Méfiez-vous des faux entretiens de recrutement !
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Méfiez-vous des faux entretiens de recrutement !


Vous êtes convoqué à un entretien d'embauche. Ne vous réjouissez pas trop vite. C'est peut-être un faux. Si des entreprises se livrent à cette pratique pour récupérer de l'information sur leurs concurrents, certaines organisent des entretiens bidons pour tester la loyauté de leurs collaborateurs. Emmanuel Lehmann, expert en intelligence économique et Arnaud Franquinet, directeur des Ressources Humaines du cabinet de conseil Grant Thornton et membre du cercle RH&IE, nous éclairent sur le phénomène.

 

La pratique des faux entretiens d'embauche est-elle courante ?


E.L. : Le phénomène existe. Cependant, il n'y a pas de chiffres précis. Il est rare que les candidats se rendent compte qu'ils ont en été victimes. Mais il faut bien être conscient que la crise pousse à une concurrence exacerbée entre les entreprises où parfois tous les coups sont pratiqués.

Plusieurs types de faux entretiens sont possibles. Une société peut les faire passer elle-même. Elle peut aussi recourir à un cabinet spécialisé. Certaines se font aussi passer pour un cabinet de chasse et louent, pour passer les entretiens, un bureau dans un quartier d'affaires.

Face à une belle proposition, les candidats parlent naïvement relativement bien.

 

A.F. : Les faux entretiens sont une réalité et la crise multiplie les risques. Il ne faut pas avoir une vision trop angélique du monde actuel. Personne n'imagine qu'il peut être victime d'un faux entretien. Or, aujourd'hui, il y a des méthodes de collections et de centralisation de l'information qui sont redoutables.

 

Est-il facile pour une entreprise d'obtenir des informations stratégiques lors de ces faux entretiens ?


A.F. : C'est un jeu d'enfants. N'importe quel candidat, dès que vous le mettez en confiance, va vous dire tout ce qu'il sait sur son entreprise. A chaque fois, je suis estomaqué du nombre d'informations que l'on peut recueillir en faisant passer un entretien même sans avoir de mauvaises intentions.

 

E.L. : C'est tout le paradoxe de l'entretien. Comment se vendre sans en dire trop. On est toujours tenté de parler beaucoup pour séduire le recruteur voire de s'attribuer le travail des autres. On est naïf en France sur la valeur de l'information.

 

Quels sont les candidats les plus susceptibles d'être victimes d'un faux entretien ?


A.F. : Pas besoin d'être un cadre dirigeant ou de travailler dans un secteur stratégique, comme l'armement. Prenez un commercial, peu importe son domaine d'activité. Il connaît tous les coûts des produits, les marges, les ristournes possibles...Pour un concurrent, être en possession de ces données, c'est une véritable mine d'or. Aujourd'hui, les cadres intermédiaires sont les proies les plus faciles. Avec la crise, ils ont soif de reconnaissance et ils se sentent délaissés par leur hiérarchie. Ils n'ont pas toujours le même sentiment d'appartenance que les dirigeants. Pour moi, ils sont le maillon faible de l'organisation. Si vous leur faites miroiter un beau poste, ils vont lâcher un paquet d'informations sensibles.

 

E.L. : Les cadres qui travaillent dans l'innovation, la recherche et développement sont particulièrement vulnérables.

 

Quels conseils donneriez-vous pour détecter un faux entretien ?


E.L. : Si le recruteur pose une question jugée dérangeante par le candidat (projets en cours, données techniques, organisation interne de la société, projets de développement, informations sensibles, ...), ce dernier ne doit pas hésiter à dire que pour des raisons confidentielles, il ne souhaite pas y répondre. Il n'y a aucune honte à avoir. Au contraire, cela valorise son profil. C'est une vraie qualité de mettre en avant sa loyauté. De façon générale, rien n'empêche d'évoquer en entretien des projets anciens qui ne sont plus sensibles. Quand aux projets en cours, il est préférable d'en dire le moins possible.

 

 

A.F. : Il faut cerner la cohérence du projet qui vous est soumis et la vraisemblance du poste proposé. Les gens ne sont pas assez curieux. Ils se livrent avant de poser des questions. Le candidat doit rétablir donc le rapport de force avec le recruteur et se dévoiler progressivement.

 

Les entreprises vont-elles parfois jusqu'à organiser de faux entretiens pour tester la loyauté de leurs collaborateurs ?


A.F. : Bien sûr. Certaines mandatent un intermédiaire pour voir jusqu'à quel point leurs salariés sont fidèles. Ce sont des méthodes particulièrement répugnantes.

 

E.L. : Disons que certaines entreprises se soucient plus que d'autres de l'application des politiques de sécurité. Dans ces conditions, des audits et tous types de tests peuvent être pratiqués ainsi que des actions de sensibilisation pour montrer aux collaborateurs les risques et les limites.

Les approches des collaborateurs par la voie des faux recrutements sont bien sûr abordées, mais il existe d'autres vulnérabilités qu'un attaquant pourra exploiter : être trop bavard lors de déjeuners entre collaborateurs à l'extérieur de l'entreprise, les comportements en déplacement et dans les lieux publics (où public est pour beaucoup synonyme, à tord, d'anonymat), ...

Et au delà, une piste particulièrement intéressante à suivre concerne les réseaux sociaux professionnels (ou non d'ailleurs) et autres sites du même type : trop détailler (en abordant trop précisément les projets en cours par exemple), et surtout le statut du profil peut induire un potentiel risque. Un collaborateur à la recherche de nouvelles opportunités est de fait plus facilement enclin à se livrer.

Bien que des mesures légales existent (clause de confidentialité et surtout de non-concurrence lorsqu'elles sont bien formulées et surtout payées) le maillon faible de tout dispositif de sécurité reste souvent l'homme : par malveillance, négligence ou naïveté. Dans certains cas, le licenciement, voire la poursuite pénale du collaborateur, par l'entreprise peut être envisagé.

 

 

Photo 1 : Arnaud Franquinet

Photo 2 : Emmanuel Lehmann



Commentaires

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Vos réactions
  • Issa
    En plus, de ces faux entretiens, la publication de fausses offres avec la complicité de certains sites de recherche d'emploi devient de plus en plus importante. Ce n'est pas bien pour la crédibilité du site qui accepte ce genre de deal.

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  • Maxou
    N'oublions pas non plus, les faux-entretiens destinés à se faire de l'autopromotion,pour les entreprises qui recrutent directement et donc à envoyer des leurres à la concurrence. Tout comme les cabinets de recrutement qui soit disant recrutent mais n'ont pas de véritables postes à pourvoir. Ils alimentent ainsi leurs viviers de candidats.
    Tout ca est bien lamentable et on oublie qu'il y a derrière des souffrances pour des familles entières !!!

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  • Hugo
    C'est une bonne chose dénoncer ces pratiques de certains responsables indélicats d'entreprises.
    Il semble qu'une pratique des entreprises de recrutement doit l'être elle aussi: publier des offres pour des postes qui n'existe pas ou pas encore, organiser de faux entretiens dans le but de contruire ou parfaire des bases de donnees ou de collecter des informations sur les entreprises présentes sur les CV.
    Certains estiment que ces fausses opportunités représentent entre 25 et 30% des offres.

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  • Sav
    A...(une SSII) : spécialiste des faux entretiens. L'année dernière, diplôme en poche, presque toute la classe a passée un entretien chez eux. Résultat : aucune embauche et un aller-retour Bordeaux-Paris dépensé pour rien... [Contribution modérée conformément aux règles d'utilisation de ce forum]

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  • M
    Très intéressant...
    Répugnant, inacceptable, magouilles...
    Ne soyons pas naïfs !

    Je suis presque convaincu que certains recruteurs eux-mêmes sont victimes de ces fausses demandes...
    La société "cliente" expliquant à quel point le poste sera stressant, confidentiel, valorisant, etc...
    Le recruteur cherchera à pousser les candidats dans les moindres recoins pour savoir quand ils craqueront...

    Et cela n'a pas pour intention de voler des informations, mais simplement de voir la résistance au stress des candidats.

    Maintenant c'est une pratique déjà "ancienne"... et dans les 2 sens !
    En 1998, un de mes collègues a fait le coup à notre supérieur... Il a vu une annonce pour recruter son subalterne mieux payer que lui...
    Il a suivi le processus de recrutement, jusqu'à être devant son chef : "Pour le salaire, je souhaite avoir le poste de mon subalterne ou que vous revalorisiez financièrement mon poste par rapport à cette embauche"...
    Il avait aussi demandé à renouveler sa période d'essai pour tester 3 mois supplémentaire notre chef !

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  • letto
    c'est sur que cela existe! surtout chez SSII qui cherche des contacts commerciaux et au "soi-disant" recruteur qui a des objectifs en nombre d'entretiens.le nombre d'annonces non pourvues sont ainsi comptabilisés. mais qui peut le prouver sans mettre sa carrière en danger?...

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  • Emmanuel
    Sans oublier, le faux entretien destiné à obtenir les références du candidat dans des sociétés ciblées . C'est le meilleur moyen pour le cabinet de recrutement de contacter des intervenants stratégiques pour proposer leurs offres commerciales. J'en ai fait les frais et l'effet est en plus négatif sur les précieuses références qui ne voient plus à travers vous qu'une source de dérangement

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  • Phil
    Bonjour,
    Mes 15 ans dans le travail temporaire (du coté entreprise) dans 3 structures différentes m'amène à réagir aux propos de Jourdan. Une société de travail temporaire n'a absolument aucun intérêt à faire passer de faux entretiens, en effet le volume de CA perdu chaque année faute de candidats est considérable alors dès qu'elle recrute un candidat de valeur et bien elle le place chez son client ... le recrutement prends beaucoup de temps (donc d'argent) il se doit d'être le plus productif (donc rémunérateur !) je ne me reconnait donc absolument pas dans cette affirmation
    Cdlt
    Philippe

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  • luc
    Entre les fausses offre d'emploi, les offres déjà pourvue par des mutations de postes ou qu'un candidat soit déjà en vue mais qui paraissent quand même,les faux CV, les faux forums qui servent uniquement à récolter des CV et à rassurer la population, les RH qui justifient leur activités par de faux entretiens de recrutement pour des postes soit disant récurrent, le marché est vraiment gangrené. Je suis heureux de ne pas être le seul à m'en apercevoir...Il serait bon de faire paraître des chiffres exact quand aux nombres d'embauche actuellement sur le marché. J'aimerais avoir les statistiques de tous les postes qui se ferment ou se délocalisent.Merci d'avance.

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  • BOISSINOT
    Complètement d'accord. XX (agence conseil parisienne) utilise ses stagiaires soit pour les tester ou les former. Bref ils m'ont fait perdre mon temps plus d'une fois, faire monter les chiffres de la boite en payant des stagiaires au plus bas en voilà une pratique intéressante !! [commentaire modéré conformément aux règles d'utilisation de ce forum]

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