Episode 31 : Le presqu'énarque
Accueil  > Conseils > Conseils carrière > Episode 31 : Le presqu'énarque

Episode 31 : Le presqu'énarque


Des candidats imbus, le DRHache en a vu passer quelques flopées dans son bureau. Mais celui-ci explose les scores. Extrait d'un entretien avec un candidat plus-vaniteux-tu-meures.

Le candidat. - Ha ha voyez-vous une fois à Science po, j'ai choisi service public. Pourquoi service public allez-vous me demander, eh bien j'ai tendance à dire j'ai tout simplement poursuivi la voie de l'excellence. Alors bien sûr pour pousser cette logique à fond je me suis dit n'est-ce pas il faut aller faire un tour du coté de l' ENA...

Le DRHache. - Mais...

Le candidat. - ... et j'ai donc passé l'ENA que j'ai raté d'un cheveu ce qui était assez exceptionnel car je sortais directement de Science po et j'étais l'avant-dernier sur la liste des rattrapables et donc je me suis dit puisque je suis d'un naturel accrocheur autant te donner les moyens de faire ce que tu veux mon petit vieux alors je suis passé en prépa ENA pendant un an, et durant le cours de cette prépa j'ai réalisé et notamment en parlant avec des gens qui faisaient de la fusion acquisition...

Le DRHache.
- Qui par exem..

Le candidat. -
Je ne pourrais vous donner de nom là comme ça toujours est il que j'ai réalisé que j'étais quand même beaucoup plus intéressé par la sphère privée car enfin c'est quand même là que ça se passe me semble-t-il voyez-vous le service public c'est très gentil mais être décisionnaire et manier les millions ça a quand même une autre gueule, donc dans le courant de l'année j'ai décidé de ne pas passer l'ENA mais de passer HEC que j'ai eu bien entendu.

Le DRHache.
- Pourquoi n'avez vous pas passé l'EN... ?

Le candidat. - Comme je viens de vous l'expliquer il est très clair pour moi presque limpide en fait que je me destine désormais au secteur PRIVé, mais je ne considère absolument pas mon année passée à faire une prep ENA comme du temps perdu si c'est ce que vous essayez de me faire dire car croyez-moi je pourrai toujours valoriser ce que j'y ai appris et de toutes façon et je le dis la sans me vanter je sais que si je l'avais passé je l'aurais eu mais d'une certaine manière ne pas le passer c'était aussi me prouver à moi même que je restais cohérent dans mes choix envers moi-même.

Le DRHache. - Donc vous en êtes à votre neuvième année d'étu...

Le candidat. -
Moi, voyez-vous ce que j'aime c'est aller au fond des choses alors oui c'est tout-à-fait moi et vous allez me demander pourquoi la fusion acquisition eh bien c'est très simple c'est en fait parce que j'adore les jeux intellectuels et que pour moi on parle de constructions mentales quand on explique à un grand patron pourquoi il devrait racheter telle ou telle boite et attention hein pas à n'importe quel prix vous voyez ce que je veux dire.


Il s'est planté aux tests techniques, sans surprise.

Mais, quoiqu'il arrive, je pense qu'on ne l'aurait pas pris.

 



Commentaires

* Les champs suivis d'un astérisque sont obligatoires.




Vos réactions
  • Ledrhache
    Je pense sincèrement que nous ne parlons pas du même, le mien n'avait pas passe l'ena, et il n'était ni administrateur ni libanais. Mais il s'ecoutait un peu parler, sans dire grand chose de percutant pour obtenir la position ciblée.
    Merci pour la visite en tous cas.

    Répondre

  • Hubert
    Je trouve votre description un peu dure. Je connais personnellement le candidat en question, Il a en effet raté l'ENA après Sciences Po, il a enchâiné sur une prépéna puis a intégré HEC, avec une réelle passion pour la chose privée.

    Vous sous-entendez dans cet article (nous en avons du moins l'impression) que sa stratégie n'est qu'un pis-aller et qu'il en restera frustré toute sa vie : je trouve que vous y allez un peu fort (même s'il est vrai qu'à la suite de ce cuisant échec il en a retiré un très fort sentiment de frustration et d'aigreur qui l'ont conduit à une dépression et une rupture sentimentale très douloureuse).
    Pourtant, c'est quelqu'un de très engagé (il est l'administrateur du forum-sciences po, s'engage auprès de la communauté libanaise, etc.) et je pense que vous avez perdu quelqu'un de talentueux, bien que très pédant et imbu de lui-même (mais c'est un défaut fort partagé à Sciences Po).
    Sur le fond, je vous rejoins sur l'impression du personnage mais je pense que vous y gagnerez à aller voir au-delà.

    Répondre

  • Fou rire
    Bon, ils ont quoi de si difficile, les tests techniques ?
    Si si, Francis, c'est bien de faire passer quand même les tests, si on donne les résultats au candidat : ça peut l'aider à avancer, et à moins la ramener, éventuellement !

    Répondre

  • ah ouais
    pff, l'ENA c'est pour les faibles, moi je tente les IRA, direct le niveau au dessus.

    Répondre

  • Francis Tuffou
    Dans ce cas pourquoi lui faire passer des tests techniques ?
    Vous lui reprochez peu de vous avoir fait perdre votre temps, pourquoi lui faire perdre le sien ?

    Age, diplômes, expérience... les exigences des employeurs français nuisent à la fluidité du marché

    Les annonces d'offres d'emploi françaises souffrent d'un élitisme excessif. Cette conclusion sans équivoque résulte de l'analyse comparative de 1 200 annonces françaises, espagnoles et britanniques réalisée par des chercheurs du Centre d'études de l'emploi (1). En France, la part des annonces affichant des critères d'âge (20%), un élément pourtant illégal, de formation (73%) ou d'expérience (81%) dépasse largement celle de nos deux voisins européens. S'il semble naturel de demander à un candidat son niveau de formation, une mention systématique «peut se traduire par une surenchère à la hausse des diplômes requis», indiquent Emmanuelle Marchal et Géraldine Rieucau, auteurs de l'enquête. De même, la durée de l'expérience exigée bat tous les records en France, puisqu'elle est supérieure ou égale à trois ans (dans 52% des cas), ce qui écarte d'emblée les débutants ou les juniors.

    Cette stricte «sélectivité à distance» exclut précocement du marché du travail une frange non négligeable de demandeurs d'emploi. En 1996 (derniers chiffres connus), 40% d'entre eux n'avaient obtenu aucun entretien avec un employeur au cours de leur période de chômage - 55% pour les ouvriers, 50% pour les femmes de plus de 40 ans. «La communication de recrutement est telle qu'elle entrave la fluidité du marché du travail, confirme Jacky Chatelain, directeur général de l'Association pour l'emploi des cadres. Les jeunes diplômés en font les frais: en cinq ans, les annonces qui leur sont réservées sont passées de 10 à 2%.»

    Comble de malchance pour les candidats, les descriptifs de poste figurant dans les annonces sont de plus en plus évasifs. De façon surprenante, le salaire n'apparaît que dans 6% des cas! Le lieu d'exercice du métier ou les horaires de travail ne sont pas toujours précisés. Autant d'informations pourtant utiles aux candidats pour qu'ils ciblent mieux leurs réponses. Accumulation d'exigences d'un côté, flou artistique de l'autre. On accuse régulièrement les chômeurs de ne pas savoir «se vendre». Et si les recruteurs apprenaient à mieux «acheter» les compétences?
    (1) Connaissance de l'emploi n° 11, janvier 2005.

    Répondre