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Recrutement : la graphologie n'a pas dit son dernier mot


A l'heure des candidatures en ligne, on la croyait dépassée. Et pourtant la graphologie, si elle n'est plus autant utilisée qu'avant dans le recrutement, a toujours d'ardents supporters.

Voici une discipline où la France peut se prévaloir d'être championne du monde. Aucun autre pays n'a jamais été aussi accro à l'utilisation de la graphologie dans les processus de recrutement.

A la fin des années 80, 90% des entreprises y avaient recours occasionnellement ou systématiquement. Aujourd'hui, la pratique a quelque peu reculé. Elle ne serait plus utilisée que par 70 % des entreprises, selon Corine Blanc, présidente du Syndicat Européen des graphologues professionnels, interrogée par le Nouvel Economiste. Un pourcentage en ligne avec la pratique des cabinets de recrutement d'après une étude menée en 2007. Mais ces chiffres font toujours débat.

« Nous manquons de visibilité sur le sujet. Il n'y a pas de données valables sur le pourcentage d'entreprises qui recourent à cette technique. Peu sont prêtes à dire qu'elles font appel à la graphologie. Pour moi, cette technique reste marginale. Malgré tout, cela reste étonnant que nous, les français, soyons les seuls à autant l'utiliser », estime Jean-François Amadieu, sociologue et directeur de l'Observatoire des discriminations.

La graphologie n'est pas démodée, elle s'est adaptée

La graphologie perd du terrain. Son âge d'or est révolu, mais elle reste encore très présente. « Elle n'est pas démodée. Elle s'est adaptée », tranche la graphologue Catherine Bottiau. Avec la généralisation des candidatures en ligne, les lettres de motivation manuscrites deviennent rares. Cependant, des recruteurs n'hésitent pas à y recourir, dans un deuxième temps, en demandant au candidat de produire un écrit à l'occasion de l'entretien.

Et l'utilisation de tests graphologiques n'est pas l'apanage de petits patrons de PME. Des managers de grands groupes, dont certains du CAC 40 l'utilisent.

Tous les secteurs du privé sont touchés. Idem dans le public. « Je travaille pour des maires et des ministres », révèle Catherine Bottiau. De son côté, André Santini, le député-maire d'Issy-les-Moulineaux n'hésite pas à revendiquer qu'il fait appel à la graphologie quand il recrute. (Voir la vidéo)

Mais pourquoi les recruteurs font-ils appel à la graphologie ?

« C'est un outil d'aide à la décision et surtout pas un outil d'élimination, jure cette DRH d'une société aixoise. Nous recrutons 50 commerciaux par an. Tous les candidats sur la short-list passent des tests graphologiques. L'analyse de leur écriture nous permet d'en savoir plus sur des critères que nous jugeons déterminants comme l'autonomie, la résistance au stress et les capacités de négociation. »

« C'est un complément d'éclairage sur la personnalité du candidat. Elle permet d'aller plus loin dans l'investigation, de façon plus simple que si on devait passer une batterie de tests. La graphologie n'estqu'un point d'appui, l'élément déterminant demeure la rencontre. En effet, c'est prioritairement au cours de l'entretien que nous validons les réalisations, les objectifs et le potentiel du candidat. », relativise Geoffroy Desvignes, chasseur de têtes.

Pourtant, certains recruteurs ne se fient qu'aux résultats des tests graphologiques pour choisir leurs candidats, s'alarme la DRH d'une PME girondine.

Un point de vue que partage Catherine Bottiau. « J'ai des clients qui me confèrent un pouvoir inquiétant. Ils ne prendront jamais de décision sur un recrutement sans avoir mon avis. Il y a souvent un manque de recul par rapport à la graphologie. Pour certains, c'est parole d'évangile », reconnaît la graphologue.

« Je connais même un dirigeant d'une grande société cotée en bourse qui fait réaliser des analyses graphologiques avant le moindre entretien : les candidats ne franchissant pas cette étape décisive sont écartés du processus », révèle le directeur général d'un cabinet parisien.

Et, c'est là tout le problème.

Une technique très décriée

En effet,la pertinence de la graphologie est pour le moins très discutée. « Cela ne marche jamais. Il n'y a pas de validité scientifique. On a suffisamment d'études qui le confirment », s'indigne Jean-François Amadieu.

« Les tests graphologiques sont aussi un bon moyen pour les DRH de se défausser si finalement la personne recrutée ne convient pas. Ils ont un effet parapluie », avance le responsable d'un cabinet de recrutement.

Pourtant, Catherine Bottiau estime que dans 80 à 90 % des cas, l'analyse graphologique qu'elle fait des candidats se révèle exact. Elle en veut pour preuve la fidélité de ses clients. « Certains, je les ai depuis 30 ans », plaide-t-elle.

 

Des recruteurs qui avancent masqués

Mais, la plupart ont du mal à assumer le recours à la graphologie. Légion sont ceux qui demandent aux candidats d'amener une lettre manuscrite en entretien sans leur préciser pourquoi. Catherine Bottiau estime que 60% agissent de la sorte.

« J'ai des réticences à indiquer dans l'offre d'emploi que nous allons recourir à des tests graphologiques. Je crains que les bons commerciaux ne postulent pas », lâche pour sa part la DRH de la société aixoise.

Une situation à laquelle a été confrontée Bruno, en décembre dernier. Il avait envoyé par mail sa candidature pour un poste de commercial dans une PME située en Bretagne. C'est seulement en entretien, qu'on lui a demandé de recopier un texte. « L'entreprise m'a alors précisé que c'était un test graphologique. D'après eux, ce n'était pas un outil essentiel dans leur décision. Mais il pouvait les guider s'il y avait un doute sur ma personnalité. C'est la première fois que je me soumettais à un test de graphologie et j'avais un a priori négatif. Quand j'ai eu les résultats, j'ai été bluffé. Mes principaux traits de caractère y étaient bien décrits », relate-t-il.

Finalement, Bruno a décroché le poste.

 

Encadré : ce que dit la loi

L'utilisation de la graphologie est légale. Mais son utilisation est encadrée par la loi. Selon l'article l. 1221-8 du Code du travail : « Le candidat à un emploi est expressément informé, préalablement à leur mise en oeuvre, des méthodes et techniques d'aide au recrutement utilisées à son égard. Les résultats obtenus sont confidentiels. Les méthodes et techniques d'aide au recrutement ou d'évaluation des candidats à un emploi doivent être pertinentes au regard de la finalité poursuivie. »


Si le candidat le demande, il peut obtenir les résultats de l'analyse graphologique. A défaut de réponse, il peut faire un recours auprès de la Commission nationale de l'informatique et des libertés.

 

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Mathieu Bruckmüller © Cadremploi.fr



Commentaires

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Vos réactions
  • C.L
    Pour répondre à Monsieur Pierre Ouellette, je dois dire que je suis assez étonnée. Certes la graphologie n'est pas une science exacte à proprement parlé, tout comme la psychologie, ce ne sont pas des mathématiques ! Cependant, à même titre que la psychologie, la graphologie est une science humaine, et est une méthode d'approche de la personnalité qui est fondée sur l'expressivité du geste, la loi de la représentation et le symbolisme des formes et celui de l'espace. Le travail du graphologue s'appuie sur une technique rigoureuse de l'écriture; le passage de l'observation à l'interprétation se faisant par raisonnements analogiques, non en interprétant de façon directe et simplificatrice le geste mais en l'appréhendant dans sa globalité (disons d'ailleurs tout de suite qu'un signe isolé dans l'écriture n'a aucune signification). Pour former un graphologue on lui apprend à aiguiser son sens critique et son sens de l'observation et de l'analyse; il faut au grand minimum 3 à 4 ans d'études. D'autre part, on y enseigne des notions de psychologie où sont abordés les théories et principes de Freud, Jung, Pulver, Klages, Hippocrate, Hegar... La graphologie en tant que savoir méthodique s'est constituée il y a plus d'un siècle. Aristote disait "Comme le discours révèle la conception de l'Ame, ainsi l'écriture révèle le discours et la conception."
    Ces "succès" des graphologues que vous dites "anecdotiques" me surprennent; avez vous déjà eu recours à la graphologie avant de porter un jugement aussi décisif et arbitraire ?
    Vous ne semblez pas savoir en quoi elle consiste et sur quoi elle se base et pourtant, votre jugement de valeur sans recul, sans informations complètes, portent à s'interroger sur votre hauteur de vue au sujet de ce domaine...
    D'autre part, la graphologie dans le cadre du recrutement n'est qu'un outil supplémentaire associés à d'autres tests et n'est pas une fin en soit. Aussi, le graphologue n'a pas et ne souhaite d'ailleurs pas avoir un rôle de décisionnaire mais est consulté pour apporter conseil, apporter une aide à l'employeur.

    D'autre part, l'analyse graphologique ne permet pas de voir les performances du scripteur à son lieu de travail mais ses modes de fonctionnement et à la façon dont ses possibilités et aptitudes peuvent se manifester.

    En espérant que mon commentaire vous amène à éveiller votre curiosité et à en savoir plus sur ses fonctionnements, méthodes et principes. Cordialement,

    C.L

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  • Pierre Ouellette, M.Ps., MBA Psychologue organisationnel
    Cette technique n'a aucune valeur scientifique Le construit n'est en phase avec aucune théorie de la personnalité. Il existe des outils d'évaluation de la personnalité qui sont aadministrés par des psychologues qui ont une meilleure valeur prédictive. D'autamt que les "graphologues" ont une formation scientifique et critique proche du néant. Je ne comprends toujours pas son engouement. Bien sûr les "graphologues" prétendent au succès, mais ces succès sont anecdotiques et jamais documentés par une méthode scientifique. Par chance, cette méthode n'est pas reconnue chez nous et pourrait être sujette à poursuite de la part d'un candidat qui vverrait sa cause reconnue par les tribunaux québécois.

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  • recruteurs et graphologues
    L'étude de Schmidt et Hunter a pourtant démontré depuis longtemps qu'il n'y avait AUCUNE corrélation entre les prédictions de la graphologie et la performance au travail... Idem pour celle de King et Koehler ! Les liens vers ces études sont disponibles en bas de l'article référencé ci-dessus.

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