Le rendez-vous client
Accueil  > Conseils > Conseils candidature > Entretien d'embauche > Le rendez-vous client

Le rendez-vous client


Convaincre un client de vous confier un mandat : c'est une grosse épreuve psychologique. Une guerre des nerfs. On se sent tout petit, perdu face à un interlocuteur prêt à vous rembarrer au moindre faux pas. Cette semaine, Marie La Fragette, nous fait partager les affres de la chasse au contrat.

Aller à un rendez-vous client, c'est un peu comme se trouver sur une île déserte. Une fois que vous avez débarqué vous êtes seul. Seul au monde. Et seul votre instinct de survie, vous permet de vous en sortir. Ceux qui ne l'ont pas très développé, bafouilleront avant de partir en rasant les murs rejoindre leur radeau garé sur le parking visiteur.

Les autres, les Robinsons Crusoë des RH brandiront leurs process et leurs statistiques, leurs outils et leurs alliés jusqu'à faire capituler la jungle hostile des tailleurs et des cravates par une belle signature en bas d'un contrat à exclusivité et honoraires à 33%.

N'importe quoi, direz-vous, rien à voir entre une île déserte et un rendez-vous de prospection. Et bien si, (mais sans les tentatrices en bikini et les défis autour du feu), c'est sensiblement la même chose. Vous n'avez aucun moyen de communication avec l'extérieur et aucune ressource possible. Vous n'avez que vous-même. Vous êtes livré à l'œil inquisiteur du RH qui affute ses flèches en attente de la première bourde.

Celle sur le secteur par exemple. Vous aviez bien potassé pourtant le marché des joints imperméables pour l'aéronautique mais manifestement pas assez. Vous faites l'énorme erreur de confondre la gaine et le joint imperméable et là, RH vous regarde comme si vous aviez manqué une étape importante dans l'évolution de l'espèce humaine. Vous aviez bien potassé pourtant le métier d'ingénieur méthodes joint imperméables mais manifestement pas assez « Naturellement, vous dit pompeusement RH, il faut qu'il soit certifié AZX567T, vous ne pensez pas ? » Et vous tentez de prendre l'air inspiré et sceptique pour que votre mine à défaut de vos paroles, reflète adéquatement le dilemme.

Et puis les impondérables.

Vous vous étiez dit que vous observeriez la plus grande neutralité, le plus irréprochable professionnalisme mais là encore, vous n'êtes manifestement pas toujours au point. Vous appelez Monsieur la responsable bureau d'étude, osez parler d'écoles de province quand RH se cantonne aux parisiennes et avez envie de rentrez sous terre aux blagues machistes de RH sur les mères en entreprise quand précisément, il ne l'a pas encore vu sous votre manteau, mais vous accusez un bon six mois de grossesse.

Alors, il ne vous reste plus qu'à survivre pour ramener votre steak. Et vos flèches à vous s'appellent annuaires écoles, références clients, réussite dans des postes similaires. Vous sortez des noms célèbres dans le milieu du joint imperméable, des anecdotes et private jokes sur les grosses commandes aéronautiques pompées dans l'édition spéciale d'Usine la Belle, des clients prestigieux à qui vous donnez du Jean-Pierre, des tableaux, des reporting, un timing serré et beaucoup, beaucoup de conviction.

C'est l'instinct de survie sur île déserte. Et vous ressortez du sas du bureau du RH pour raccorder avec le monde moderne ayant dépensé pas mal d'adrénaline. Vous rallumez votre portable et retrouvez la vie avec le parking, la voiture de fonction, les bouchons pour rallier la ville de la Zone Industrielle. Et vous vous refaites le film. Là, j'ai été bon, là, j'ai pas assuré, mais pourquoi j'ai pas réussi à caser ça ? Mais c'est fini, vous avez quitté l'île avec les serpents venimeux. Vous pouvez mettre un peu de musique et si vous êtes un peu cabotin en cette grise fin d'après-midi, la mettre à fond. Parce que malgré votre vision approximative, votre méconnaissance des joints et des gaines et votre gros ventre inapproprié, vous l'avez peut-être décroché, ce prospect.

Statistiquement en tout cas, dans le métier, on dit que c'est un sur cinq...

* A propos de Marie La Fragette

Marie La Fragette, 27 ans, travaille dans un cabinet de conseil en recrutement. Elle est l'auteur de pièces de théâtre et de « Chasse de tête » qui a obtenu le prix du Roman Femme Actuelle.

 



Commentaires

* Les champs suivis d'un astérisque sont obligatoires.




Vos réactions
  • Millereau
    Madame, je termine la lecture de votre édito et mise à part votre humour ainsi que votre style , je n'arrive pas à reconnaître mon métier? la négociation doit être agréable, le contrat est gagnant-gagnant et non une opposition. J'ai 50 ans et quelques années d'expérience d'entretien en face à face et croyez moi , la meilleure méthode est d'être zen et si vous rencontrez un acheteur difficile voire complètement idiot (ça arrive)laissez tomber et passez plus de temps avec des propsects qui comprendront l'intérêt du partenariat.Je vous laisse cette maxime en méditation.
    "Ne négocions jamais avec nos peurs ,mais n'ayons jamais peur de négocier" jfk

    Répondre


Vous devez renseigner tous les champs :