Episode 37 : Fusion, acquisition, délation
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Episode 37 : Fusion, acquisition, délation


Ils se comportent parfois comme certains parents. Qui, par lâcheté, volonté biaisée d'éducation par la contrainte ou pur sens de la facilité donnent systématiquement raison au monde extérieur contre leur progéniture et prennent la défense des instituteurs, des femmes de ménage ou des voisins en cas de conflit.

A l'instar de ces derniers, les cadres dirigeants d'une institution en absorbant une autre vont assez systématiquement privilégier le point de vue, le professionnalisme supposé et la vision " fraiche" du middle management de l'institution absorbée.

 

Dans une fusion ou une acquisition, on assistera donc à un phénomène intéressant, sorte de reverse takeover culturel dont les Grecs furent les premiers utilisateurs lorsqu'ils se firent battre par les Romains mais parvinrent à les soumettre à leur culture.

 

Ce retournement de situation, qui a bien sûr ses limites, correspond à une mécanique bien huilée par les top managers de l'institution absorbante. Ceux-ci ont deux soucis : ils doivent tout d'abord se maintenir en position, et donc se débarrasser le plus vite possible des cadres dirigeants de l'absorbé. Pour ce faire, ils disposent bien sûr de la force, puisqu'ils sont décisionnaires de part la structure de capital de la nouvelle entité et qu'ils ont l'appui des actionnaires. Mais ils tiennent à leur réputation et n'ont pas envie de transformer le top management adverse en saints martyrs crucifiés à l'envers sur l'autel de l'efficacité du capitalisme sauvage, ils vont donc devoir manœuvrer.

 

Ils seront aidés dans cette démarche par le constat rapide que les grands patrons concurrents sont haïs par leurs lieutenants, puisque leurs méthodes de gestion ont finalement conduit l'entreprise à sa perte, (le rachat par autrui et la dépersonnalisation morale qui s'ensuit), par pure incompétence, mégalomanie ou pire, appât du gain dans le cas de manager /actionnaire qui a vendu sa boite.

 

Cette haine naturelle est utilisable sans trop forcer, et l'on voit en ces temps troublés refleurir de vieux réflexes comme la dénonciation, des milliers de lettres bien documentées pouvant ainsi arriver sur le bureau des RH de l'acquéreur, qui pourront ainsi faire le relai à leurs managers et préparer une liste et des dossiers pour dézinguer les éléments potentiellement menaçants. Dans l'absorption qui nous intéresse aujourd'hui, on a compté pas moins de 8 000 lettres concernant environ vingt fois moins de personnes, essentiellement des cadres de direction.

 

Car le second souci du management de l'entité absorbante, c'est de maintenir la main d'œuvre productrice de valeur ajoutée en maintenant la cohésion des troupes - le fameux management intermédiaire - afin de pouvoir justifier à l'actionnaire que ce rachat n'était pas celui d'une coquille vide.

Cela leur permettra aussi de secouer un peu leurs propres cadres en les remettant en cause par l'irruption de nouveaux venus aux dents longues, qui n'ont rien à perdre parce qu'ils ont été sortis de leur zone de confort et qu'ils ont envisagé le pire, qu'ils se sont vu morts et vont donc se battre avec l'énergie du désespoir et l'inconscience des miraculés.

 

Le middle management de l'institution absorbante va donc développer de sérieux motifs de frustration puisqu'ils vont voir débarquer des cadres très agressifs alors qu'ils s'attendaient à voir un troupeau d'épagneuls, la queue basse et prêts à se nourrir des restes de la curée qu'on voudrait bien leur laisser.

Au lieu de cela, pris en sandwich, ils se retourneront vers leur propre management qui saura se retirer sur son Aventin en regardant le combat, sans prendre partie dans le meilleur des cas et en appuyant délicatement les nouveaux entrants dans le pire.

 

Et croyez moi, c'est agaçant.



Commentaires

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Vos réactions
  • Seydou DIARRA
    C'est vrai que la fusion acquisition a toujours connu une partie de tristesse du coté de l'entreprise absorbée mais il est capital pour les deux parties de trouver un centre d'intérêt.

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  • whistleblowing
    Ce n\'est pas faux.
    Ne pensez vous pas que les nouveaux arrivants peuvent apaiser les tensions et assainir les relations par le respect, le partage et la confiance ?

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