Economie sociale et solidaire
Métier de convictions, job de contradictions

Ces gens sont bizarres. Ils ont des salaires pas terribles, travaillent majoritairement en CDD, effectuent des temps partiels en veux-tu en voilà , et dans leurs boîtes, le dialogue social est au raz des pâquerettes. Et pourtant, ils sont contents, beaucoup plus en tout cas que leurs collègues du secteur lucratif. Car ils travaillent dans l'économie sociale et solidaire (associations, coopératives, mutuelles et fondations). C'est ce que relève une enquête très approfondie du laboratoire d'économie et de sociologie du travail du CNRS menée sur la région Paca.
Évidemment, expliquer que ceux qui choisissent un métier de convictions se sentent mieux que ceux qui exercent une profession de contradiction, n'est pas vraiment un scoop. Les premiers estiment leur job et eux-mêmes, les seconds font comme si et s'en arrangent, quand ils travaillent pour une boîte dont la raison sociale ne colle pas avec leur éthique. On savait tout ça, et l'étude du CNRS ne va pas bousculer le bon ordre des JT, pas comme le tremblement de terre qui a secoué le Sofitel de Times Square.
Mais au-delà de la satisfaction, l'étude de 260 pages s'intéresse surtout au côté obscur de ces métiers. Elle relève, au passage, le manque de pratiques managériales, et insiste sur le fait que ce secteur est à la traîne sur la prévention des risques professionnels. Le manque de représentation des salariés est lui aussi montré du doigt. Et, puis, comme on l'a déjà dit, le nombre de temps partiels subi, et l'empilage de CDD, ne donnent pas de ces associations coopératives et fondations l'image de boites à l'écoute de leurs salariés.
Et pourtant, comme le signale notre nouveau site, « C'est décidé, je trouve un job solidaire », ce secteur emploie 2,3 millions de salariés et 10% de l'ensemble des cadres. Il continue à embaucher et ne semble pas condamné à une pénurie de candidats rebutés par ces pratiques.
Alors ? Alors, on en conclut que l'enjeu d'une boite est plus important que tout. Peu importe la forme, pourvu que le fond soit convaincant. Ces mauvaises pratiques sociales, on les retrouve d'ailleurs sous diverses formes dans les médias et les milieux artistiques, sans que jamais le nombre d'aspirants cinéastes, journalistes ou plasticiens ne baisse. L'exercice d'un boulot intéressant vaudrait tous les sacrifices. Il ne resterait plus aux autres secteurs, tous ceux qui font tourner l'économie du pays, que leurs yeux pour pleurer, et l'avancée sociale pour attirer.
Beaucoup d'entreprises classiques le savent parfaitement et mettent en place les outils nécessaires. En revanche, celles qui cumulent les défauts de l'associatif et de l'entreprise ont quelques soucis à se faire.
Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 16 mai 2011
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Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr

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Surtout, il y a un problème peu soulevé : celui des pratiques managériales qui peuvent parfois être cachées par un écran de fumée fait d'outils aux noms ronflants, mais profondément détournés de leur sens. Ou tout simplement de choix dits stratégiques qui ne sont en fait qu'un catalogue d'actions parfois contradictoires avec la stratégie (ou l'intention qui en tient lieu!) choisie, tout simplement parce qu'elle est mal comprise. Le système de valeurs d'une association peut (parfois!) être si radicalement déconnecté de la réalité qu'il "empêche" de décoder correctement l'univers dans lequel fonctionne l'organisme, et donc de faire les choix les plus appropriés. J'ai par exemple été très démotivé de devoir consommer des moyens très disproportionnés pour justifier l'action menée, alors qu'un mode justificatoire plus adapté aurait justement permis de mieux réaliser l'action, donc atteindre les objectifs de manière plus facile pour tous : l'efficience ne semble pas une priorité sous prétexte d'énoncés facile tels que, par exemple, "l'Etat n'a qu'à payer".
Donc, à force de gaspiller de l'énergie, du temps, des moyens, en actions inefficaces, la démotivation peut vite devenir insupportable lorsqu'on travaille 50 à 60h/semaine. Les convictions doivent être servies par des actions pertinentes, et ne peuvent justifier le gaspillage de l'énergie des salariés lorsqu'ils donnent, presque toujours, bien plus qu'ils ne sont rémunérés pour cela.
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Cette qualification laisse à penser qu'il existe un secteur forcément respectueux de ces valeurs, et un secteur commercial qui ne l'ai forcément pas. La réalité ne démontre pas que la frontière soit clairement établie entre des structures dites du secteur solidaire et social et les autres. Par ailleurs, l'évolution de la fiscalité du secteur associatif prouve qu'au dela de l'objet poursuivi par les associations, fondations, fonds de dotations, il existe de moins en moins de reconnaissance des spécifités sociales et solidaires de ces structures. Enfin, l'arrivée massive de sociétés de services d'aide à la personne a introduit une concurrence nouvelle dans ce secteur traditionnellement occupé par des associations. La distinction entre une économie solidaire et sociale et une économie commerciale devient donc très ténue. Se sentir bien dans son environnement de travail dépend plus de la place qu'on y occupe, de la mission qui nous est confiée, de l'ambiance qui y règne. La taille de la structure est peut être également pertinente dans la mesure ou l'anonymat est mois présent dans des petites et moyennes organisation. La classification de la structure dans telle ou telle catégorie est trop artificielle pour expliquer fondamentalement le bien être ou le mal être que l'on peut éprouver au travail, et le degré de satisfaction d'être dans tel ou tel milieu professionnel.
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il vient alors un moment où l'on s'aperçoit que dans la société dans laquelle on travaille (et celle où l'on a travaillé) les grands patrons et les salariés sont séparés par une frange de postes de demi-dieux : des demi-patrons qui passent leurs temps à se rejeter les responsabilités tout en accumulant de meilleurs salaires... et lorsqu'on a fait cette découverte par soi-même (parce quand on est jeunes, on l'entend mais l'on est persuadé de pouvoir changer cela...) on s'aperçoit que ce n'est pas l'entreprise qui nous accompagnera après notre retraite mais bien notre famille, nos amis, nos conjoints/conjointes, nos enfants...
Dès lors, la quête d'un travail moins astronomique et plus proche de l'Homme arrive ;-)
Devenir son propre patron, changer ce qui est inchangeable... juste par passion, dévotion ou éthique et finir sa vie heureux de ce que l'on a fait !
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Et à la lecture d'un autre article sur ce même site, on comprends mieux la flambée des arrêts maladie chez Pôle Emploi, entre le stress, les impératifs politiques, les changements mal accompagnés et l'amalgame des genres (accompagnement/indemnisation)
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