Episode 6 : Les Chinois
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Episode 6 : Les Chinois


En ce moment, le DRHache fait passer des entretiens à de jeunes diplômés issus de grandes écoles. Il a fait ses comptes : « un candidat sur six qui passe par mon bureau est chinois. » Ce qui lui inspire une chronique sur les élites de l'Empire du Milieu de passage en France.

J'aurais plutôt tendance à être de gauche sauf quand on parle d'argent parce qu'à un moment ça va bien, mais j'ai une répulsion naturelle pour les extrêmes, et principalement l'extrême droite.

Je dois reconnaître à l'entreprise cette qualité : elle est apolitique et assez peu portée vers l'extrême, signe de déséquilibre et donc risquant de nuire à ses petites ou grandes affaires. Les managers sont gênés par les partenaires sociaux, dont on a l'impression qu'ils se sont gourés de décennie, mais on rencontre assez peu de fachos, à part quelques vieilles barbes qui font marrer tout le monde et qui attirent plus la pitié que la colère.

Voilà pour la mise au point, parce qu'aujourd'hui nous allons parler des Chinois.

Pas à la manière de Jean Yanne.

Pas à la manière de Céline.

À la manière du recruteur.

Mais tout d'abord ami lecteur, quelques chiffres.

Les Chinois sont un milliard trois cent trente-quatre millions et des brouettes. Allez voir sur ce site tout à fait émoustillant puisqu'il vous donne la population en temps réel, soit environ un enfant qui naît par seconde. Il y a un compteur mais pas les images ni le son, c'est regrettable.

Ils ont environ quatre mille ans d'histoire. Dans la Chine ancienne - globalement à partir de Confucius -, ils avaient développé un système méritocratique, institutionnalisé à partir de 600 après J.-C. Les éléments les plus brillants étaient repérés, formés et promus quelle que soit leur origine de classe. Il était théoriquement possible de devenir mandarin si l'on passait un concours extrêmement difficile ouvert à tous.

Bien sur, dans les faits, il y eut de nombreux passe-droits et les rejetons des familles puissantes étaient favorisés, mais l'idée était là.

En 1949, une masse d'hommes aux mollets de béton prit le pouvoir et tenta de réorganiser le pays à sa manière. Lors d'une tentative de grand bond en avant, ils décidèrent de remplacer l'agriculture par la production d'acier, moins digeste, ce qui provoqua une bonne trentaine de millions de morts, de faim en l'occurrence.

Afin de se maintenir au pouvoir, le responsable principal, qui à toujours sa photo sur la place Tien An Men (elle a été développée dans une piscine olympique), décida de s'attaquer à son propre parti : la révolution culturelle, où l'on envoie les enfants casser la gueule de leurs profs voire dénoncer leurs parents*.

Bref, tout ça nous avait concocté une génération pour laquelle s'instruire était péché, et l'on aurait pu croire que le pays mettrait un certain temps à s'en remettre et produirait des crétins sur quelques décennies après une destruction aussi calculée et systématique des structures éducatives.

C'est mal connaître la Chine et les Chinois, qui ont un certain recul sur la notion de temps (trop forts, avec Hong-Kong ). Les enfants de cette génération arrivent sur le marché du travail. Depuis que Deng Xiao Ping a dit « enrichissez-vous » et qu'il a ouvert les frontières, la Chine envoie sereinement l'élite se former à l'étranger.

Le truc, c'est que l'élite d'un milliard trois, ça fait du monde.

Un candidat sur six qui passe par mon bureau est chinois. Ça respecte les statistiques de la planète, mais j'oubliais de préciser qu'en ce moment je ne vois que des candidats issus des grandes écoles. Des gamins de vingt ans dont la mécanique intellectuelle fait peur autant qu'elle attire le respect.

Souvent arrivés en France trois ans avant avec de très vagues connaissances linguistiques, ils ont intégré Science Po, Polytechnique ou HEC. Ils parlent vite, ou peu, ils sont souvent sur la réserve, parfois extravertis, mais en grande majorité, ils percutent, surtout quand on pense à leur parcours.

On connaît le titre du bouquin de Peyrefitte « Quand la Chine s'éveillera... le monde tremblera ». 

Le réveil est dans mon bureau, et il sonne tous les jours.

 

* Pour ceux que ça intéresse, je recommande l'excellent et terrifiant « Vie et mort à Shanghai » de Nien Cheng, ainsi que « les cygnes sauvages » de Jung Chang.

 



Commentaires

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Vos réactions
  • Vues de Chine
    Bonjour,
    une (toute petite) réserve sur votre article que je trouve très intéressant.
    Savez-vous que le système éducatif français à assez mauvaise réputation en Chine? du coup, ce n'est pas la crème de la crème qui vient étudier chez nous - ils préfèrent aller dans les prestigieuses universités de Pékin ou Shanghai - mais ceux qui ont eu un résultat un peu moins satisfaisant au GaoKao (bac chinois).
    Enfin, il y a aussi des étudiants brillants et plus âgés qui connaissent la France et qui viennent étudier après avoir étudié déjà quelques années en Chine.
    Imaginez donc le reste de l'élite en Chine et à travers le monde...

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