Vrai méchant ou faux gentil ?
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Vrai méchant ou faux gentil ?


C'est Noël en novembre. Voilà que débarquent tour à tour et parallèlement, une Journée de la gentillesse (samedi prochain) et un Eloge de la gentillesse (en 240 pages). Une offensive de l'altruisme dans un monde de brutes épaisses qu'on croirait vouée à un échec aussi forcené qu'une élection américaine de mi-mandat. A moins qu'elle ne puisse s'imposer à peu de frais.

Evidemment, les secrets de la réussite en entreprise, on connaît : une bonne louche de cynisme, trois cuillerées d'individualisme et un bon coup de pied de l'âne à l'importun qui nous barre le passage. C'est comme ça que le monde tourne et pas autrement. On nous l'a appris à l'école et on l'applique au bureau. Alors ce n'est même pas la peine d'aller chercher plus loin.

« Trop bon, trop con », c'est notre mantra pour éviter de nous laisser aller. Inutile de nous expliquer qu'au travail, à la maison ou dans la rue, la gentillesse a droit de cité. Un gentil ? C'est au mieux un benêt. Au pire, un manipulateur qui cache son jeu. Allez donc décrocher une promo chez Fierabras & fils avec un tel handicap sur le CV.

On est donc totalement convaincu de la nocivité de la gentillesse quand nous tombe sur un coin du bureau quelques articles qui évoquent cette fameuse Journée de la gentillesse prévue le 13 novembre prochain et que paraît le dernier bouquin d'un certain Emmanuel Jaffelin. Le garçon, qui a sévi dans la diplomatie, est philosophe, enseignant et n'en oublie pas de donner de son temps à l'OIP (Observatoire international des prisons).

Un gentil, donc, qui vient de livrer un Eloge de la gentillesse. Sa démonstration ? La gentillesse n'a pas toujours été considérée comme la vertu niaise qu'elle est devenue. Au contraire, aux débuts de l'Empire romain, le terme signifiait « celui qui appartient à une famille » et qui est « de race noble ». On est assez loin des gentils benêts, donc. Et celui qui traitait un gentil centurion de niais, risquait de se faire couper en deux par son glaive effilé.

Evidemment, par la suite, l'affaire s'est gâtée. Elle est devenue un gros mot accolé aux mécréants par les juifs et les chrétiens. Avant de revenir aux fondamentaux de son acception, vers la Renaissance et ses gentilshommes, avec qui elle est devenue la faiblesse que l'on sait (1). Des allers-retours de la signification qui permettent de relativiser la portée du sentiment.

Mais surtout, lorsque l'historien Emmanuel redevient le philosophe Jaffelin, il tente de nous entraîner plus loin. Pour lui, la gentillesse « a le pouvoir de nous élever un peu, de nous anoblir en un minimum d'efforts (...) C'est une mini-morale peu exigeante,» explique-t-il à Psychologies.com. Génial. On se rachète une bonne conduite pour pas cher. Voilà qui devrait parfaitement coller à notre ère du consumérisme et du donnant-donnant (pardon, du win-win).

Investissement mini et retombées maxi ? Va pour la gentillesse, se diront les cyniques. Les autres en conclueront qu'il vaut mieux être gentil pour de mauvaises raisons, que pas gentil du tout. Et on est plutôt de leur côté.

Sylvia Di Pasquale © Cadremploi.fr - 8 novembre 2010

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Vrai méchant ou faux gentil ?

Dessin de Charles Monnier © Cadremploi.fr



Commentaires

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Vos réactions
  • Dablond
    Presque trentenaire, j'ai assisté comme beaucoup d'autres à la mutation de l'expression "il(elle) est gentil(le)" : de la reconnaissance d'une vertu, l'expression est depuis quelques années carrément devenue une insulte ! Personnellement, je ne peux pas accepter l'idée qu'être "méchant" (soit l'inverse de "gentil") soit devenu la condition sine qua non pour survivre dans ce qui est devenu un bien pauvre monde...(signé : un pauvre gentil)

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  • Worme
    Pour moi la gentillesse de façade qui est la mienne, est une peur de la violence des conflits. A dix sept ans j'ai mis mon père à terre et j'ai fugué. Je n'ai pas arrété de fuire. Ainsi de fuite en fuite, ma vie est devenu une peau de chagrin.
    On m'a mis sur écoute, le pouvoir m'a laché et la société s'est amusé à faire trembler de peur le gentil fou que je suis.
    Il faut être méchant pour conserver un coeur pur... Par gentillesse mon coeur s'est corrompu.
    La Façade et l'hypocrisie est un mal nécessaire... Je suis devenu méchant et cynique pour venger le gentil garçon que j'étais autrefois.
    Ne jamais oublié que peu importe les moyens seul compte le but final

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  • Alors
    Effectivement, l'apprentissage de la gentillesse devrait commencer à l'école et dans les familles. Combien d'enseignants ont leurs boucs-émissaires et leurs têtes, et enseignent un sacro-sain esprit critique qui ne remplacera jamais l'intelligence et l'objectivité ? Combien d'enfants maltraités à des degrés divers ? L'entreprise est tout au bout de la chaine, quand les plis sont déjà pris. Y'a du boulot pour faire machine arrière.

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  • serendipity
    Aahhh ! Enfin un vrai sujet de management en entreprise ! Découvrons en effet les avantages à développer son bon coeur, à cultiver l'altruisme et la compassion dans les systèmes économiques pour remédier à tous les désordres économiques et sociaux que l'on subit. Jetons la panaoplie éculée de l'arrogance stupide et facile,des petites manip piteuses, de l'attitude du Toutou agressif qui cache maladroitement ses peurs, ses doutes en s'engoufrant dans ses mauvaises habitudes. Et ouvrons-nous aux conséquences bénéfiques pour tous de mieux être, de mieux vivre ensemble pour retrouver la joie de vivre et donc de l'efficacité productive et créatrice ! Comme on la perdu en France, cette joie de vivre, surtout chez ses parisiens trop souvent hautains et prétentieux qui se complaisent dans les ragots et le dénigrement, sans rapport avec l'élégance de la gentillesse...

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  • Hugues C.
    Gentil par nature (disons que j'aspire à une certaine bienveillance envers mon prochain), ce qui me joue parfois des tours, je recommande à ceux qui se trouvent trop gentils un ouvrage de Thomas d'Ansembourg, très instructif (le titre parle de lui-même) : "Cessez d'être gentil, soyez vrai!"

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  • Anne
    Il semble que je ne suis pas allée dans les mêmes écoles que vous, ni même reçu la même éducation, et le dogme que vous présentez ici comme une vérité n'est manifestement pas universel. La gentillesse n'a rien à voir avec la niaiserie ou le sentimentalisme comme vous le sous-entendez. En outre, l'argument selon lequel pour réussir (en gros) il faut être un gros C**, n'est employé que par ceux pour qui la qualité de leur travail ne leur permet pas de s'élever au dessus du lot ou par ceux qui n'ont pas su faire valoir ce travail. En conclusion, ce n'est pas la gentillesse qui nuit à la réussite, mais la médiocrité.

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  • Florent
    Intéressant, mais vous oubliez de dire que le manque de gentillesse est un phénomène typiquement français, et particulièrement fort en région parisienne, où l'on est toujours prompt à se moquer avec cynisme de la naïveté (comprendre la stupide gentillesse) des Américains ou des Européens du Nord.

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  • adel
    je suis gentil

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  • MIADA Lalao Innocent
    Etre gentil, cela dépend de la circonstance et de la situation que l'on vit.

    C'est une réaction adoptée par un individu face à une situation donnée !

    Mais la gentillesse rend une situation plus vivable quelque soit la circonstance. Cela met tout le monde à l'aise et crée une confiance mutuelle même dans le cas de faux gentil car on ne verra durant le moment que le côté gentil !

    Mais attention, joué au faux gentil risque de vous coûter cher à la longue par ce que tôt ou tard les autres découvriront les vraies raisons qui vous guident dans la vie et leurs réactions et attitudes en vers vous vont changer ! Ca va se transformer en Jugement maintenant et vous ne sauriez plus l'effacer car il va vous coller sur la peau et vous allez le traîner durant toute la vie.

    Ce qu'on peut conclure c'est que être gentil (vrai gentil) ne vous coûte rien. Il vous rend plus noble et respectueux dans la vie. Il vous ouvre souvent toute les portes quelque soit la circonstance.

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  • FirstPoster
    Bon allez je me fends de ce premier commentaire, ça me fait trop de la peine de penser que l'auteur nous lance un appel à réaction et que personne ne lui répond. Je suis trop gentil (et un peu faux-c...)

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