Episode 32 : On ne vous dit pas tout sur les forums école
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Episode 32 : On ne vous dit pas tout sur les forums école


Quand deux recruteurs se rencontrent sur un forum écoles, que peuvent-ils bien se raconter ? Des histoires d'étudiants forcément mais pas seulement. Cette semaine, nous suivons le DRHache à la rencontre de ces voisins de stands.

En janvier février, les grandes écoles organisent des forums, sorte de foires à l'étudiant ou au corporate suivant le point de vue. Les grosses entreprises viennent faire la roue, récolter des CV et expliquer pourquoi c'est différent chez elles, et les étudiants viennent trouver des stages d'année de césure, de fin d'étude ou carrément des emplois.

La Journée commence un peu plus tard que d'habitude, le salon ouvre ses portes vers 9 heures mais les premiers chalands n'arriveront qu'à 9h30, donc pas besoin d'être la avant dix heures. Et impossible de passer au bureau avant, ça n'est pas le chemin.

Du haut de ses vingt ans de maison, on arrive donc au milieu d'une humanité qui vous rappelle cruellement que vous n'êtes plus jeune avec vos 43 ans, votre air débonnaire et amusé, et votre patience limitée lorsqu'un de ces morveux vous prend de haut et semble ne pas être d'accord avec vos conseils avisés.

Tout le monde se tient sur son stand, et on échange des banalités avec ses voisins, qu'ils fabriquent du vent, des bougies odorantes ou des avions. On peut segmenter la population qui tient les stands assez aisément : les jolies femmes, hôtesses d'accueil améliorées qui sont des habituées et « font » tous les forums. Les anciens élèves, reconnaissables à leur complexe de supériorité qui suinte de leur regard dominateur, confortable et paternaliste. Les RH, qui échangent les goodies, petits gadgets mis à la disposition des étudiants, mini lampes, écouteurs, porte clefs, mini bidons de lessive, stylos clignotants etc.

Tout le monde ratisse large, on va s'attendre à ce que l'étudiant soit un peu motivé pour rejoindre notre groupe, et pour cela qu'il ait fait ses devoirs la veille, c'est à dire qu'il ait une vague idée de ce qui crée notre identité : nombre d'employés, résultats de l'année dernière, capitalisation boursière etc, comme on l'a déjà dit dans cette tribune, pour m'aimer connaissez-moi, surtout si je suis une création virtuelle.

Les quelques échanges que l'on peut avoir avec les concurrents porteront d'ailleurs sur le "niveau général" de cette cuvée, notion large et sans contours qui permet de se raconter les perles de la journée.

Un plainte pour absorption de carte bleue par distributeur. Une demande d'emprunt...

Il est rare d'être confronté toute une journée à ses concurrents directs à vol d'élastique, et le jeu est forcément un peu tordu car si le fair-play l'emporte pour des raisons de savoir vivre évidentes, on a tout de même envie de faucher les bons candidats sous le nez de nos voisins d'en-face, quitte à glisser en rigolant à moitié qu'on est, tous comptes faits, beaucoup mieux chez nous.

Dans les petites promenades inter-stands, on verra une candidate avec qui on vient de passer 15 minutes faire la queue devant chez nos meilleurs ennemis, et on lui glissera un sourire complice et on froncera sarcastiquement les sourcils, en se retenant de hurler MAIS N'ALLEZ PAS CHEZ CES ABRUTIS.

Se retenir n'est pas si difficile, sauf peut être en fin de journée.

On voit rôder les administratifs de l'école, responsables de master issus du corps professoral ou ancien gérant de fond reconverti sur le tard après quelques années de vache maigre, étrangement mal à l'aise devant les opérationnels qu'ils aimeraient peut-être devenir pour le beurre et les épinards, dont ils ont besoin mais qu'ils méprisent un peu du haut de leur splendeur académique.

Ils veulent absolument recaser leurs étudiants, nous voulons les meilleurs, mais pour eux ils sont tous bons. Beaucoup d'entreprises vont retenir de préférence les étudiant passés par la voie classique (bac mention bien ou très bien, deux ans de prépa et hop une Parisienne, allez un petit tour dans la capitale des Gaules ou à Lille chez Maurice quand on est de bonne humeur mais c'est tout). Les écoles ayant multiplié les voies d'admission parallèles, elles enragent que les étudiants issus notamment des cursus étrangers rencontrent moins de succès vis à vis des grands groupes. C'est que l'esprit de corps a ses limites, et qu'un HEC verra d'un œil soupçonneux un jeune issu d'une filière plus accessible, ou simplement étrangère s'il a lui même poussé des wagonnets au fond de la mine en prépa à Ginette, Henri-IV ou Louis-Le-Grand.

Et puis la dernière heure en effet, on n'en peut plus de répéter la même chose à tout les candidats, le risque d'énervement est fort, on aimerait bien qu'ils arrêtent de faire la queue pour demander des conseils sur des CV qui se ressemblent tous, mais dans le melting pot de l'exaspération répétitive, trois ou quatre d'entre eux auront retenu votre attention.

Et c'est comme ça que ça marche.

 



Commentaires

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Vos réactions
  • T
    Vous oubliez l'invariable cortège d'étudiants chinois en échange académique qui, dans un français maladroit, va vous réclamer un stage de 16 semaines.

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  • cacaro
    à part vous rincer l'oeil sur les stands, et faire des catégories idiotes telles que "les jolies femmes", vous arrive-t-il de faire votre travail ??

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  • damien
    Ce qui fait peur dans votre commentaire, c'est surtout que les places sont réservées à ceux qui ont eu accès à la "voie royale" (Lycée côté, prépa, Grande école) et que les autres n'ont même pas une chance d'intégrer un jour ces grands groupes. C'est dommage, ils gagneraient peut-être en cherchant moins d'uniformité et plus de mixité des profils.

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  • Yoram
    Pour avoir moi-même organisé le forum des entreprises de mon école en étant parti de rien et en découvrant avec splendeur le fourmillement éparse le jour J alors qu'on en doutait quand même assez la veille, je ne dirais qu'une chose, pour avoir assisté par la suite et donc avec un oeil plus critique l'exercice de répétition si difficile des candidats et celui d'écoute d'un peu tout et n'importe quoi de la part des recruteurs, une seule chose me vient à l'esprit en lisant ce billet, et encore plus que les autres épisodes.... "Tellement vrai"!

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