PCA et grippe A
« Alors, t'es sur la liste ? »

L'accueil au bureau le jour du retour de vacances, vous connaissez. L'hystérie de certains collègues ayant trimé tout l'été - « Allez, racooooonte ! » -, les compliments des autres - « T'es bronzée comme un caramel au beurre salé, ma chériiiiie » - atténuent quelque peu la douloureuse transition entre la coolitude estivale et le labeur fatal. Cette année pourtant, les effusions risquent d'être un poil moins effusionnantes. Au moment de la bise du retour (si elle est encore autorisée), Linda de la compta ou José de la qualité risquent de vous glisser au creux de l'oreille : « Alors, t'es sur la liste ? ».
Benêt que vous êtes, vous allez vous demander tout au long de la journée s'il s'agit de la liste des virés du mois, des augmentés de l'année ou des gagnants du challenge commercial et du séjour « trekking et tyrolienne » dans les montagnes afghanes. C'est oublier la seule info de l'été. Du moins la seule qui a tenu éveillée Roselyne Bachelot, retenue en colle au ministère de la Santé, et les rares journalistes punis et de permanence entre le 1er et le 15 août.
L'info en question, c'est évidemment la grippe A et son PCA. Pardon ? Plan de Continuité d'Activité. C'est l'un des étages de la fusée gouvernementale pour lutter contre la peste (vu le barouf, la grippette en question est digne de cette maladie séculaire). Ce dispositif, que le gouvernement conseille fortement aux entreprises de mettre en place avant la fin août, suggère, entre autres manœuvres, d'établir la liste des « salariés indispensables » et de les vacciner vite fait, afin de contenir l'absentéisme et ainsi « maintenir l'activité au niveau le plus élevé possible tout en protégeant les personnels exposés » au cas où la pandémie s'installe en France.
Pas besoin d'être un grand maître shaolin des ressources humaines pour imaginer l'effet dévastateur d'une telle liste en interne. D'un côté, les salariés élus, bénis, indispensables et vaccinés ; de l'autre, tous les autres, les exclus, ceux qui peuvent attraper la grippe, ceux sans lesquels l'entreprise peut tourner... Que l'on croisera vexés, grommelant dans les couloirs, démotivés pour le reste de l'année.
Mais les lésés ne sont pas forcément ceux que l'on avait imaginé. Une consultante en santé et risques sanitaires (si si, ça existe) interrogée par L'Express, a ainsi observé un grand groupe classer dans les « indispensables », les membres du comité exécutif, et eux seuls. Logique, mais tout faux, selon elle : « dans l'industrie, un opérateur est plus indispensable qu'un PDG pour faire tourner les machines ». Et vlan, un petit coup dans les tibias des très gros salaires.
Dès la rentrée, la fameuse liste des « indispensables » risquent de mettre un souk imprévu dans les entreprises à quelques mois des négociations salariales. Allez refuser une augmentation au salarié classé « indispensable » dans le PCA ; surtout si vous faites partie des managers qui n'en sont pas.... Le risque de grippe aura au moins le mérite de remettre à plat quelques idées toutes faites et bien enracinées sur le rôle de chacun dans une entreprise. Une grippe révolutionnaire, en somme. Qui, si ça se trouve,pourrait même avoir un effet sur les hiérarchies salariales.
Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 24 août 2009


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Jusqu'ici, je faisais suivre votre texte à tous mes clients... mais là , vraiment trop de fautes !
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