Quand on sera grande, on sera toutes des Sheryl Sandberg
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Quand on sera grande, on sera toutes des Sheryl Sandberg


Jeudi, c'est confettis. Comme chaque année, on va fêter, célébrer les femmes, leur promettre des monts d'égalité et des merveilles de parité. Mais ce 8 mars, comme tous les 8 mars, Sheryl Sandberg aura autre chose à faire. Elle va, comme chaque jour, attaquer à 5 heures du mat, assumer le management exécutif, la stratégie, le marketing, le commercial, le lobbying et les finances de sa boite de 3000 salariés. En ne reportant qu'à une seule personne : Mark Zuckerberg, puisqu'elle est numéro 2 de Facebook.

Sheryl, c’est la vieille de la boîte. Pensez, elle a  42 ans, alors que son boss en a 27, et que la moyenne d’âge des Facebookiens ne dépasse pas 26 printemps. Et puis, c’est une femme, avec un patron pas plus féministe que ça, et un conseil d’administration exclusivement masculin. Pourtant, la directrice des opérations du géant de Menlo Park ne se plaint pas, ne cloue pas la gente masculine au pilori et ne traite pas ces messieurs de gros machos qui font rien qu’empêcher ces dames de progresser. Le retard des femmes dans l’entreprise ? Pour Miss Sandberg, elles en sont les seules responsables, parce qu’elles sont bourrées de complexes et manquent de confiance en elles.

Mais pas elle. Pour le magazine Forbes, la vice boss du plus gros site internet du monde est aussi la 5e femme la plus puissante du monde. Elle a gagné, l’an passé, le salaire rondelet de 30 millions de dollars. Car avant son arrivée, les salariés de Facebook étaient, comme elle aime à le répéter, « surtout occupés à construire le site le plus cool possible ». Elle les a aidés à gagner de l’argent. Beaucoup d’argent et en a gagné aussi.

Pour autant, elle ne se la joue pas comme certains hommes, les winners qui n’ont ni doutes, ni place dans leur vie pour autre chose que leur travail. Car elle n’est pas toujours sûre d’avoir raison, en vient même à culpabiliser, à se reprocher de trop délaisser ses deux enfants. Avant d’enchaîner par une pirouette, de se rappeler qu’un homme est aussi apte qu’une femme pour les élever, avant de se souvenir que le fossé masculin-féminin est creusé par les femmes elles-mêmes. Avant d’expliquer que, pour une femme, le « choix de carrière le plus important, c’est le choix de son mari ». Un mari qui lui laisse le choix de sa propre carrière, en assurant autant qu’elle pour tout le reste.

Malgré ses actions, ses culpabilisations et ses déclarations, Sheryl prétend qu’elle n’est pas féministe. Mais son exemple fait avancer le féminisme. Autant que la Journée mondiale des femmes. Au moins.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr – 5 mars 2012

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Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr



Commentaires

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Vos réactions
  • JPV
    Il est heureux de voir une femme comme Sheryl Sandberg assumer sa carrière de « battling girl » tout en cultivant un espace de réflexion nécessairement parsemé d'incertitudes sur le bien fondé de ses choix professionnels et privés.

    Être manager et mère (ce qui va souvent de pair avec épouse ou compagne) suppose que l'on apprivoise les TIC pour gérer sans difficultés l'interaction entre les sphères professionnelle et privée (un enfant réclame sa mère au delà des 35 heures ! Et il faut équilibrer cette exigence avec le reste). Je précise que cette réflexion s'applique à l'identique aux pères.

    Mon propos percute, j'en ai conscience, le tabou de la stricte séparation entre temps de travail et loisirs. Il prend en tout cas le parti qu'aucune existence épanouie ne peut se construire sans compromis efficaces, conduits sur le mode « gagnant-gagnant ».

    C'est ainsi que dans un monde digital qui nous procure des opportunités inédites de gérer autrement nos vies professionnelles et privées, il devient possible de décloisonner nos activités, en commençant d'ailleurs par nos modes de pensée.

    Ainsi, les TIC et les réseaux sociaux ne donnent pas davantage d'indépendance, de libertés, ou de temps ; tout au plus nous permettent-ils de mieux établir des passerelles entre des pôles jusqu'ici réputés peu conciliables : carrière de cadre et vie de famille, patron et conjoint, loisirs et formation, …

    Je salue la parution du très riche rapport du centre d'analyse stratégique sur l'usage des TIC au travail, lequel nous éclaire sur les voies à suivre pour domestiquer Internet ; à 18 ans, celui-ci atteint l'age de la maturité et peut donc utilement entamer une carrière professionnelle.

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