Episode 40 : Un entretien baveux
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Episode 40 : Un entretien baveux


Reçue par une huile de la grande entreprise, cette contrôleuse des risques se retrouve face au « neveu d'un ancien président du Conseil de la quatrième République, dont le nom orne encore quelques avenues de France ». Et elle n'est pas au bout de ses surprises. Récit d'un entretien ubuesque par le DRHache, héros de l'entreprise vache.

Elle vient de rentrer dans cette filiale haut de gamme du groupe pour en contrôler les risques, travail peu exaltant mais assez demandé dans cette triste période.

Contrairement aux idées reçues, il de faut pas forcément une âme de flic pour bien tenir ce type de poste. Lorsqu'on veut bien comprendre les rouages et pouvoir mettre des feux rouges avant qu'il n'y ait un accident, il est en fait nettement plus simple d'avoir un bon relationnel et d'établir un lien de sympathie contrôlé. La rigidité n'a jamais ouvert de portes et elle a donc choisi d'être elle-même, non dénuée de charme et sachant jouer de son écoute et de son flair pour débusquer les situations pourries et les gens à problèmes.

Nouvelle entrante en provenance du groupe, elle arrive dans la petite structure à petits pas, pas dont la discrétion s'explique par l'épaisseur des moquettes. Ici, nous recevons des gens riches afin de leur donner l'illusion qu'ils le seront plus en sortant malgré notre commission, il faut donc au moins soigner le confort de leurs doigts de pied.

Aujourd'hui, elle a rendez-vous avec le neveu d'un ancien président du Conseil de la quatrieme République, dont le nom orne encore quelques avenues de France.

Elle a cru comprendre qu'il exerçait une sorte de poste de "secrétaire général"; terme qui peut englober tout, n'importe quoi, et rien du tout. Lorsqu'elle a demandé des détails de la job description du garçon, elle a vite compris qu'on se situait probablement dans la troisième catégorie. Il fait partie de ces rejetons des grandes familles françaises qui monnayent leur nom et ont la notion d'effet de levier chevillée au corps, calculant de façon très naturelle le ratio effort fourni / avantages retirés systématiquement en faveur du dénominateur.

Il sait très bien qu'il est là pour faire joli, qu'on ne déteste pas le sortir du placard pour le montrer aux clients les plus impressionnables, et que son nom fait sérieux dans l'organigramme en deuxième page de la magnifique plaquette sur papier glacé.

De ses compétences, tout le monde se moque, on préfère qu'il ne mette pas top son nez dans le business d'ailleurs, il risquerait de faire des erreurs, un peu comme si on demandait au coucou qui sort de l'horloge d'en réparer le mécanisme lorsqu'il est grippé.

Il est PARFAIT.

Brun, légèrement dégarni, avec cette petite dose de compassion amusée pour ceux qui doivent travailler pour vivre ( lui c'est pour le fun) , il s'exprime avec lenteur et délicatesse, sans oublier de décocher parfais un trait mortel pour le membre de la direction générale le moins en faveur.

Il ne sait rien mais connait tout, enfonce quelques portes ouvertes mais peut se révéler une source d'informations précieuse et finalement arrive à être drôle, un bon convive, comme on dit.

Elle est installée en face de lui et l'écoute babiller plaisamment, les codes partagés de sciences po ont fini par recouvrir l'ininterêt professionnel du débat, lorsqu'elle entend assez distinctement un bruit étrange.

Un bruit de salive.

Elle écarquille légèrement les yeux et fixe son interlocuteur pour voir si la consanguinité des hauts fonctionnaires n'aurait pas fait une victime de plus, s'il ne bave pas, en clair.

Mais pas du tout, il se dandine sur sa chaise en continuant à déblatérer avec un grand sourire, et elle finit par ranger ses voix dans la catégorie pertes et profits.
Il marque une pause dans la conversation, et elle entend aussi distinctement que possible un bruit de succion baveux et répétitif, accompagné de grognements, plutôt dans les basses.

elle ne peut s'empêcher d'avoir un geste de recul quand elle voit une forme noire s'ébrouer en sortant de l'espace compris entre le fauteuil du Gandin et le mur. Passant de la gestion privée d'une grande banque à un relais de chasse de la fin du XIX siècle, son regard se fige que ce qu'elle prend tout d'abord pour une otarie au poil luisant.

Un labrador, sur la tête duquel son maitre passe la main silencieusement en la regardant droit dans les yeux.

Faut il reporter ce risque opérationnel ?



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