Quand des femmes célibataires jouent au DRH
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Quand des femmes célibataires jouent au DRH


La cuisine du recrutement a, entre autres mérites, le pouvoir de s’accommoder à toutes les sauces. Y compris aux pires brouets. Le dernier ragoût en date s’appelle Job Me Tender. Que ceux qui s’attendent à trouver un boulot sur ce site remballent leur CV. C’est indiqué dès la page d’accueil : il s’agit d’un « site de rencontres où les femmes célibataires recrutent les hommes en quête d'amour avec les méthodes des DRH. »

Et toute la panoplie des relations amoureuses défile, en filant la métaphore du boulot. Une relation d’un soir ? Un stage, évidemment. Une relation courte ? Un CDD forcément. Quand elle devient sérieuse, on signe un CDI et quand on se marie, on est partant pour une fusion-acquisition. Pas moins.

Evidemment, la seule question qui vaille face à cette énième start-up au concept si décalé, si original et si fun, c’est « pourquoi ? » La réponse est livrée par Marie Mure-Ravaud, sa fondatrice : « Trouver un homme avec qui partager ma vie, c’est pour moi aussi important qu’embaucher un nouveau PDG si j’étais à la tête d’une multinationale. Et cela relève d’un processus de sélection tout aussi poussé. » Sûr. Il faut « gérer » sa vie amoureuse comme sa carrière, « embaucher et sélectionner » son futur amant, compagnon, mari comme un collaborateur. Le potentiel de séduction remplace le potentiel de compétences. La recherche d’un boulot, serait donc, pour Marie, du même tonneau que la recherche d’un boy-friend. Une idée à peu près aussi terrifiante que l’inverse.

Et si les candidats devaient agir avec les recruteurs selon un processus de drague classique ? On se croiserait, on s’apprécierait du regard, on irait boire un verre, on irait dîner, on se ferait une toile, un concert de rap ou un opéra, et on conclurait en signant un contrat de travail. Stupide et contre-productif ? Autant qu’une fusion-acquisition de mariage signée sur la base d’un CV amoureux et d’un entretien de recrutement câlin.

Le constat, et le refus, de ce type de mélange des genres est bien sûr éminemment réac. Mais le pire n’est pas dans le rejet qu’il peut inspirer. Mais dans le constat qu’il est en partie vrai. Et qu’il existe depuis que l’amour et le boulot existent. Que d’un côté comme de l’autre, on se marie et l’on travaille ensemble pour des affinités et des compétences objectives. Elles sont inconscientes dans une relation amoureuse, et formalisées dans une relation de travail. Mais on fait aussi un bout de chemin ensemble dans la vie et au boulot pour des raisons totalement affectives. Et dans ce cas, c’est en entreprise que l’inconscient joue à plein. Et dans la vie qu’elle est consciente. S’en douter est une chose, l’appliquer comme Job me Tender en est une autre. Qui fait frémir.

Sylvia Di Pasquale @ Cadremploi.fr

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Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr



Commentaires

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Vos réactions
  • grominet
    Evidement vous ne saurez pas le seul employé de la société.
    En clair, vous serez plusieurs amants pour Madame, ou Maitresse selon le type de management.

    Pour ne pas vous bercer de douces illusions, renseignez-vous sur le turn-over.
    Et le licenciement est garanti sec, sans cadeau d'adieu.

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  • mcl
    Article toujours aussi intéressant, merci Sylvia.
    C'est fois-ci, c'est terrifiant, peut-être parce que très proche de la réalité.
    Vue le nombre de célibataires en croissance, on peut se dire qu'il y a un potentiel énorme d'entrepreneurs en puissance.
    Tous à l'EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) !

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  • Patientoh
    je suis d'accor

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  • Patientoh
    L'amour c'est cool, mais le boulot c'est encore plus cool.
    L'une des choses peut bien mener à l'autre.

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  • Yanou
    la gestion de la vie privée s"assimile de plus en plus à celle de la vie professionnelle : ''je gère" fais partie du langage quotidien
    cela ouvre un avenir prometteur à Job Me Tender

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