Episode 34 : des mouarf et des grrr
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Episode 34 : des mouarf et des grrr


Petit manuel à destination des ambitieux qui rêvent de devenir calife à la place du calife. Cette semaine, le DRHache livre sa recette pour atteindre les cimes du pouvoir en naviguant entre les sarcastiques et les frustrés.

 

Cible de beaucoup, objet d'envie de crainte, de haine ou de mépris, de respect voire d'amour, le boss est souvent heureux de son pouvoir mais il n'y prend plus garde, il se l'approprie comme une seconde nature et n'a souvent plus conscience du luxe inouï que peut représenter cette notion : je demande, et on fait.

Dans les grands groupes, les typologies de patrons sont assez peu nombreuses. On a moins de self made men qu'ailleurs, les sous off sortis du rang après des campagnes victorieuses ne sont pas légion même s'ils existent encore à tous les niveaux de la hiérarchie et qu'on les cite en exemple alors qu'ils ne sont que des exceptions permettant de justifier la règle. La grande majorité des patrons sont donc issus d'un sérail de grandes études où ils ont pu prouver la connexion de leurs neurones de 17 à 19 ans en prépa (nous sommes en France), aller faire n'importe quoi en école et prouver montrer monter tordre mordre dans les sept premières années de leur vie professionnelle.

Certains seront passés par l'opérationnel et auront détesté, par incompétence, inappétence, ou pure souci de gravir les échelons plus vite : si vous êtes trop bon dans votre première vie de commercial, on attendra un peu avant de vous donner un poste de manager de commerciaux : on préfère que vous continuiez à faire du chiffre. Une des solutions, pour monter, sera donc de lever le pied, attitude aberrante et contreproductive certes, mais qui poussera l'entreprise à vous faire évoluer vers le haut (vous étiez si bon), jusqu'à l'atteinte du fameux seuil d'incompétence cher au grand Peter.

Ce passage à vide sera, on les comprend, mal interprété par vos pairs, qui auront le vague sentiment d'une courbe de reconnaissance inversement proportionnel à l'effort fourni. S'ils ont la mauvaise idée de mettre en œuvre la même philosophie sans avoir auparavant été repérés comme des éléments clefs, ils se feront secouer les bretelles, ce qui renforcera leur frustration et sentiment d'injustice.

Cette frustration qu'on appellera grrrr fera assez rapidement place à une embuscade sarcastique nommée mouarf, qui pourra s'épanouir lors de vos premières actions de manager, car vous imprimerez l'ambiance de votre patte afin d'exister aux yeux des autres et surtout aux vôtres.

Manager type, vous avez fait quelques études et notamment d'organisation, et l'on vous a mis en garde contre la zone de confort, déjà mentionnée, et contre la sclérose : une entreprise, qui est un corps social, réagit de façon assez comparable à un corps humain. Pour celui-ci on définit la vieillesse, phase précédant la mort, par deux caractéristiques principales : la rigidité et l'immobilisme. Afin d'éviter que le corps social ne s'ankylose, ne se gangrène jusqu'à pourrir et pour combattre les fourmis dans les jambes, on va donner régulièrement un coup de pied dans la fourmilière justement.

On voit ainsi des départements se « restructurer » tous les trois ou quatre ans, avec des recettes assez simple : on passe d'une organisation par zone géographique à une organisation par taille de client par exemple. Ou l'inverse. Pas besoin de s'arracher les cheveux à trouver la folle idée, il suffit de reprendre l'organisation d'il y a 5 ans. Sur ce genre de réorganisation, Les grrr sont discrets car ils ont peur, et savent que certaines têtes vont tomber, ils souhaitent donc éviter l'effet paratonnerre - si je cours tout nu sous l'orage avec un téléphone portable à chaque main et un slip en aluminium j'augmente les chances de me prendre la foudre - et si j'ouvre le bec lorsque mon manager fait tourner le moulinet à claques, il est possible que je m'en prenne une par retour de courrier.

Les mouarf seront nombreux, surtout lors du seul exercice intellectuel vraiment intéressant de l'affaire : lorsque vous devrez expliquer pourquoi cette nouvelle organisation, point par point semblable à celle que votre prédécesseur à mis en pièces quatre ans auparavant, est plus efficace, plus créative, plus appropriée, plus en phase avec le marché que celle que vous détruisez vous-même aujourd'hui.

Sachant qu'elle a toute les chances d'être remise au goût du jour d'ici quelques années.
La vérité, c'est que les schémas d'organisation sus mentionnés n'ont souvent pas plus de défaut que de qualité : ce qui compte, c'est le changement, le mouvement, et si certains mouarfisent les contradictions inhérentes à ces demi-tours et l'énergie dépensée inutilement, ils devraient songer à paraphraser Eddy Merckx (ou Che Guevara). L'entreprise c'est comme une bicyclette quand elle n'avance pas, elle tombe.

 

 



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