Emploi et littéraires
Les grandes entreprises s'entichent des littéraires

Renault, Coca, Siemens, la Société Générale et d'autres multinationales s'engagent à embaucher des universitaires issues des filières littéraires. Les damnés d'hier trouvent ainsi des débouchés qu'ils n'espéraient pas dans le secteur privé. Un revirement prometteur, même si ce n'est pas encore la fin de l'apartheid.
Heureux les diplômés des grandes écoles et les jeunes ingénieurs. Les portes des entreprises leurs sont grandes ouvertes. Mais qu'en est-il des jeunes diplômés des universités en philo, histoire, lettres ou sciences humaines ? S'ils ne se destinent pas naturellement à l'industrie ou à toute autre forme d'activité privée, ils sont souvent obligés de se tourner vers ces structures, par manque de débouchés ailleurs. C'est souvent le début d'une galère qui peut se solder par des années de précarité.
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Opération test sur deux ans
Pour tenter de contrer la fatalité, le Medef et TNT-Confédération étudiante ont mis en place une charte baptisée « Phénix », opération test prévue pour durer deux ans (2007/2008). Les signataires s'engagent à embaucher 70 diplômés bac + 5 de l'université de Marne La Vallée. Sept entreprises se sont d'ores et déjà engagées à recruter, sous contrat de professionnalisation, entre 50 et 80 de ces cadres du troisième type, dont PriceWaterhouseCoopers, Renault, Coca Cola Entreprise, HSBC, Siemens et la Société Générale.
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Mise à niveau
Au programme de ces jeunes recrues repérées par leur fac mais sélectionnées sur entretien par les entreprises, un programme de mise à niveau de trois mois en économie, finances, vie des entreprises, dispensé par l'université mais financé par l'employeur. Cette année également, le Cnam et Sciences-Po Paris ont lancé un dispositif similaire baptisé Elsa qui vise à former en alternance et en 250 heures une centaine de diplômés par an.
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Nécessité économique
Et toutes les entreprises participantes de vanter les qualités « d'autonomie, de curiosité, d'imagination de ces jeunes. » Simple mains tendues sans lendemain ou début prometteur ? Chez Renault, qui emploie déjà 30 % d'universitaires, cette action répond à une nécessité. « Car la diversification des profils permet de mieux comprendre les marchés. Les universitaires apportent une richesse complémentaire par rapport à la vision plus business des jeunes issus des grandes écoles ».
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Savoir réfléchir
C'est que les diplômés formés dans les filières littéraires possèdent mine de rien des qualités très recherchées par les entreprises : culture générale, capacité à prendre du recul, à rechercher des informations, à rédiger, à établir des relations humaines, sensibilité à des phénomènes complexes... Ce qui fait dire à Vincent Merle, professeur au Cnam et fervent soutien du programme Elsa dans un récent entretien : « Un jeune qui a fait de la sociologie ou de l'histoire dispose d'un recul critique, d'un cadre intellectuel : autant de qualités qui feraient le bonheur de certaines entreprises peuplées de clones. » (1)
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Il n'y a plus qu'à espérer que ces ferventes attentions pour des étudiants en lettres et sciences humaines perdurent. Et que des entreprises pionnières s'engagent dans l'intégration de littéraires à dose industrielle.
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(1) Télérama n° 2985 - 31 Mars 2007
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