Emploi 35 heures et RTT
Escamotage des RTT : avis de carambolage

Dans la nuit de lundi à mardi dernier, les députés ont taillé un short aux RTT des cadres. On connaît désormais les tenants et les aboutissants de l'escamotage, le forfait jour annuel étant sur le point de passer de 218 à 235 jours, sauf négociation spécifique dans chaque entreprise. Et si on ne va pas départager ici les défenseurs du rab' de temps libre et les stakhanos du boulot, on peut néanmoins s'interroger sur le timing de cet amendement raccroché aux wagons de la loi de modernisation sociale votée par le Parlement.
Ainsi, à l'heure où Xavier Bertrand entend engager un énorme chantier sur le stress, les collègues parlementaires du ministre du Travail se chargent de rallonger le temps de travail des salariés les plus exposés au phénomène. Curieuse manière de lutter contre le burn-out des cadres qui se plaignent depuis des années d'horaires à rallonge et de surcharge de travail. Des cadres qui avouaient, à chaque sondeur qui se penchait sur leur cas, que les quelques jours de RTT qu'ils pouvaient grappiller ici et là , leur permettaient de décompresser et de tenir le choc.
Etonnant effet de calendrier aussi, qui voit se télescoper cette entaille aux lois Aubry avec la rénovation programmée de la formation continue. Car, pour Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat à l'Emploi, cette autre réforme doit, en partie, compenser les très lourdes différences entre les PME et les grandes entreprises. Alors que le texte sur les forfaits jours creuse encore un peu plus le décalage entre les deux types d'entreprises. Car, pour que des négociations autour de cette mesure puissent avoir lieu, encore faut-il qu'il y ait, à l'intérieur de l'entreprise, des partenaires et un dialogue social, évidemment plus présents dans les multinationales que dans les petites boites de moins de 20 personnes sans représentants du personnel. Au final, les grandes structures verront sans doute perdurer leur système de RTT, qu'elles présenteront comme une « carotte » censée attirer et fidéliser les meilleurs. A l'inverse, les petites risquent de lui dire adieu et ramer encore plus qu'auparavant pour attirer et garder leurs cadres.
La dernière curiosité de cette loi est purement politique. La population cadres a, dans une courte majorité, voté pour Nicolas Sarkozy aux présidentielles 2007. Aujourd'hui au plus bas dans les sondages, il prend donc le risque, pour lui et sa majorité, de se couper d'une partie de son électorat. Etrange raisonnement marketing qui voit une organisation se couper de son cœur de cible lorsqu'elle a justement besoin de le consolider.
Certes dans l'instauration de toute mesure, il y a toujours des gagnants. Et ce pourrait bien être la CFE-CGC. Le syndicat majoritaire chez les cadres, qui fait feu de tout bois depuis l'annonce du vote, s'emploie depuis des années à convaincre la population de salariés la moins syndiquée de tout le paysage social français. Et cette affaire pourrait bien lui rallier quelques suffrages. Pas sûr que ce soit l'effet recherché par ceux qui ont voté comme un seul homme et en pleine nuit, pour l'implosion des 35 heures des cadres.


* Les champs suivis d'un astérisque sont obligatoires.
Répondre
Répondre
Répondre
- RTT permettent de récupérer une partie des heures qu'on fait un plus au travail
+ faire des démarche administratifs ou autres (!) Je me vois mal dépenser mes congés pour aller à la mairie ou autres....
- RTT est une contre partie pour la mobilité de cadre
Je suis bien d'accord avec cet article. Cette loi ne fera bénéficier que des entreprises... Vous croyez à la compensation financière?! Croyez plus tôt au père noël.
Répondre
Une mesure catastrophique de plus: bientot on demandera aux cadres de payer pour travailler (ne riez pas il y a déjà des sites qui font payer l'accès aux offres d'emploi: je ne dis pas ça pour que cadremploi fasse de même, hein...).
Quand on voit que des cadres sont payés au SMIC, moins que du personnel non qualifié c'est lamentable
Le salarié français sera bientôt tellement compétitif , qu'il faudra protéger un BIJOU pareil.
Un cadre francais dont les heures sup' ne sont pas payées (travaille au forfait), qui perd ses RTT, qui perd ses acquis du code du travail... mais il faut le protéger avec un antivol: une énorme chaine avec un gros boulet en acier pour pas que les concurrents ne le volent !
Répondre
Répondre
Répondre
Le travail, c'est une forme d'expression.
Vivement la mort des 35 heures.
Répondre
Nous sommes pour la plupart aujourd'hui littéralement harcelés par une hiérarchie de plus en plus exigeante qui valide, sans concertation, des objectifs déraisonables qu'il nous revient d'atteindre à tout prix.
Répondre
Répondre