Les seniors canadiens ne chôment pas
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Les seniors canadiens ne chôment pas


Au Canada, un tiers des emplois créés depuis mi-2009 revient aux seniors, alors que ces derniers ne représentent que 8% de la population active. Un miracle à plusieurs vitesses : si les cadres tirent leur épingle du jeu, la précarisation des plus de 60 ans appartenant aux autres catégories sociaux professionnelles inquiète les observateurs, outre-Atlantique.

En France, on parle d'un "décrochage à 60 ans" : le taux d'emploi des 60-64 ans de l'Hexagone plafonne à 18% (contre 30% en Europe). Au Canada, ce phénomène n'existe pas : les 60 ans et plus n’ont aucune difficulté à trouver du travail. Selon une récente étude de la banque Toronto Dominion (TD), près du tiers des 664 000 nouveaux emplois créés au pays de la feuille d’érable depuis le début de la reprise, en juillet 2009, sont aujourd’hui occupés par des sexagénaires et des septuagénaires. Or cette classe d’âge ne représente que 8 % de la population active.

Le phénomène ne se limite pas aux travailleurs proches du seuil légal pour bénéficier du régime public de retraite du Canada, fixé à 65 ans. Le nombre des plus de 70 ans ayant trouvé un emploi a augmenté de 37 % sur la même période, avoisinant les 55 000. L’étude de la TD signale un autre chiffre « encore plus étonnant » : au plus fort de la crise, entre octobre 2008 et juillet 2009, les employeurs ont recruté 100 000 Canadiens de 60 ans et plus. Dans le même temps, ils ont licencié 519 000 salariés de moins de 59 ans.

Papy boom

Ces statistiques surprenantes vues de France n’étonnent pas l’auteur de la note, Francis Fong. Elles s’inscrivent « dans une tendance plus large au sein des économies développées qui voit les travailleurs âgés devenir un élément de plus en plus vital sur le marché du travail », rapporte l’économiste de la banque de Toronto, qui avance trois raisons pour expliquer la situation canadienne : des conditions de travail flexibles, un bon état de santé et l’allongement de l’espérance de vie.

C’est un fait démographique, « la société de demain sera composée de petits vieux », observe Denis Morin. Et c’est aussi une réalité économique, analyse le professeur en gestion des ressources humaines (GRH) à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) : « Les entreprises manquent de main d’œuvre, poursuit-il. Pour pallier cette pénurie, elles font preuve de réalisme en recrutant des personnes âgées qui, lorsqu’elles sont en santé, sont aussi productives que des jeunes, mais souvent plus souples et plus fidèles. »

Plein emploi pour les cadres seniors

Mais, une fois cela dit, il s'agit de voir quels emplois sont effectivement occupés par les seniors, et quelles en sont les motivations. Du côté des cadres, globalement, l'emploi demeure qualitatif : les professions intellectuelles, les cadres et managers de haut-niveau, au Canada, bénéficient  généralement du plein emploi jusqu’à 65 ans, âge légal de la retraite. Ces catégories « peuvent mettre à profit leurs compétences et valoriser leur expérience, en occupant des postes de mentor ou de consultant. Ces profils, qui ont une réelle expertise, un savoir-faire, intéressent tout particulièrement les entreprises pour encadrer les jeunes salariés de la génération Y », explique Denis Morin.

Les cadres seraient ainsi très minoritaires parmi ceux qui travaillent au delà de 65 ans : "les cadres cotisent plus, épargnent plus. Ils ont moins besoin d'apport complémentaire", précise le chercheur. Néanmoins, Eve-Lyne Couturier, de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), à Montréal, s'alarme d'une "précarisation croissante des aînés canadiens" : "Les pensions publiques sont maigres et les régimes privés ont fondu avec la crise", explique la chercheuse spécialisée dans les inégalités de richesse.

Précarité des non cadres

Les emplois qui viennent grossir les statistiques sur les taux d'activité des seniors sont ainsi pour bonne part « des emplois d’appoint, peu valorisants et mal payés, occupés par ceux qui ont besoin d'un complément de retraite », ajoute Eve-Lyne Couturier. On retrouve ainsi beaucoup de têtes grises dans la restauration rapide et les commerces de détail, en cuisine ou en rayon, derrière la caisse ou préposées à l’emballage. Ils travaillent quelques heures par-ci, par-là, parfois pour plusieurs employeurs. « Certains sont endettés et n’ont pas le choix. D’autres choisissent de travailler parce qu’ils s’ennuient ou pour garder un lien social », observe Denis Morin.

Geoffrey Dirat © Cadremploi.fr



Commentaires

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Vos réactions
  • loulou4122
    Comment font-ils ? ils n'ont pas le préjugé des RH français sur l'âge, ni le sentiment de toute puissance d'une "intelligentsia" qui édicte des procédures privées pour décréter qu'à partir de 48 ans, un travailleur n'a plus sa place. La France pourrit par son élitisme d'âge (trentaine), études supérieures...

    divorcée, 60 ans, sans les 162 trimestres de cotisation requis, expérience professionnelle de 20 ans, empathie, force de travail, créativité, aspect physique extrêmement soignée, Je veux et je dois encore travailler,

    Pourquoi suis-je rejetée ? Est-ce que le sort des plus de 50 ans, 60 ans est de tomber systématiquement dans le lot des quémandeurs ? de tendre la main pour quelques subsides ?

    Répondre