et concurrentes que Google, Yahoo et Apple se seraient accordées pour que l’une ne débauche pas les cadres dirigeants de l’autre.
On se tape dans la main et on tope là pour se comporter en gentlemen et ne pas chercher à se piquer les cols blancs à coups de dollars : voilà qui inspirerait plutôt de la sympathie, surtout dans l’univers impitoyable des TIC. Et qu’en plus, le deal supposé se passe aux Etats-Unis, pas franchement réputé pour la coolitude de ses businessmen.
Mais voilà, au pays de la loi anti-trust, on ne rigole pas avec les ententes en douce qu’elles soient saines ou perverses. Et nos rois du Net et de l’iPhone pourraient bien écoper d’une amende. On ne sait pas si la bande des trois devra jurer sur la bible de ne plus recommencer et promettre de se comporter à l’avenir en parfaits salauds.
Mais la logique judiciaire et son arbitraire emprunte parfois des sentiers que la logique et le bon sens ne sauraient connaître.

Illustrations : Charles Monnier © Cadremploi.fr

L' édito