Période d'essai : Cadremploi
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Période d'essai

La sélectionnite prend du plomb dans l'aile


Les pêcheurs ne sont pas contents. Les viticulteurs non plus. Comme les profs, les taxis, les  routiers, les caissières, les seniors et la France entière. Sauf trois professions qu'on n'entend pas, alors qu'elles risquent, depuis mercredi 25 juin, de trinquer plus que les autres. Pas à cause de la hausse du pétrole ou de la baisse du pouvoir d'achat, mais en raison de l'application de la loi sur la modernisation du marché du travail.

Depuis ce jour, les recruteurs en entreprise, les personnels des agences d'intérim, et ceux des tribunaux des prud'hommes ont du mouron à se faire. Dire que ces milliers de respectables professionnels ne se doutent même pas de ce qui les attend...

Alors, ouvrons-leur les yeux afin qu'ils puissent enfin avoir une vision claire de leur sombre avenir. Prenons les recruteurs.

Voilà des gens qui ne doivent pas se tromper. Leur job ? User de mille ruses et précautions pour éviter l'erreur de casting. Il leur faut cerner le candidat et décrypter son CV. Un énorme travail de patience qui, depuis mercredi, n'a plus de raison d'être. C'est que l'une des mesures de la nouvelle loi permet de doubler la période d'essai, portée à huit mois (quatre mois, renouvelable une fois si un accord de branche le prévoit) pour les cadres. Près de 240 jours pour jauger des qualités et des défauts d'un cadre embauché de frais, voilà qui est plus que confortable. C'est tellement long que même le responsable RH le plus scrupuleux pourrait bien se risquer sur le profil atypique. Du coup, il ne deviendrait plus vraiment nécessaire de faire appel à des professionnels de la sélection,  longuement formés à détecter l'oiseau rare en deux entretiens.

Peut-être une nouvelle espèce en voie de disparition, comme pourraient le devenir les spécialistes de l'intérim. Eux sont menacés par une autre mesure de la nouvelle loi : le contrat de mission. De quoi s'agit-il ? D'un super CDD de 18 à 36 mois que les entreprises pourront moduler à leur guise pour mener à bien un projet particulier. En fait, il ne s'agit, ni plus ni moins, que d'une mission d'intérim moins onéreuse pour l'entreprise, puisqu'elle n'inclut plus la commission perçue par l'agence. Encore une profession qui pourrait bien devenir sinistrée alors que la loi de modernisation sociale était justement destinée à fluidifier le marché du travail.

Et ce n'est pas tout, car à ces cohortes de nouveaux chercheurs d'emploi risquent de s'ajouter les avocats, les juristes spécialisés dans le droit du travail et les personnels administratifs des tribunaux de prud'hommes. Tout ça à cause de la troisième mesure en vigueur depuis mercredi : la rupture à l'amiable du contrat de travail. Une histoire simple, puisque l'employeur et l'employé se séparent d'un commun accord. Le premier s'engageant à verser les indemnités légales au second qui ne lui cherchera pas de noises puisqu'il est, légalement, d'accord pour prendre la porte. Plus de plainte au tribunal, plus de bataille juridique et, bien sûr, plus de raison de faire appel aux Prud'hommes.

Mais la vraie vie et le vrai monde du travail ne tourne pas ainsi. Des employeurs retors peuvent extorquer par la pression une signature à l'amiable à leurs salariés en disgrâce. Qui s'en plaindront auprès des tribunaux. De leur côté, les agences d'intérim se sont déjà tournées vers d'autres activités, se transformant en cabinets de recrutement et en officine de sous-traitance de l'ANPE. Quant aux recruteurs, l'allongement de la durée d'essai ne les bouscule pas plus que cela. Les seuls à s'en plaindre risquent d'être les cadres embauchés, obligés de vivre dans un no man's land d'incertitude durant 8 mois. Et si cette mesure était finalement la meilleure manière d'effrayer les cadres et de les faire renoncer à changer d'entreprise ?



Commentaires

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Vos réactions
  • roger
    Et pourquoi pas un cdd de 36 mois? Moi je suis preneur, compte tenu de mon âge (55ans) et de mes compétences, j'ai beaucoup à apporter à une entreprise, je lui demande seulement de me permettre d'atteindre l'âge de la retraite décemment. Cela ne me semble pas exorbitant et pourtant... c'est vrai ma brosse à reluire ressemble plutôt à une carde à lime. Alors pour le petit manager plus ou moins impliqué dans un max d'erreurs et de conneries, je pourrais déranger...
    Comme on le dit dans certaines séries télévisées, la vérité est ailleurs.
    Transmettez à l'Elysée et à son petit manager.

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  • Patrick
    Voilà enfin une bonne chose pour le marché du travail. Plus de réalisme, de pragmatisme et de fuidité. Quant aux pauvres recruteurs, s'ils disparaissaient à la faveur de cette évolution personne ne s'en apercevrait.

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  • Jean Monnet
    NIHIL NOVI SUB SOLE !

    Le doublement de la période d'essai existe depuis des lustres (ex : CC métallurgie) et peut être décidé par l'une ou l'autre des 2 parties.

    Le contrat de mission existe de fait dans l'intérim sous 2 formes :
    - mission courte en surcharge temporaire de travail (BTP, GMS, artisanat)
    - mission longue pour projet travaux neufs dans l'industrie ou SSII.^
    L'intérim apporte flexibilité sur le payrole en échange d'un coût prohibitif et récurrent.

    Disparition programmée de certains acteurs du recrutement :
    - la plus-value apportée par la spécificité des recruteurs reste à démontrer. Ils ne servent bien souvent qu'à générer leur propre emploi en s'appuyant sur des critères de sélection archistéréotypés qui leur évitent souvent un face à face avec des candidats atypiques.
    - leur coût obère le budget de l'entreprise et l'objectif de salaire du candidat. Jusqu'à 6 mois de salaire en 1 ou 2 fois.

    Quant à la disparition des avocats du travail, il me paraît plus simple de se quitter (hors malversations avérées, encore que..) à l'amiable (voici votre chèque et bonne chance !). Le plus logique serait la réduction symétrique de fait de la durée de la période d'essai.
    Il y aurait donc apparemment du recrutement à venir dans les DRH puisque cette fonction, aujourd'hui externalisée, serait rapatriée dans le giron de l'entreprise. Gageons que les meilleurs des acteurs externes du recrutement susnommés sauront se placer pour se rendre incontournables.

    Conclusion : nous revenons au théorème originel d'Edouard Leclerc du producteur au consommateur !

    QUO USQUE TANDEM !

    Répondre

  • Jean Monnet
    NIHIL NOVI SUB SOLE !

    Le doublement de la période d'essai existe depuis des lustres (ex : CC métallurgie) et peut être décidé par l'une ou l'autre des 2 parties.

    Le contrat de mission existe de fait dans l'intérim sous 2 formes :
    - mission courte en surcharge temporaire de travail (BTP, GMS, artisanat)
    - mission longue pour projet travaux neufs dans l'industrie ou SSII.^
    L'intérim apporte flexibilité sur le payrole en échange d'un coût prohibitif et récurrent.

    Disparition programmée de certains acteurs du recrutement :
    - la plus-value apportée par la spécificité des recruteurs reste à démontrer. Ils ne servent bien souvent qu'à générer leur propre emploi en s'appuyant sur des critères de sélection archistéréotypés qui leur évitent souvent un face à face avec des candidats atypiques.
    - leur coût obère le budget de l'entreprise et l'objectif de salaire du candidat. Jusqu'à 6 mois de salaire en 1 ou 2 fois.

    Quant à la disparition des avocats du travail, il me paraît plus simple de se quitter (hors malversations avérées, encore que..) à l'amiable (voici votre chèque et bonne chance !). Le plus logique serait la réduction symétrique de fait de la durée de la période d'essai.
    Il y aurait donc apparemment du recrutement à venir dans les DRH puisque cette fonction, aujourd'hui externalisée, serait rapatriée dans le giron de l'entreprise. Gageons que les meilleurs des acteurs externes du recrutement susnommés sauront se placer pour se rendre incontournables.

    Conclusion : nous revenons au théorème originel d'Edouard Leclerc du producteur au consommateur !

    QUO USQUE TANDEM !

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  • Jean Monnet
    NIHIL NOVI SUB SOLE !

    Le doublement de la période d'essai existe depuis des lustres (ex : CC métallurgie) et peut être décidé par l'une ou l'autre des 2 parties.

    Le contrat de mission existe de fait dans l'intérim sous 2 formes :
    - mission courte en surcharge temporaire de travail (BTP, GMS, artisanat)
    - mission longue pour projet travaux neufs dans l'industrie ou SSII.^
    L'intérim apporte flexibilité sur le payrole en échange d'un coût prohibitif et récurrent.

    Disparition programmée de certains acteurs du recrutement :
    - la plus-value apportée par la spécificité des recruteurs reste à démontrer. Ils ne servent bien souvent qu'à générer leur propre emploi en s'appuyant sur des critères de sélection archistéréotypés qui leur évitent souvent un face à face avec des candidats atypiques.
    - leur coût obère le budget de l'entreprise et l'objectif de salaire du candidat. Jusqu'à 6 mois de salaire en 1 ou 2 fois.

    Quant à la disparition des avocats du travail, il me paraît plus simple de se quitter (hors malversations avérées, encore que..) à l'amiable (voici votre chèque et bonne chance !). Le plus logique serait la réduction symétrique de fait de la durée de la période d'essai.
    Il y aurait donc apparemment du recrutement à venir dans les DRH puisque cette fonction, aujourd'hui externalisée, serait rapatriée dans le giron de l'entreprise. Gageons que les meilleurs des acteurs externes du recrutement susnommés sauront se placer pour se rendre incontournables.

    Conclusion : nous revenons au théorème originel d'Edouard Leclerc du producteur au consommateur !

    QUO USQUE TANDEM !

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  • Zoulou
    A se demander si vous (Sylvia) avez déjà travaillé dans une entreprise?

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  • Zorglub
    Cet édito me laisse sans voix...
    Je comprends qu'il faille défendre sa corporation mais la loi sur la modernisation du marché du travail est urgente et indispensable.
    Prétendre que c'est la mort des cabinets de chasse est ridicule, ils se portent très bien dans de nombreux pays avec des législations sur le travail plus libérale.
    De la même manière, comment laisser dire que les RH recruteront n'importe qui ! La qualité d'un recrutement se mesure sur le long terme, le rallongement de la période d'essai pour les cadres n'aura que peu ou pas d'impact.
    Le risque de recrutements atypiques… Tant mieux ! Si cela peut donner plus de liberté aux RH et aux recruteurs pour recruter des candidats dont les qualités et les réalisations correspondent aux besoins d'un poste même si ce n'est pas dans le même secteur d'activité. Quel progrès !! La majorité des recruteurs ont tendance, souvent à la demande de leurs clients, à recruter des clones de clones… Cela va ouvrir les esprits et les opportunités pour les candidats.

    Oui il existe des employeurs malhonnêtes, dans des petites moyennes et grandes entreprises, à tous les niveaux de management.
    Malgré la législation française actuelle qui est extrêmement contraignante, ils sévissent et abusent de leur pouvoir.
    Ces bandits sont une exception, on ne peut pas bloquer l'évolution d'une législation et d'un pays pour des exceptions. Avec un marché du travail plus libre et plus fluide il sera plus facile de changer de job lorsqu'on n'est pas satisfait.
    Comme me le faisait remarquer un client Anglais (je sais les anglais gniagniagniaÂ… mais c'est bien dit)
    « Vous les Français vous n'êtes pas content de vos job mais vous ne changez jamais alors que nous les Anglais on est content de nos jobs et on change souvent »

    Change is good !!!

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  • Matthieu
    à Sylvia : l'edito est vraiment navrant. Mais tu as la chance de pouvoir lire tes contradicteurs ; profites-en !
    le doublement de la durée de la période d'essai
    + l'instauration du contrat de mission
    + la rupture à l'amiable du contrat de travail
    = flexibilité du marché du travail
    = levier tendant à dynamiser le marché du travail
    = création d'emplois
    = tu trouves un vrai job et tu arrêtes de nous faire pleurer avec la perte de boulot des avocats, conseillers prud'homaux, etc...

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  • Alain69
    Entièrement d'accord sur un point : on culpabilise les gens et on nivelle par le bas. Sénior et en recherche d'emploi, je vois passer des annonces avec des postes à responsabilités payés à coup de lance -pierres. Pourquoi faire un mastère ou un BTS pour gagner 20K€/an ? Quant à la nouvelle mesure de l'offre acceptable, pourrait-on en cas de dépôt de bilan personnel déposer plainte contre le gouvernement ? Si j'accepte une telle offre, pour pouvoir résister financièrement, je serai obligé de vendre maison, voiture etc... Ne faudrait-il pas plutôt culpabiliser tous ces employeurs qui se débarrassent des gens aux prétextes de la rentabilité absolue ?

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  • Jocko Homo
    En route vers le CNE.
    Je partage l'avis de LELEU.
    Il y a belle lurette que cette histoire de PE est une des plus belles hypocrisies du droit du travail, donnant droit à de belles contorsions pour expliquer au salarié en quoi au bout de trois, quatre mois maintenant, on n'a pas bien cerné sa capacité à s'approprier le poste.
    Comme vous le faites justement remarquer, c'est donc maintenant 240 jours pour un cadre. Comme vous le dites, est-ce que çà ne va pas permettre à l'entreprise de prendre des risques nouveaux ?
    Mais bien sûr que si. Elle va pouvoir prendre avec plus de sérénité le risque de faire de mauvais recrutements, des erreurs de castings, de recruter avec des objectifs invraisemblables et des parties variables qui ne se réaliseront jamais. On a 8 mois pour voir. Créer de nouveaux postes et mettre fin à la période d'essai au bout de 8 mois au titre de la non-satisfaction, plutôt que recruter un CDD et rémunérer la précarité.
    Au final, pas loin d'un CNE ou d'un CDD sans contrepartie.
    Demander ensuite au salarié de s'impliquer corps et âme dans l'entreprise, lui faire porter le tee-shirt logoté et fêter le "j'aime ma boîte" ?
    Ce n'est pas gagné. A mon humble avis, revenons à l'époque des Chef du Personnel, celle des DRH est révolue. Et bonne chance.

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