Episode 35 : la bonne poire et l'arrogant
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Episode 35 : la bonne poire et l'arrogant


L'une est loyale et transparente, l'autre opaque limite autiste. A qui croyez-vous que leur chef va donner une promotion ? Cette semaine, le DRHache nous rappelle que les vertus morales riment rarement avec carrière.

Caroline est entrée dans le groupe il y a 12 ans. Correctement diplômée, elle a gravi quelques échelons malgré ses deux congés de maternité en jouant la carte du légalisme et de la fiabilité. Victime du syndrome de la bonne élève, elle n'est pas montée aussi haut qu'elle l'aurait voulu ou mérité, mais elle est tout de même arrivée à tirer son épingle du jeu des diverses réorganisations, en délivrant un travail d'une qualité sans faille et en maintenant un état des lieux permanent de ses méthodes de gestion, de l'avancement de ses projets et de l'état de ses troupes.
Caroline a toujours reposé son boss, qui voit clair dans ce qu'elle fait, peut conseiller/modifier/valider quand ça lui chante sans passer pour un abruti en faisant des interventions hors de propos, puisqu'elle le tient au courant en temps réel et travaille particulièrement la qualité de son reporting. Rompue aux usages du groupe, elle pense avoir trouvé sa place et fait partie des meubles, on la connaît.


Alphonse est entré dans le groupe il y a trois ans. Il avait auparavant passé dix ans chez des concurrents américains dont 5 à l'étranger, et transporte avec lui cet aura évanescente du monde anglosaxon en vogue chez les énarques trois pièces , qu'il entretient savamment en lâchant de-ci de-la de petites phrases piquantes susurrées avec l'aplomb de Georges Bush et l'Anglais de la reine. Alphonse bénéficie de cette fascination d'un certain type de manager pour les grand noms de la finance, ils aiment à glisser qu'ils ont dans leurs équipes, voire dans leur salon des anciens de JP Morgan, qui arrivent avec un savoir-faire, des idées nouvelles, des méthodes d'outre-atlantique, du sang frais enfin, et pas encore sur les mains.

Alphonse a vite compris que sa force résidait dans ce mystérieux backround, et s'il veut continuer à être prophète il sait qu'il ne doit jamais se sentir complètement dans son pays. Depuis son arrivée, il pratique donc une fascinante politique d'opacité totale quand à ses actions, ses méthodes et le suivi des dossiers dont il a la charge. Ce cloisonnement gène bien sur son boss direct, qui aimerait bien en savoir plus, mais qui surtout se sent fragilisé. Il sait bien qu'il ne sait rien, et que si Alphonse avait la mauvaise idée de partir demain, il serait bien incapable d'assurer le suivi ne serait ce que le temps de le remplacer. Il sait également qu'Alphonse est compliqué à sanctionner car il pourra toujours invoquer le différentiel de culture, induisant qu'après tout c'est pour cela qu'on l'a recruté.

Travaillant dans des départements connexes, Alphonse et Caroline sont les deux faces d'une pièce qui est en train de tournoyer, car, réorganisation oblige, il va falloir en nommer un des deux chef de l'autre.

A votre avis ?

 

 



Commentaires

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Vos réactions
  • Andrew
    Cette chronique est malheureusement bien réelle et le péjoratif "bonne poire" est utilisé de plus en plus par ceux que vous nommez "les arrogants". C'est notamment à cause de ce dernier qualificatif que je suis parti de mon entreprise après plus de 11 ans de service et moultes fusions.
    C'était une invasion de comportements à l'opposé des valeurs que j'avais pu acquérir qui m'ont dégoûté. Même le DRH s'en moquait royalement.

    Si toutes les boites deviennent des repaires "d'arrogants", le stress et l'individualisme règneront en maitres, super avenir...

    Je vote pour la bonne poire tout en sachant que c'est l'arrogant qui sera pris.

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  • Liber
    Le collaborateur qui se la joue, qui ne fait pas de reporting, et qui fait de la rétention d'info, je le sors de mon équipe direct. Question de crédibilité et de vision à long terme ... Ne jamais devenir dépendant d'un collaborateur, règle de base.

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  • Philippe PASTOR
    Quel profil pour évoluer ? ...

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  • Malnoe Michel
    Bonjour,
    Une fois de plus l\'attachement et le dévouement professionnel
    devront s\'effacer derrière l\'écran de fumée
    Une démission honorable suivra logiquement et le savoir faire
    ainsi que le savoir être seront à reconstruire
    Attention donc à l\'effet recherché et aux valeurs à cultiver!
    Le choix doit peser les personnalités et leurs capacités à
    développer l\'organisation en bonne coopération avant de prendre
    le risque d\'épaissir le brouillard
    \"Where are the best practices?\"
    \"Who can teach them?\"
    \"Who is at risk to leave or to be demotivated?\"
    L\'avis de la DRH ne sera certainement pas le même suivant la taille
    de l\'entreprise, sa complexité technologique, sa situation socio-économique
    Ce genre de décision a participé à mon évolution professionnelle chez
    différents employeurs :)
    Positivons les décisions que nous considérons mauvaises!
    Michel MALNOE


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  • Robin
    Bonjour,

    Comme tous, le boss pense d'abord à la pérénité de son poste. Aussi, quand bien même Alphonse révolutionnerait le service avec ses méthodes atypiques, si le boss a le sentiment d'être fragile ou de ne pas être à la hauteur face à son collaborateur, selon moi, il fera tout pour garder le contrôle. Or mettre Caroline entre lui et Alphonse, serait une bonne manière de mettre de la distance et de reprendre la main. Charge à Caro de le piloter !

    De plus, promotionner une personne ancienne de 3 ans face à une personne méritante de 12 ans d'ancienneté n'aurait pas d'autre effet que de démotiver le service. Si le dernier venu peut piquer la promotion à donner, pourquoi donc se fatiguer durant des années ?

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  • CHOPARD Alain
    On peut s'interroger sur les capacités d'intervention et d'analyse de la situation par son boss direct ? Le différentiel culturel n'est en rien responsable de l'opacité ou du non-reporting et que c'est certainement pas ces deux caractéristiques qui ont conduit au recrutement d'Alphonse !!!
    Sinon aucune hésitation pour moi, je donne le poste de chef à Caroline, en l'assurant de mon soutien, elle aura ainsi le pouvoir nécessaire pour aider ou convaincre Alphonse de l'importance du reporting en temps réel et de la qualité si rattachant.
    Seul l'intérêt de l'entreprise compte au-delà des intérêts personnels et des esprits carriéristes ! Si Alphonse décroche à cause de cette pression et après que la hiérarchie est bien expliquée que l'opacité n'est pas de mise à son niveau, il fera le nécessaire pour s'adapter à ces exigences toutefois bien normales. Si l'adaptation est impossible il faudra envisager la séparation !
    Cet exemple est intéressant, démontrant que de toute manière il faut percer l'abcès au plus tôt, car le vers est dans le fruit ! STOP AUX NON-DITS ! Les conséquences de l'attitude d'Alphonse entraîneront un conflit à court terme avec son manager direct qui sentira qu'il n'assume pas ses responsabilités s'il laisse faire, sachant que le risque du non suivi des dossiers est une perte sèche pour l'entreprise et donc pour lui, en cas de départ d'Aphonse. Sans compter la démotivation de Caroline, due au laxisme du boss qui n'agit pas face à cette situation, Caroline étant consciente de son travail bien fait.

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  • Walleran Arsis
    Cher Cro-Niqueur, comme vous ne signez pas vos articles nous ne pouvons vous nommer qu'ainsi.
    Vos articles sont une somme de méconnaissances de l'entreprise et orientés comme le demontre encore une fois celui-ci. Une entreprise a besoin de ces deux profils et ce ne sont pas les enarques qui decident mais les gestionnaires representants de leurs actionnaires; les enarques sont principalement dans l'administration comme vous ne le savez peut etre pas, ou ils tiennent le role qui leur est devolu.
    Nous voyons bien par ailleurs que vous n'aimez pas les costumes trois pieces (par ailleurs personne ne se pose la question de ce type de costume hors de France; vous devez vous meme sans doute etre du genre à venir au bureau mal rasé, en tong et T-shirt (chemisette en Francais) delavé.
    A bon entendeur salut

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  • Facile
    Moi, à la place du boss : je nomme Caroline : elle va faire le sale boulot de le marquer à la culotte pour le sortir de son opacité et départager la fumisterie et le génie... quitte à lui donner envie d'aller voir ailleurs.
    Si le boss promeut Alphonse, ce dernier risque de faire virer Catherine... trop bien pour lui.

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  • chicelise
    Caroline la loyale devrait être la chef d\'Alphonse. Elle, elle lui demandera des reportings ! En réalité c\'est Alphonse qui deviendra chef, à cause de l\'incompétence du chef actuel qui ne gère pas bien l\'activité de son subordonné et sera perdu s\'il part. Et voilà pourquoi un bon élément comme Caroline ira à la concurrence !

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  • Eddy
    Bonjour,

    Cas de figure intéressant et, oh combien courant (et d'actualité).

    A mon humble avis, le bluffeur va remporter la mise. Dans notre culture plus latine que ce qu'on veut l'admettre, le milieu professionnel est un endroit où l'on "joue" encore plus que dans d'autres cultures.

    Je reviens d'Outre Manche et j'arrive avec mon management style ... qui fait peur aux entreprises (on ne reconnaît plus les bonnes vieilles méthodes Moyen-Ageuses), mais qui marche à ravir avec ceux qui veulent bien ... jouer le jeu.

    Malheureusement pour Caroline, et je le vois tous les jours dans mes entretiens, audits et échanges, la transparence, la fidélité et l'honnêteté ne payent pas souvent.

    Pour ce qui est de leur Boss, gare à lui sur le long terme. Ne dit'on pas: "un tient, vaut mieux que deux tu l'auras"?
    Eddy

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