Après les notes à l'école, faut-il supprimer les évaluations en entreprise ?
Les notes au feu, les évaluations au panier

Chiche. Allons plus loin. Plus loin que les beaux esprits qui s'élèvent contre la notation à l'école primaire. Demandons la suppression de tous les baromètres, classements, évaluations, concours, examens, bacs, starac'eries et entretiens annuels en entreprise. C'est que ces derniers reviennent ces temps-ci comme la chute des feuilles et la gastro.
C'est là qu'on vous sent goguenards et persuadés qu'on amalgame le tout, le n'importe quoi, le coq et l'âne et qu'on ne peut pas comparer des gamins notés sur 20 et des cadres évalués en vain. Alors reprenons les arguments de nos intellectuels pétitionnaires, Michel Rocard, Richard Descoings, Axel Kahn et autres anciens bons élèves, bien notés, forcément. Que nous disent-ils ? « Que ce système de notation crée une très forte pression et stigmatise les élèves qu'il enferme progressivement dans une spirale d'échec. »
Suffit de remplacer « élèves » par « salariés », et le tour est joué. Alors convaincus ? L'argument est d'autant plus imparable qu'on nous dit et répète depuis des années que l'ennemi de l'employé, du cadre, de l'ouvrier, de la standardiste ou de l'arpète, c'est le stress. Alors quand on lit « pression », « spirale d'échec », on voit bien qu'on est dans l'œil du cyclone du mal absolu.
Il suffirait donc de supprimer tous ces entretiens annuels et les fiches qui vont avec, d'annualiser la Journée de la gentillesse et de passer ses 35, 40 ou 50 heures (cochez la case correspondante) de boulot hebdo avec un collier de fleurs autour du cou en dansant le Tāmūrē.
Enfin viendrait le temps d'un monde parfait où le stress et la pression n'existerait plus, les différences entre les hommes non plus. Un temps sans compétition, sans volonté des uns de faire mieux, sans esprit des autres de se dépasser.
Un temps sans génie ?
Zut, c'est vrai, dans notre enthousiasme, on avait oublié ce petit détail. La mémoire revenant, on s'est souvenu d'une vieille réplique tirée d'un vieux film. Elle disait, à peu près ceci : « Rappelez-vous qu'en Italie, sous les Borgia, pendant trente ans, il y a eu la guerre, la terreur, des meurtres et des assassinats. Cela a donné Michel-Ange, Léonard de Vinci et la Renaissance. En Suisse, ils ont eu l'amour fraternel, cinq siècles de paix et de démocratie. Et qu'est-ce que cela a donné ? Le coucou. »
Pas question, évidemment, de comparer l'entreprise à un coupe-gorge - ni bien sûr de réduire le pays de nos chers lecteurs helvètes à son génie horloger. Il reste que ces phrases prononcées par Orson Welles dans Le troisième homme, résument bien le décalage entre le vieux souhait humaniste et le moteur nécessaire à l'accomplissement humain. Pas sûr, du coup, que le cinéaste, pourtant tricard dans toutes les boîtes de production de la planète, eût signé la pétition s'il était encore de ce monde imparfait.
Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 22 novembre 2010
D'accord, pas d'accord avec cet éditorial ? Supprimer les évaluations en entreprise, est-ce une solution viable ? Souhaitable ? Réagissez sur le forum ci-dessous.

Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr - 2010

* Les champs suivis d'un astérisque sont obligatoires.
Alors que j'aimerais bien être évaluée plus souvent, c'est un feed-back, ça permet de voir comment on progresse, le chemin à parcourir selon les axes, et puis il y a forcément des talents reconnus, et on ne fait pas une fixation sur les erreurs...
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- évidemment il faut évaluer, c'est en identifiant ses pistes de progrès qu'on peut avancer,
- évidemment on n'évalue plus depuis longtemps les adultes en se contentant de leur attribuer une "bête" note,
- évidemment il faut faire progresser l'évaluation des enfants comme on continue d'améliorer l'évaluation en entreprise (360, objectifs de progression, assessment centers...).
Bref je préfère écouter les "beaux esprits" et ceux-là, il est vrai qu'ils le sont :-)) que les provocateurs dont le vrai-faux bon sens occupe le haut du pavé, et faire progresser l'évaluation des élèves en tirant parti de ce qu'on a mis en place "ailleurs", et entre autres dans les entreprises !
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Les notes sont une indication arbitraire car mathématique! sauriez vous noter Victor Hugo pour l'ensemble de ses uvres? même ne serait-ce qu'une de ces uvre? Non! Pourquoi? Parce que son talent passé fait appel à des capacités non mesurables avec de simples chiffres. Même si on y parvenait en découpant par de multiples catégories des composantes remarquable de son talent alors ont ne pourrait pas pas plus l'évaluer du fait de la complexité que cela amènerait.
Ce qu'il faudrait? la notation par lettre ne me semble pas une idée parfaite mais elle a le mérite de coller au mieux à une qualité intrinsèque de l'apprentissage: l'acquis. Ainsi, si on couple le système d'évaluation par lettres à une découpe des différents points à acquérir, on pourrait être efficace en indiquant à la fois au noteur quels points ont été assimilés et au noté les points à approfondir.
Dans un monde aussi complexe que le notre, donner un chiffre correspondant à une compétence est comme évaluer la complexité d'un arbre (biologiquement, matériellement, etc...) avec un double décimètre.
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article 1 le chef a toujours raison.
article 2 quand le chef a tort se référer à l'article 1. etc..etc..
A bon entendeur, salut.
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- l'enfant qu'on note dès le CP et même parfois avant est en état d'apprentissage contrairement à l'employé qui a été embauché a cause de ses compétences.
- dans certaines entreprises (France Telecom par exemple) la sévérité de la notation ou les exigences irréalistes en terme d'objectifs poussent les salariés au suicide.
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Chassez les notes de l'école (ou de l'entreprise), et vous crééez un petit cocon confortable, où les élèves (employés) se sentiront à l'abri et finiront par croire que le monde les protège.
Mais est-ce une bonne idée: c'est reculer pour mieux sauter! Un jour où l'autre, ils sortiront du petit cocon confortable et seront confrontés au monde extérieur, et plus la vie en cocon aura été longue, plus la sortie vers le monde sera brutale.
Je crois qu'il faut apprendre dès le plus jeune age qu'il faut accepter le monde tel qu'il est, qu'il y aura toujours des évaluations, et qu'il faut accepter de ne pas être bon en tout.
Apprendre à accepter d'avoir des mauvaises notes, et se consoler en trouvant la matière où on est bon.
Et puis, c'est tellement motivant de démarrer avec des sales notes et de voir que l'on progresse!
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Et pourtant il appelle quelques réactions de ma part:
1) Pas d'accord, la pétition est très claire, le sujet est circonscrit à l'école élémentaire, pas d'erreur possible, ni de possibilité d'étendre le sujet. Et je suis assez d'accord avec le fait qu'en primaire se vit une escalade de la notation (sensible entre mes deux enfants espacés de deux ans, trop de notes, trop difficile à gérer pour les tout petits.
2) Un monde sans stress n'existe pas, l'évaluation est partout, le monde est marchand, le consommateur note, évalue, tranche en permanence face au rayon de supermarché, et ce avec la bonne conscience de l'homo consommator repu et l'humanité feutrée d'une machine à composter les tickets de métro; or son choix quotidien a un impact sur des magasins, des rentabilités, des industries, bref, des gens qui travaillent pour faire ces produits. Le téléspectateur fait pareil avec sa zapette à la main en changeant de chaine, puis en renonçant à regarder ce soir tellement c'est nul. Cette évaluation est inhérente à la nécessité de choisir, d'orienter sa vie, quelque cruelle qu'elle soit.
3) le monde sans stress, ça existe, dans l'imagination très fertile d'un auteur génial, Aldous Huxley, qui l'a très bien décrite dans son livre: "Le meilleur des mondes". Présélectionnés dès avant la naissance, les habitants de ce monde n'ont aucune angoisse de choix, ils connaissent par avance leur destin. A relire d'urgence.
4) Quel problème soulevez-vous alors? Ce n'est pas celui de l'évaluation, qui est utile, voire indispensable à tout un chacun, pour se repérer, chercher à progresser, c'est celui de l'évaluateur, car c'est un Homme, avec ses forces et surtout ses faiblesses; la paresse (je mets n'importe quelle note, pour ce que ça change...), le gout du pouvoir (je saque, ils sont terrorisés, il me craignent, je jouis), l'ambition (si je mets une trop bonne note, il risque de me piquer mon job), etc. Evaluer, pour celui qui veut bien faire, c'est un vrai job. Pour les profs, faire un bon corrigé et donner une note juste et une appréciation honnête, c'est un vrai travail, un savoir-faire de haut vol.
5) Conclusion: ce qu'il faut c'est introduire des cours d'évaluation dès le lycée, et faire ainsi des "honnêtes hommes".
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