Episode 33 : Des héros
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Episode 33 : Des héros


Ce 21 janvier, il faisait froid, très froid. Il a quand même fallu s'extirper de la couette. A quoi pense un DRHache qui part au boulot ? A ça.

La quiétude au petit matin des grands froids solidaires.


Nous sommes deux cent mille pékins à faire l'effort de venir faire tourner la boutique au prix de notre temps, du déchirement de la douce feuille d'ouate dans laquelle nous flottons avant 6 heures 45 du matin, et qui se rompt lorsque nos réveils aux sonneries variées mais inéluctablement haïes nous rappellent au monde des zombies comptables qui inscrivent inlassablement des 0 et des 1 sous les T.


Ce matin, un ras-le-bol juste un peu plus marqué que d'habitude nous saisit comme le froid saisirait un steak haché dans un congélateur. Le 21 janvier, mort de Louis XVI et de Lénine, les factures cartes bleues de Noël qui confirment la matérialiste indigence de nos vies, et la gangue d'immobilisme qui s'empare de nos doigts de pied lorsqu'ils rentrent en contact avec le carrelage de la salle de bain, lui aussi victime de la seconde vague de froid.


Au fur et à mesure que le petit matin étend sa réalité, le moral prend sans le savoir la direction de la normalité. La douche puis le café viennent allumer la mèche de petits bâtons de dynamite qui vont exploser en diverses parties de nos corps pour nous permettre de confirmer cette réalité : nous sommes prêts, rangés en ordre de bataille, les visières des casques baissées, les capuchons de stylos dévissés, à aller nous battre pour la plus grande gloire du bien commun et du portefeuille individuel.


Nous sommes prêts à affronter les épreuves, les congères, les articles de presses insultants, les présidents des Etats-Unis, les marchés orientés à la baisse, les chômeurs, les socialistes et les actionnaires, qui nous en veulent tous d'avoir financé quelques centaines de milliards de dollars pour donner un toit en contreplaqué au quart-monde américain sans espoirs de remboursement aucun.

En sortant pour se diriger vers l'Endroit, les moins cinq degrés environnants provoquent un ramassage de nous-mêmes sur nous-mêmes, une densification à l'extrême de nos rogatons de muscles atrophiés par 50 heures par semaine de sédentarisation moquettisée. Face aux conditions adverses, la conscience de notre héroïsme de cadre bancaire bravant les éléments contraires nous conforte dans une certaine vision non pas de la France mais de la grandeur séculière de notre mission sacrée.


Un temps distrait par Canteloup, nous focalisons nos pensées sur la journée à venir, les business plans, les budgets, les appraisals, l'incentivisation , la revue des potentialités des valeurs intrinsèques passées et à venir du corporate roi.

L'entrée dans l'immeuble correspond au climax, l'apogée de cette lente construction matinale préparant à l'osmose de l'élément dans le tout, la fusion des cellules. Dans un délire communicatif de cohésion solidarisante, nous croisons X ou Y.

- « La vache il faisait moins 5 ce matin au thermomètre. »

- « M'en parle pas, c'est pas humain, on serait mieux sous la couette. »

- « Allez bonne journée ».



Commentaires

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Vos réactions
  • Mossieur Fernand
    Toi Raoul Volfoni on peut dire que tu en es un.
    Un réveil pénible peut être ?
    Signé : Mossieur Fernand

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  • raoul volfoni
    je suis mort de rire (ou plutôt j'aimerais l'être pour ne plus lire ce genre de choses), déjà, j'aimerais voir un DRH s'occuper de business plan...
    ET secondo, quel misérabilisme, ce pauvre DRH qui doit ce lever chaque matin et affronter le froid pour aller travailler... Amis chômeurs, vous ne connaissez pas votre chance de ne plus faire partie de la France qui se lève tôt... J'aimerais bien avoir le CV de l'individu qui écrit ce blog (pire, ils sont peut-être plusieurs?)... croyez-moi quand on recherche du boulot on a devient susceptible fasse à ce genre d'écritures qui n'est autre qu'une pathétique tentative humoristique bien maladroite...

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