Après les bons vieux « tickets resto » et « chèques vacances », les salariés vont pouvoir dépenser des « Tickets Psy ». Que n’y avait-t-on pensé plus tôt ! Grâce à ce sésame, le salarié qui a mal à son moi va s’allonger sur un divan et, à la fin de la séance d’une heure, il règle les 90 euros de la consultation avec son ticket. Son entreprise prend en charge une partie du carnet de 5 coupons qu’il aura pris soin de retirer auprès de sa DRH, de son comité d’entreprise ou de son médecin du travail, c’est selon. Plusieurs prestataires ont flairé le filon et proposent à de grandes entreprises de prendre en charge les maux invisibles de leurs salariés sous cette forme tellement pratique.
Inutile de leur jeter la pierre. Après tout, l’invention du ticket psy n’est qu’un nouvel avatar de la tendance à coacher à tout va. Et ceux qui les commercialisent n’ont que les intentions de toute structure privée : innover pour faire tourner la boutique et nourrir leurs salariés. C’est plutôt du côté de leurs clients que l’observation s’avère intéressante. La souffrance de salariés se résout de la même façon que le petit creux de midi ou le besoin de vacances. Pas sûr que Maslow lui-même ait pu atteindre un tel degré de cynisme, lorsqu’il hiérarchisait les besoins à assouvir pour motiver l’homo laborius.
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Que la vie est simple, finalement. Finis les problèmes de stress, de pression, de harcèlement moral au boulot. Et dire que, du ministre du Travail aux syndicats, en passant par le Medef et les médecins, tout le monde se prend le chou, se réunit pendant des heures, des jours et des mois pour tenter de trouver une solution. À quoi bon tant d’expertises, de commissions, de prudence, de projets de loi, puisque la solution est simple comme un carnet de coupons. Évidemment, les vendeurs de ticket ne le disent pas de cette manière. Mais presque. Sur le site de l’un d’entre eux, ses dirigeants vantent leur ticket en évoquant la « violence au travail, le mal être au travail, l’organisation du travail (absence de contrôle sur le répartition et la planification des tâches, imprécisions des missions, exigences contradictoires, mauvaise communication, flux tendus, incompatibilité des horaires de travail avec la vie sociale et familiale, précarité du statut, etc.) ». Autant de maux qui peuvent bien sûr altérer la santé du salarié, mais aussi, comme l’évoque le laïus des inventeurs du « Ticket Psy » : « sa contribution à l’entreprise ».
Finalement, ce simple petit bout de papier est un miracle, puisqu’il permet aux salariés d’apporter à nouveau leur « contribution à l’entreprise » et qu’il évite aux entreprises de dépenser des sommes folles pour adapter leur management et leur organisation. En fait, 90 euros pour un tel traitement, c’est donné.

L' édito