Les éléments de langage au secours des cadres
Champagne, dinde et éléments de langage

« Et toi, t'es dans quoi ? » On y aura tous droit. En coupant la bûche de Noël, en ouvrant les huîtres du nouvel an ou au moment d'arracher le papier récalcitrant d'un cadeau prévisible, il y a toujours un tonton, cousin, voisin pour s'enquérir de notre position sociale. Quand on est pompier, super-héros ou médecin sans frontières, on répond sans hésiter à l'importun, en guettant son petit silence d'admiration et/ou de jalousie. Mais comment s'en tirer lorsqu'on est fossoyeur, banquier, inspecteur du fisc ou ingénieur EDF ? Un drame trop longtemps passé sous silence. Des milliers de cadres, trop longtemps livrés à eux-mêmes et à la vindicte publique. Des centaines de milliers de réveillons gâchés, à cause de métiers qui, dès que révélés voient de lourds silences s'installer, et des convives se détourner.
Assez. Il suffit. Stop. Pour en finir avec cette lapidation morale et mettre fin à la déprime post-réveillon de ses agents, EDF a pris les choses en main. La mobilisation s'appelle « Parlons du nucléaire ». La méthode ? Former les cadres, pour qu'eux mêmes forment leurs collaborateurs pour qu'eux mêmes puissent parler de leur métier autour de la dinde, lorsque la conversation s'engage sur l'épineux débat sur « le nucléaire après Fukushima ». Le but ? Eviter à l'agent de se faire bombarder de marrons par les participants.
Du côté des banques, le procédé n'est pas très éloigné, même s'il est d'abord destiné au bureau avant qu'aux agapes. Depuis le début de la crise financière qui a secoué les marchés et les établissements français, certains d'entre eux ont développé quelques arguments pour que leurs salariés puissent répondre calmement aux clients énervés d'avoir à régler dans l'heure leur découvert de 150 euros, alors que leur banque va s'asseoir sur une centaine de milliards d'euros grecs.
Les agents des impôts, les huissiers, les fabricants d'endives au jambon, les éditorialistes et tous les métiers un peu infamants n'ont pas - hélas - droit à de telles formations. Et plusieurs centaines de ces damnés vont encore revenir au bureau, le 2 janvier au matin, avec la mine défaite, après huit jours d'ostracisme, de goudron et de plumes. Et à moins de les regrouper au sein du Snmch (Syndicat national des métiers que tu chopes la honte), nombre de ces représentants subiront encore longtemps des quolibets.
Suivons donc le chemin ouvert par les secteurs de la banque et de l'énergie. Un chemin défriché avant eux par le monde politique, avec ses « éléments de langage », ces produits dérivés de la langue de bois, qui permettent à n'importe quel élu de se débrouiller en positivant les plus méchantes catastrophes électorales, devant les plus méchants micros, en face des plus méchants journalistes. Tiens, pour une fois, le monde de la politique inspire l'entreprise. Même si ce n'est pas forcément pour le meilleur.
Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 26 décembre 2011
Toute l'équipe de Cadremploi vous souhaite de très belles fêtes de fin d'année.
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Une lecture urgente à propos des éléments de langage en politique : http://www.lefigaro.fr/bd/2011/12/22/03014-20111222ARTFIG00426-quai-d-orsay-chroniques-diplomatiques-tome-2.php

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il ne faut pas avoir honte du metier que l'on fait. Je pense qu'il faut le presenter sous ses aspects positifs ou alors avec un trait d'humour
J Ph
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Cela me pose un réel problème.
Merci pour votre réponse
Patrice
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J'évite maintenant de dire à un(e) inconnu(e) que je travaille dans le nucléaire, trop fatigué de devoir passer 2h à chaque fois à me justifier
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