Cadre en vacances
Email rehab

Y' a plus qu'à . La valise est bouclée, le chat confié, les petits ceinturés et le(la) conjoint(e) au volant vissé(e). Y' a plus qu'à s'en aller, oublier, pendant quinze petites journées, toute une année de stress accumulé. Oublier ? Vraiment ?
Bon d'accord, les collègues, le bureau, les powerpoints, les réu marathons et les managers grognons, on va pouvoir s'en passer. Mais ce petit appareil, qui vibre, sonne, donne des nouvelles du monde et du dossier Mouchonnat, celui qui doit être bouclé le 1er septembre dernier carat, on en fait quoi ? On peut toujours ranger l'iPhone-HTC- Blackberry au fond de l'aquarium pour éviter d'être poursuivi par Roland Gloupier , directeur commercial de la bonne maison Mouchonnat.
Oui mais voilà . On est à peu près aussi attaché à notre job que Bubulle le poisson rouge à son épave de galion en plastique recouverte de fausses algues. En plus, le smartphone ne nous sert pas seulement à être relié au boulot. On a une vie perso, sociale et familiale. Et dans la location de Villeneuve Loubet, il n'y a pas le téléphone, comme il se doit.
Alors on embarque l'engin et l'angoisse nous étreint. Car on a promis de ne pas ouvrir le moindre mail. De ne pas toucher à la petite appli où les chiffres s'accumulent en rouge. Combien de non lus, au bout d'une semaine : 57, 123, 666 ? Et ce truc qui vibre, dingdong toute la journée, juste pour nous culpabiliser.
Bien sûr, on aurait pu en passer par la réponse automatique, du genre « Je suis en vacances, j'y suis pour personne et je vous renvoie à la face mon bonheur de parasol, bande de workalcoolics de votre race ».
Mais on n'a pas osé. Surtout, on n'a pas du tout envie que ce malfaisant de Dugommier récupère le dossier Mouchonnat pendant qu'on n'y est pas. Et qu'il se le garde à la rentrée, trop content de remplir des objectifs intenables sans cette affaire-là .
Alors, pour ne pas déclencher l'ire de notre chéri(e), qui sait raison garder et smartphone abandonner, on bosse en douce, enfermé dans la salle de bain, en laissant couler la douche pour faire croire qu'on s'ablutionne alors qu'au boulot on s'adonne. On répond à Gloupier-de-chez-Mouchonnat qui en fait autant et qui culpabilise comme nous. Et on se dit que c'est la dernière fois. Qu'en rentrant on fait une email rehab. Que l'année prochaine, on n'y sera pour personne.
Oui mais ce maudit Dugommier va sauter sur l'occasion. Oui mais on ne peut pas laisser tomber la maison Mouchonnat. Oui mais on vient de tomber sur notre conjoint(e) planqué(e) sous l'escalier. Il(elle) pianote frénétiquement sur son tout petit clavier pour répondre à ce client, que non, vraiment, il ne le(la) dérange jamais.
Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 25 juillet 2011
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Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr

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l'urgence est un signe d'inefficacité.
n'en déplaise aux cancres.
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Un choix à faire ?
On aimerait que cela soit facile. Mais oui, il faut oser et le faire le plus tôt possible Ne pas laisser les mails et les collègues aux dents qui rayent le parquet, les manipulateurs (surtout trices d'ailleurs) gérer notre vie. C'est une fois que l'on a vécu les envies de suicide et le trou noir qu'on se dit : "si j'avais su". Alors faites le bon choix : un bon polar au lieu des mails (avec un peu de chance, Dugommier se fera dégommer par le mécontent Gloupier de la maison Mouchonnat !!!)
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