Accord harcèlement et violence au travail
Chef harceleur : il n'est plus seul responsable

Historique. Sans précédent. Inouï. Les grands qualificatifs sont de sortie. Et encore, on ne vous a gardé que les plus sobres. On aurait donc mis la main sur Ben Laden ? Le pied sur Mars ? Encore mieux. C'est que ce vendredi 26 mars, les syndicats et le patronat se sont mis d'accord. Ils ont topé là pour proposer « un projet d'accord sur le harcèlement et la violence au travail. »
On est comme vous, on relit et on se dit qu'on s'est trompé d'année. Que ce week-end, au lieu de changer d'heure, on à remonté l'horloge du micro-ondes jusqu'en 2002, l'année où la loi de modernisation sociale a été discutée et adoptée. Et que le harcèlement moral et sexuel y figurait, comme il figure depuis ce temps dans le code du travail. On se souvient aussi que, dès 1998, Marie-France Hirigoyen avait interpellé tout le monde avec son livre sur le problème, qui s'était vendu, excusez du peu, à 450 000 exemplaires.
Alors ? Deux solutions : soit on se cotise dare-dare pour offrir une formation juridique aux troupes du Medef, de la CGT, de FO ou de la CGT réunies et on prescrit à leurs dirigeants quelques efficaces potions pour qu'ils retrouvent la mémoire de leurs 20 ans. Soit on n'a pas bien lu le fameux projet.
On s'y replonge donc, et on s'excuse illico. Car ce qu'on y découvre est assez fascinant. Ce qui aurait bloqué au cours des huit réunions préalables et que l'on retrouve finalement dans l'accord de ce vendredi, c'est le paragraphe sur « la responsabilité des modes de management et du fonctionnement de l'entreprise dans le harcèlement et la violence au travail ». Une responsabilité pourtant pointée du doigt par la Cour de cassation lors d'un très récent arrêt du 19 novembre 2009.
Ce qui signifie que depuis huit ans, et l'adoption de la première loi, les entreprises et leurs méthodes de management n'étaient nullement mises en cause. Les fautifs, c'étaient les cheffaillons qui martyrisaient leurs collaborateurs. Ils agissaient tout seuls, votre honneur. Pensez bien que c'était une initiative toute personnelle et nullement encouragée par la hiérarchie. Pas vu, pas pris. Pas responsable, pas coupable notre entreprise.
Il aura donc fallu huit ans et huit réunions pour parvenir à un projet d'accord tellement logique que l'on s'imaginait, pauvre naïfs, qu'il était entériné depuis longtemps. Mais comme on est poli comme on nous l'a appris, et qu'on croit à la rédemption du pêcheur, on applaudit ce jour béni où syndicats et chefs d'entreprises sont tombés d'accord pour faire avancer les choses.
Même si rien n'est concrètement formalisé. Pour l'inscription de cet accord cadre dans le code du travail, pour la pénalisation de l'entreprise en temps que personne morale dans une affaire de harcèlement, il faudra encore quelques réunions. Pas dans huit ans, il faut l'espérer.
Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 28 mars 2010

Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr


* Les champs suivis d'un astérisque sont obligatoires.
Répondre
Non, je ne suis pas d'accord avec ce dernier commentaire; l'entreprise est également responsable de laisser agir des cadres qui n'ont pas les compétences humaines nécessaires pour exercer leur supériorité hiérarchique.
Il en est même des DRH dont la responsabilité devrait également être mise en cause; En effet, ces derniers sont plus souvent là pour régler les questions administratives que pour s'assurer de la véracité et de la réalité des comportements qui leur sont souvent rapportés par des responsables opérationnels manquant de compétences humaines;
Apparaîtra bientôt la notion d' I.E. (Intelligence émotionnelle) qui devra bien finir par être considérée dans les compétences requises et pour les manageurs d'hommes, et pour les DRH !
Non seulement la mise en cause de la responsabilité de l'entreprise est nécessaire dans les modes de management "harceleur", mais également sa mise en cause doit être faite lorsqu'elle conserve des salariés responsables hiérarchiques manquant des compétences de management!
Bon courage à tous, dans ces entreprises qui manquent tellement.... d'ouvertures....
Répondre
Il est très difficile pour un grand patron qui souhaite pousser à la démission certains salariés trop chers de le faire lui-même et même avec des méthodes de management "à la dure" , il n'atteindra pas forcément les résultats escomptés. Pour cela il lui faut des "relais", des managers prêts à tout pour une promotion et dont la personnalité est suffisamment pathologique (manque d'empathie, négation totale des désirs et de la dignité de l'autre) pour obtenir des résultats déroutants par leur efficacité.
Si l'on s'attaque aux deux vecteurs du harcèlement, il faut également dénoncer la complicité des acteurs passifs du harcèlement: collègues qui font le gros dos de peur d'être licenciés et couvrent des situations de harcèlement. La loi devrait leur enjoindre par des mécanismes coercitifs appropriés une obligation légale de pointer du doigt le harcèlement quand ils le découvrent.
Répondre
Répondre
Répondre
Répondre
J'ai beaucoup apprécié le ton.
Personnellement, conseiller en orientation professionnelle, j'ai vécu non du harcèlement, mais toute la violence verbale au travail.
Je me demande où cela peut aller.
Merci pour l'article.
Répondre
2 pour le harcèlement moral, attention aux simplifications. Certes, il y a des modes de management traumatisants, mais il y a aussi des individus qui ont du mal à exercer leurs responsabilités, qui ont un caractère tyrannique, et qui sont compétents par ailleurs. L\'entreprise fait un compromis en leur laissant des responsabilités. Pas facile quand vous avez un très bon « professionnel » de lui refuser une promotion, et cette promotion peut engendrer des dégâts. Bien sûr, le niveau supérieur devrait le rétrograder, et perdre ainsi sans doute un très bon professionnel - d\'autant plus qu\'il y aurait là aussi un risque juridique pour l\'entreprise. On devrait aussi le « former » à manager... Mais il y a des gens qui ne changent pas, ou très peu.
Conclusion : c\'est bien de mettre en cause la responsabilité de l\'entreprise, mais, ce faisant, ne jetons pas la responsabilité individuelle, celle du manager de dire non lorsqu\'on lui demande d\'exercer des pressions insupportables, celle du manager qui exerce le harcèlement.
Répondre
Répondre
Donc , Ben Laden court toujours , n\'est ce pas ?
Répondre