Tendance été 2009
Mea culpa et profil bas

La tendance est au mea culpa. Depuis celui de Nicolas Sarkozy dans le Nouvel Observateur. Le président y regrette ses échappées bling-bling, ses égarements « pauv'con » et ses erreurs de jugement. Et si la repentance gagnait le monde de l'entreprise ? Et si les cadres profitaient des courtes semaines qui les séparent des vacances pour s'essayer à la contrition ? Histoire de repartir avec une âme toute neuve à la rentrée.
En commençant par l'image qu'ils véhiculent. A propos de véhicule, il va falloir laisser sa BAM (BMW-Audi-Mercedes) au garage. Pas bon de s'afficher avec une auto à 50 000 euros. Devant ses collaborateurs et, surtout, ses clients et fournisseurs, on lui préférera une Renault Laguna fatiguée qui accuse les années. Seul luxe toléré : une climatisation qui évite d'arriver à ses rendez-vous déguisé en Bob l'éponge.
Si on laisse l'Allemande au garage, on n'oublie pas dans le même élan, de remiser son costard italien au vestiaire. Le Smalto voyant, façon Al Pacino dans Scarface, c'est fini. La nouvelle mise doit être noire et de coupe simple. Comme la chemise se doit d'être blanche. La cravate colorée et compliquée, avec des graphismes imaginés par cet artiste new yorkais sous amphétamines, on oublie.
Si on persiste à vouloir se lacer une corde autour du cou, on la choisira unie et de couleur taupe mal nourrie. Même retenue pour les filles. On oublie les marques et on fonce vers la solde H&M. Pour les couleurs, prière de suivre celle qui devrait devenir hype dès l'automne : le gris burqa. Et si ces imprimés unis vous semblent tristes comme une ruelle sombre un dimanche soir de novembre, consolez vous : ça va avec tout.
Mais le plumage ne fait pas forcément le cadre tendance et meaculpabilisant. Il va falloir assortir la bonne attitude à sa nouvelle allure. Face à vos partenaires de l'extérieur et à vos collaborateurs de l'intérieur, on est prié de se livrer à un exercice de retenue que les moines shaolin mettent des années à mettre au point dans des monastères où l'air se raréfie.
Prenez mademoiselle Moucheducoche. Vous lui aviez confié ce rapport d'analyse sur un new bizz possible sur le marché porteur de l'éventail à motifs. Résultat : quelques jours plus tard, vous retrouvez sur votre bureau quatre pages tapuscrites à côté desquelles, les paroles de « Est-ce que tu viens pour les vacances » (signées Didier Barbelivien) sont d'une profondeur rarement atteintes dans la pourtant très longue histoire de la poésie occidentale et versifiée.
Face au désastre, votre réaction habituelle tiendrait en deux mouvements et quelques mots : traversée furibarde de l'openspace, projection violente et millimétrée dudit document sur le bureau de mademoiselle Moucheducoche, et conclusion définitive en forme de phrase type : « si votre prose sur Meetic est du même tonneau que ce torchon, rien d'étonnant à ce que vous fêtiez seule vos 53 ans ».
Non, mademoiselle Moucheducoche (qui n'a que 52 ans et huit mois) ne mérite pas de telles invectives. Les nouveaux rapports humains, institués par l'Elysée le jeudi 2 juillet, jour de parution du Nouvel Obs, devraient vous inciter à plus de douceur. Et à une conclusion du drame de cet ordre : « Nous avons détecté en vous un haut potentiel et, parmi les 65 chefs de produit de ce service, j'ai pensé à vous pour cette formation "analyse, synthèse, écriture et vie sentimentale" proposée par la Cemos. Elle est animée par un grand professionnel auteur, compositeur, interprète.»
Evidemment, nous sommes conscient de l'immense effort que chacun doit faire pour que cette révolution culturelle en marche à l'Elysée s'applique à la société civile. La fin du bling-bling et le profil bas institutionnalisé ne peuvent s'adopter en un jour. Alors allons-y à petits pas. Et d'ici là , peut-être que la tendance s'inversera.
Â

Illustrations : Charles Monnier © Cadremploi.fr


* Les champs suivis d'un astérisque sont obligatoires.
c'est bien beau tout cela, mais les raisons véritables de cette crise, tout le monde les connait. ce sont les banquiers les responsables avec les promoteurs, les boursicitteurs et tous ceux qui se sont gavés sur le dos de l'état, pardon du contribuable. Qu'ils remboursent l'argent qu'ils ont volé sinon on viendra le chercher. Les vaches à lait en ont raz le bol et ce ne sont pas quelques signes de bonne volonté qui donneront le change. Ils doivent payer la note.
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Le profil bas est juste la première étape dans l'intériorisation de la crise : d'abord je fais profil bas, ensuite je suis agressé dans la rue dès que je porte un objet un tant soit peu cher ou attirant, ensuite je vote pour l'homme providentiel qui promet de me protéger, ensuite je vis dans un état policier.
Conclusion, l'auto-absolution et la haine quotidienne auront le même résultat si on ne restaure pas dans nos relations l'écoute, le respect systématique, le refus de l'exclusion, le droit à l'erreur, et un peu d'empathie.
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