Vous imaginiez sans doute que pour décrocher un job, il suffisait d’être
archi-compétent, d’avoir les diplômes qui vont bien et de posséder une tchatche
suffisante pour emballer le tout devant un recruteur, le temps d’un ou
plusieurs entretiens dans un banal bureau ? Ça, c’était au temps d’avant
le « cool-recrutement ». Aujourd’hui, il est indispensable de
savoir déambuler tranquille dans un cocktail, une coupe à la main, bouger son
body en dansant la salsa, ou encore de maîtriser l’art du une-deux et du
dribble d’anthologie.
Terrains de foot, buffets dansants ou lounge bar sont les dernières
tocades recruteurs. Mais pourquoi donc les GFI, H&M, Konica-Minolta ou
Unilog, entre autres entreprises qui adhèrent à cette tendance revival des
années 90, veulent-ils attirer les Franck Ribery du dimanche ou les clubbers du
samedi ? C’est que, aiguillonnées par leurs agences de communication,
elles font un double constat : la pénurie de candidats dans certains domaines
est telle qu’il faut en attirer par tous les moyens. Et comme tout le monde
convoite les mêmes profils, pas d’autre choix que de donner dans l’original
pour se faire remarquer.
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Alors, depuis un an, le recrutement bling-bling fait ce qu’il peut pour être
agréable, prendre dans ses filets des cadres en poste ou non, et les mettre à
l’aise dans une ambiance décalée. Mais terriblement piégeuse. Car
paradoxalement, la sélection reste tout aussi draconienne. Et si le candidat
baisse la garde, au cours d’un buffet dansant ou dans les vestiaires d’un
stade, il peut laisser apparaître des points faibles qu'il aurait réussi à
dompter au cours d’un entretien classique. Le cool-recrutement l’est évidemment
moins que son nom l’indique.
Pour les candidats, bien sûr, qui doivent se maîtriser dans des
circonstances où tout les pousse à se relâcher. Mais cette technique n’est pas
plus zen pour des recruteurs qui n’ont appris, et pratiqué, que les bons
vieux entretiens à la papa : en face à face dans un bureau ou une salle de
réunion. Pas devant un bar, sur les planches d’un dance floor ou sous
une douche collective. Heureusement pour les plus mal à l’aise d’entre eux,
après les agapes, les tacles et les pas de deux, tout ce petit monde va
reprendre le chemin d’un recrutement plus classique avec étude du CV et
entretiens multiples.
C’est que le cool-recrutement ne remplace pas le système classique, il s’y
surajoute. Ce n’est, selon les pros qui le pratiquent, qu’une première prise de
contact, qui permet de repérer des gens au contact facile, à l’aisance
naturelle en société. Pas sûr que ce type de compétition artificielle ne fasse
pas fuir des cadres qui ont plus qu’avant l’embarras du choix. Un effet inverse
à celui escompté. Pas cool.

L' édito