De quoi le départ de Steve Jobs est-il le nom ?
Steve Jobs, le dernier capitaine

On n'a jamais vu ça. Jamais la démission d'un PDG n'avait fait couler autant d'encre. Suffit, pour s'en convaincre de taper les neuf lettres qui forment son nom dans Google Actu. S-T-E-V-E-J-O-B-S. Un sésame qui fait aussitôt apparaître des milliers d'articles consacrés au gourou de Cupertino. Certes l'histoire d'Apple, c'est la sienne. Évidemment, sa maladie rajoute au pathos de l'affaire. Bien sûr, l'informatique est au 21e siècle ce que l'avion et l'automobile furent au 20e. Mais quand même. Qu'est ce qui peut bien déclencher de telles déclarations d'amour à travers la presse mondiale ? Car, après tout, Jobs a fait son job. Plutôt bien, certes. Il a co-fondé, dirigé la pomme, l'a quittée, l'a recroquée et cédée cette semaine à son successeur avec des performances à laisser un Ussain Bolt des jours sans disqualifications dans ses startings blocks.
Mais d'autres boîtes ont été créées, d'autres ont été développées par un type qui décide un jour, comme tout le monde, de prendre sa retraite.
Et si les médias, et derrière eux tout un chacun, savaient sans le savoir toujours, que ce départ signait la fin de l'entreprise telle qu'on l'imagine dans un monde tel qu'on se le représente ? Et si le gaillard aux jeans-baskets était le dernier des PDG ?
Car dans notre inconscient à tous, une grande entreprise devrait rester une petite boîte artisanale qui a du succès. Un type a une idée, la développe, la multiplie et fait grossir son affaire, depuis son garage jusqu'au siège de sa multinationale, d'un salaire de misère à des émoluments de milliardaire. Surtout, et toujours dans notre inconscient, cet homme ne changerait pas fondamentalement de métier, se consacrant plus volontiers à la stratégie industrielle de son groupe, à ses produits, qu'à ses produits financiers.
Steve Jobs était cet homme, du moins dans la tête de ses clients. Pour ceux qui nous lisent sur un iPad, iPhone, iMac ou un MacBook, il était sans doute le dernier représentant de ce monde d'ingénieux inventeurs. Francis Bouygues, Marcel Dassault, Henry Ford ou Ferdinand Porsche sont morts. Leurs entreprises réussissent toujours, mais se sont toutes éloignées du petit garage où leurs fondateurs bricolaient. Mais surtout, elles se sont éloignées de leurs produits et souvent de leur cœur de métier. Bien sûr, ces entreprises sont, pour la plupart d'entre elles, magnifiquement gérées et prospères. Mais dans la plupart d'entre elles, les dirigeants ne sont ni maçons, ni ingénieurs en mécanique. Ils sont gestionnaires ou financiers.
Peut-être que dans l'excessive célébration du gourou d'Apple à laquelle on assiste ces temps-ci, faut-il voir une grosse bouffée de nostalgie, un enterrement en grandes pompes des capitaines d'industrie, remplacés par des capitaines de marchés. Même si l'on sait que la pomme était elle aussi, une championne boursière, il flotte dans le départ de Jobs comme un regret du temps d'avant ces marchés.
Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 29 août 2011
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Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr

* Les champs suivis d'un astérisque sont obligatoires.
Son entreprise a fait de très bons produits, d'autres passables et d'autres nuls ; mais il a réussi à créer cette aura autour de lui, comme Ron Hubbard.
Le vrai magicien chez Mac s'appelle Jonathan Ive.
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