Apple bashing : le puissant est forcément le méchant
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Apple bashing : le puissant est forcément le méchant


Des ouvriers chinois traités comme des esclaves, ou presque. Des vendeurs des magasins français payés juste au dessus du Smic, sans le moindre petit avantage social, ou presque. Une exception rarissime dans la grande économie mondiale ? C’est fort malheureusement le lot commun de la plupart des petites mains de l’ex-empire du Milieu qui fabriquent à peu près tout ce que nous achetons auprès de vendeurs aux salaires et aux avantages minima. Sauf que les ouvriers et les commerciaux dont on parle travaillent pour la seule entreprise au monde dont le lancement d’un produit est un événement majeur. La seule dont les fonds propres dépassent ceux de l’administration américaine : Apple. Et en fait, le principal reproche que les salariés de la firme à la Pomme et les médias font à cette entreprise, c’est tout simplement d’être Apple.

Comme l’explique ce salarié d’un Apple Store parisien à France 24 : la manière dont l’entreprise traite ses salariés est juste « indigne du groupe le plus riche du monde ». Et l’on pourrait rajouter, du groupe dont le fondateur est un gourou et les produits cultissimes avant même d’être sur le marché. Mais peut-être qu’Apple ne le sait pas ? Peut-être que la Pomme n’a pas pris le melon ? Peut-être que l’entreprise de Cupertino ne se voit, dans son miroir économique, que comme une boite comme une autre ? Du coup, elle peut exploiter les ouvriers chinois comme tous les fabricants d’électronique le font. Elle peut payer tout petitement ses vendeurs français comme n’importe quelle franchise de fringues ou de chaussures de l’Hexagone

Peut-être qu’Apple est restée scotchée au XXe siècle. Une époque où ses encore rares aficionados étaient des rebelles emprunts de coolitude qui choisissaient le Mac contre le PC. Qui avaient élu Apple au détriment du tout puissant Microsoft. La donne a changé, le tout puissant n’est plus à Seattle, mais dans la Silicon Valley. La Pomme a simplement négligé un fait : le puissant est forcément le méchant. Et dans la foulée ne s’est pas préoccupée de soigner son image de marque employeur, se contentant de soigner son image de marque tout court. La redistribution, même très partielle, le chouchoutage des salariés permet, en principe, à une entreprise, de rallier à elle des candidats qui veulent travailler pour elle. Mais dans le cas d’Apple, et pour la première fois, la mauvaise marque employeur pourrait rejaillir sur la marque tout court. Un cas d’école.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr – 24 septembre 2012

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Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr



Commentaires

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Vos réactions
  • cactus
    Je suis plus ou moins d'accord avec les réponses apportées.
    Le monde malgré tout est cynique. Le client est roi, il choisit son produit en fonction de réflexes classiques :
    1) le produit répond il à mes besoins ?
    2) est-ce que je suis à la page avec mon téléphone ?
    ... et je n'ai même pas parlé du prix dont on parle tant.

    Il faut se rappeler quelquechose, un employeur n'embauche quelqu'un que si il en est obligé et non pas pour faire plaisir aux statistiques gouvernementales. C'est pareil pour le salaire, l'employeur rétribue contre un travail et une valeur marché qui s'impose à lui.

    La marque à la pomme est fière de son status de société fabricante des plus beaux, racés, innovatifs et convivaux téléphones du marché ... pour l'instant. Mais le rêve n'est pas éternel, souvenez-vous de Kodak.

    il n'y a pas pour moi d'exagération de la part de Apple, il y a une valeur marchande et un beau design.... et c'est tout. Le capital se déplace là ou la main d'oeuvre est la moins chère. Ce n'est pas la faute d'Apple, c'est le système ouvert qui le permet. Trop d'ouverture nuit au social et pas assez nuit à la concurrence. Il faut un juste milieu.
    Enfin même si nous savons qu'il y a du chomage, il nous reste en tant que salarié le choix de continuer ou pas de travailler pour une société même renomée. Je suis bien parti de ma période d'essai avant hier car les conditions ne me convenaient pas. J'ai confiance dans mon avenir et je ne veux pas tout subir.

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  • Lonestar
    Pourquoi Apple devrait-il/elle se soucier de ses employes, quand ses produits se vendent comme des petits pains, aupres de clients qui sont deja au courant de tout ce dont vous vous plaignez ci-dessus? Apple ne fait que vendre a des consommateurs... C'est aux consommateurs d'agir, s'ils le veulent, pour qu'Apple traite ses employes et/ou sous-traitants de maniere differente.... mais evidemment, ca fera plus cher l'iPhone... ha ben tiens, c'est moins interessant de se battre, maintenant...

    Paul

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  • Nicolas
    Bonjour,

    Merci pour cet article qui me rappelle le cas Nike dans les années 80, et le décalage total entre la puissance d'une marque, son attractivité, et la façon dont cette marque culte traitait ses salariés (les sweats shops avec des enfants ..) de façon encore pire que Apple.
    Le paradoxe réside aussi dans le fait qu'il est possible de défendre les conditions de travail des salariés de FoxCom (Apple ne tient pas non plus à s'associer complètement à ses sous traitants, qui, soit-dit en passant, travaillent aussi pour Samsung, Nokia.. ) au vu des conditions de travail moyennes en Chine. En effet, combien d'entreprises offrent une cantine à leurs employés, un lit, un salaire, et, surtout, le prestige, en Chine? Cela est-il suffisant pour justifier que des personnes, même à l'autre bout du monde, travaillent dans des conditions souvent infra-humaines?

    Pour ce qui est de la marque employeur, et de la capacité d'attractivité d'une organisation, j'espère que nous vivons maintenant dans un monde où les informations disponibles nous permettent de choisir un employeur non plus sur sa marque, mais sur sa Proposition de Valeur Employeur, sur ses engagements en tant qu'employeur, sociétaux, environnementaux, pour lui et ses sous traitants.

    Peut-être que le jour où Apple aura du mal à recruter, ils repenseront leur positionnement, non plus de marque, mais de leader d'opinion capable de changer les mentalités autour de ses responsabilités en tant qu'employeur.

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