Haro sur le mythe de l'innovation
Innovation, piège à c... ?

Ceci est un message de la plus haute importance.
À tous ceux, les chanceux, qui hésitent entre deux jobs et deux entreprises, fuyez la plus innovante, et choisissez celle qui copie.
Comment, de quoi ? On nous aurait menti ?
Car dieu sait qu'on nous en rebat les oreilles de la puissance de l'innovation.
Selon nos bons gouvernants, nos spécialistes éminents et nos brillants enseignants, la création de nouveaux produits ou de nouveaux services serait la seule issue à l'usure économique qui ronge les entreprises de notre vieux continent. Selon les mêmes, copier, c'est pas bien et contrefaire c'est mal. Le bonnet d'âne pour les vilains qui louchent sur leurs voisins de CM2 et le rouleau compresseur pour écraser les fausses montres de nos luxueux joailliers ne sont que punitions nécessaires. Ces préceptes, on y a toujours cru, puisqu'on nous les a appris, à l'école, à la mairie, au caté, à la synagogue ou à la mosquée.
Et voilà que dorénavant, il faudrait féliciter les cancres et remercier les contrefacteurs pour leur apport à la croissance mondiale. Tout ça parce qu'un prof de l'université de l'Ohio nous le dit. Mais en suivant le propos d'Oded Shenkar - c'est le nom du trouble-fête - on est plutôt troublé par les théories avancées. Car pour démontrer les vertus des copieurs, l'animal avance des faits.
Prenons l'insolent succès d'Apple ces dernières années. L'Iphone ? Une resucée du Blackberry qui l'avait précédé. L'Ipad ? Un lifting de tout un tas de tablettes apparues avant lui. Même l'Ipod à son époque était loin d'être pionnier. Et la pomme est loin d'être un cas à part. McDo n'a pas inventé le fast-food et la multiplication des buns dans toutes les villes, White Castle l'avait fait avant lui. Pareil pour les cartes bancaires. Visa et Mastercard ? Des gros copieurs de Diners Club. Evidemment, de cette énumération, on ne retient pas les inventeurs, mais ceux qui ont pompé, amélioré et mieux diffusé le produit copié.
C'est là toute la différence : « Imitation is not mindless repetition; it's an intelligent search for cause and effect, » rappelled Oded Shenkar dans une interview publiée sur le site de la Harvard Business Review. En clair, le succès du copieur réside dans son habileté à doper la découverte pour la rendre encore meilleure. Chose d'autant plus aisée que le copieur ne supporte pas les frais de la découverte.
Convaincus que l'innovation n'est pas une panacée ? Nous en tout cas, on est converti. A tel point que cette étude d'Oded Shenkar, qui ne sera disponible qu'au mois de juin, on l'a découverte dans Le Monde Magazine de ce week-end, sous la plume de Jean-Michel Dumay. Un hommage à l'inspirateur que les Steve Jobs et consorts, ne prennent pas toujours soin de rendre.
Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 10 mai 2010

Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr


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