Emploi dans le Nord
Le Nord attend toujours sa nouvelle vague

Ca sent l'overdose. Le trop plein de fricadelles, maroilles et biloutes. A moins d'avoir passé les deux derniers mois dans la fosse des Mariannes (à moins 11 500 mètres au fond du Pacifique, à gauche), impossible d'être passé à côté du film de Dany Boon. Et de l'opération de réhabilitation nordique qu'il revendique, et réussit, en terme d'audience, au delà de tous les pronostics.
Forcément, ce succès titille la curiosité sur ce drôle de coin français et sur un paradoxe typiquement hexagonal : dans n'importe quel pays développé, le nord l'a toujours emporté sur le Sud en termes économiques, avec la qualité de vie induite. C'est le cas en Italie, en Espagne et même aux Etats-Unis. Au nord les industries et le commerce florissant, au sud les ploucs supposés. Pas chez nous. Même s'il n'en a pas toujours été ainsi. Car la cote d'amour du Nord à travers les siècles a connu des hauts et des bas.
Passons sur la flamboyance des Flandres et de ses riches marchands de la Renaissance qui ont fait du Ch'nord l'une des régions les plus riches du pays. Car à partir du XIXe siècle, Germinal a remplacé la luxuriance des beffrois et des Grands Places. Nouveau changement au début du siècle dernier. La classe ouvrière prend ses lettres de noblesse et la région attire les premiers immigrés italiens ou polonais et les cadres qui les encadrent. Jusqu'à la désindustrialisation des années 60.
Le charbon est foutu et l'acier est à la rue. Reste alors du Nord l'image tenace d'une région où l'emploi se tarit. A tort. Et deux événements vont éclairer, à quelques années d'intervalle, cette gigantesque méprise. Evidemment, comparer Lille 2004 et « Bienvenu chez les Ch'tis » est aussi saugrenu que de placer côte à côte une petite formation de musique de chambre à Montluçon (Allier) et le philarmonique de Berlin. Mais les opérations menées durant l'année où la ville du Nord s'est transformée en capitale culturelle européenne a marqué une véritable rupture en éclairant un renouveau entamé des années auparavant. Eclairage médiatique et élitiste, certes, mais suivi quatre ans plus tard par le film du réalisateur d'Armentières qui agit comme une seconde couche sur cette peinture toute fraîche et refait une beauté au Septentrion français.
Reste à attendre les conséquences de ces efforts. Car pour le moment, les matins de la gare TGV d'Euralille sont à sens unique, accueillant surtout les cadres qui partent bosser à Paris, à une petite heure de là . Pendant ce temps, les patrons de PME locales en première ligne mais aussi la grosse poignée de recruteurs sévissant dans les sièges sociaux de grandes entreprises implantées dans les régions Nord-Pas-de-Calais et Picardie désespèrent toujours de trouver des candidats susceptibles de faire le chemin inverse. La faconde, le sens de la camaraderie et les baraques à frites ? Les cadres approuvent, mais dans une salle de cinéma. Dans la vraie vie, ils préfèrent rester au plus près des centres de décision parisiens. Jusqu'à quand ?


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