Episode 29 : Lettre à un jeune candidat
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Episode 29 : Lettre à un jeune candidat


En ce début d'année, le DRHache dispense ses conseils aux plus jeunes candidats. « Pour pouvoir justifier de notre nom sur ton CV, tu seras humble, travailleur et souriant » Caustique apparemment mais non sans une certaine tendresse.

Je travaille pour un gros corporate.

Nous tentons de transmettre une identité et un drive à la masse grouillante de vermisseaux qui rampent et se prosternent pour nous rejoindre.

L'exercice est plaisant : mets-toi nu, je te rhabillerai à ma guise, et selon des règles dépendant non pas de mes humeurs, mais d'une masse de technocrates abscons et sans contact aucun avec l'aventure homme. Tu viendras dépenser tes plus belles années au rythme du clavier, tu y perdras ta vue, tes cheveux et le peu de sens de l'humour qu'il te reste après deux ans de prépa dans une cave, et trois ans d'école dont il ne subsiste rien.

Pour pouvoir justifier de notre nom sur ton CV, tu seras humble, travailleur et souriant. Tu sauras te rendre utile, seras apprécié de tes chefs en leur apportant un travail d'une qualité sans reproche, et une vision quand elle leur fait défaut.

Si tu peux continuer à y croire et que tu sais compter jusqu'à 38, si tu as un peu de talent et des testicules hypertrophiées ou invisibles, tu feras ton chemin au sein de notre groupe, jusqu'à en devenir le symbole : un clone bien conscient du pouvoir que lui donne la structure.

Parfois, un sursaut de conscience te fera passer de missionnaire à mercenaire et tu partiras valoriser ton expérience dans une autre maison, plus dynamique et moins organisée, mais la plupart du temps tu resteras au chaud, peu enclin à renoncer au réseau que tu as pu te tisser au fil des ans. Tu pourras t'appuyer sur tes semblables, la main d'abord sur leur épaule et ensuite sur leur tête, car ton ascension ne se fera qu'en enfonçant quelques personnalités moins affirmées.

Il faudra apprendre à te considérer supérieur à tes égaux si tu veux gravir les échelons.

Ne t'y trompe pas : dans la majorité des cas, tu n'y arriveras pas, et la somme de frustrations accumulées te transformera en un petit bout de citron racorni et desséché, un comédon de plus sur la peau grasse et peu entretenue de cette vieille duchesse qu'est devenue notre groupe.

Contrairement aux Américains, nous ne savons pas traiter l'homme comme un matériau. Tu finiras donc ta carrière petitement chez nous si tu le souhaites, regardé par les jeunes générations comme un vieux dinosaure herbivore témoin d'une époque révolue.

Tes dernières années seront sereines, ou infernales, à ta discrétion. Si l'ire, la jalousie et l'aigreur prennent le dessus, tu seras méprisé, conspué et malheureux. Si tu parviens à acquérir un peu de philosophie, la structure t'en saura gré et tentera de bénéficier de ton expérience, puisque tu n'es plus une menace pour les individus qui la composent.

Mais si tu possèdes la hargne et le réseau, si ton QI a été validé par une école de catégorie A, si tu es prêt à être tout à la fois organisé et flou, lisse et rigide, ferme et nébuleux,
Alors les rois les dieux la chance et la victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis
Mais mieux que les rois et la gloire
Tu seras un manager
Un mot de toi pourra détendre,
Ton silence abattra les âmes les moins tendres.
Tu regarderas avec bienveillance
Les petits jeux de tes subordonnés
Visant à te séduire.
Tu signes ?
Ils signent.

 

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Commentaires

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Vos réactions
  • Mouais
    Bonjour,

    Une remarque : depuis quand faire une école (qui plus est de commerce, où la majorité des étudiants sont des ignares imbus de leur personne) de groupe A est-il représentatif d'un QI? (Qui en soit ne mesure que ce qu'il peut mesurer : la représentation de ce qu'est l'intelligence pour Binet et autres "spécialistes", qui sont surtout des hommes avec leurs propres limites). Débat infini…
    Personnellement j'ai fait une école de "groupe B" (sans prépa, beeuurrk !...) et pourtant j'ai un "QI" de 145 (il paraît que je suis surdoué). Et ouais, dégoûté du système scolaire insipide, uniforme et réducteur en ce qui concerne la transmission du savoir, j'ai eu envie de conserver une certaine « liberté ». De pensée, mais aussi dans la pratique de loisirs annexes. Peut-être « qu'on n'est pas sérieux quand on a 17 ans ». Mais c'est un choix, qui me permet d'être aujourd'hui plus équilibré que les « clones » dont vous parlez, qui ont simplement prouvé l'existence d'un strict minimum de « connexions neuronales » entre 17 et 19 ans, mais surtout une extraordinaire capacité à rentrer dans un moule abêtissant et destructeur. C'est ici que l'on se rejoint : ils feront d'excellents collaborateurs.
    Bref, rejoignant le commentaire juste au-dessus mentionnant une éventuelle dépression de votre part (je dirais plutôt désillusion coriace, la dépression je connais et parvenir à vous maintenir à votre poste tout en écrivant ces quelques billets demande encore une certaine dose d'énergie), je pense qu'il serait tant que vous retrouviez vos propres « gonades » pour ne pas vous transformer en "citron racorni et desséché". Redonnez du sens à votre vie, allez voir ailleurs. Mais pour ça il faut du courage.
    Bon vent !
    P.S : j'aime bien votre style cynique et vos analyses. Là n'est pas la question.

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  • Lecteur
    J'aime bien vos billets. Mais ne seriez-vous pas un peu dépressif?

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  • Schumpeter
    La petite référence à la prière de Kipling dans le dernier paragraphe est bien trouvée.

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