Episode 61 : Les tampons
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Episode 61 : Les tampons


Par DRHache le

Managers intermédiaires, votre heure est venue. Vous qui criez à qui veut l'entendre que votre position de tampon vous va très bien, que vous préférez rester "proche de vos gars" sur le terrain, lisez cette chronique. Le DRHache s'occupe aujourd'hui de croquer vos contradictions.

Il y a dans la vie professionnelle de grandes phases de frustrations, et celle dont je vais parler aujourd'hui n'a pas été ressentie par tous : la frustration humaine du manager intermédiaire. Le manager intermédiaire, c'est le responsable d'équipe. Souvent sur le terrain, il recrute, encadre, récompense, sanctionne et motive un groupe d'individus plus ou moins large.


Souvent, il continue en parallèle à pratiquer le même métier qu'eux : il parle à des clients, gère une position, analyse des données, défend des dossiers, bref garde un contact avec la « production », quelle qu'elle soit. En ce sens, il peut être considéré comme un primus inter pares pendant un temps, mais perdra ce statut et la légitimité qui l'accompagne dès qu'il cessera de mettre les mains dans le cambouis pour se consacrer au « Management ».


Avant de franchir ce pas qui le conduira vers des cieux toujours bleus (du moins le croit-il), quelques années s'écoulent pendant lesquelles il sera en effet la personne qui connaît et comprend le mieux son équipe. Il criera d'ailleurs à qui ne veut pas forcément l'entendre que « ça lui va très bien comme ça », que « là- haut c'est politique et compagnie », et que « très peu pour lui, c'est un homme de terrain », qu'il a besoin d'être « proche de ses gars ».


Dans 90 % des cas, il se précipitera néanmoins sur la première opportunité de monter dans l'organigramme, semi-conscient qu'il n'a pas le choix et qu'il va tomber s'il arrête de pédaler.
Saint Pierre a renié Jésus trois fois en une nuit, on a bien le droit d'avoir une mémoire un peu sélective sur ses propres idéaux. Une fois de temps en temps...Seuls les imbéciles ne changent pas d'avis... On n'est plus les mêmes qu'à vingt ans... Il faut bien croûter.

 

Tout ça tout ça.

 

Tout ça tout ça pour dire que durant cette phase semi opérationnelle, il est très proche de ses troupes.

 

Arrive l'époque des évaluations de fin d'année.


S'il est bon (les tocards ne nous intéressent pas ici), il prend du temps, prépare l'entretien, réfléchit, propose, suggère, sanctionne, engueule un peu, recadre, impose parfois. Le dialogue est grandement facilité par la proximité des interlocuteurs : il évalue des gens à qui il parle tous les jours de l'année. Il aura toujours tendance à les paternaliser, pourra laisser une trop grande place à l'affectif avec certains mais aura le sentiment d'être le mieux armé pour cette tâche d'évaluation globale.

 

Passons à son boss, le responsable du département.
Lui fait majoritairement du management. Il est payé pour avoir une vision stratégique, du recul sur les organisations, les idées, les gens. C'est là que ça se complique. Lorsque le patron de votre patron a une idée sur vous, c'est presque certainement une mauvaise idée. Si c'est une bonne idée, il devrait s'organiser pour que vous montiez rapidement d'un cran.

 

Valérie a 26 ans. Jolie mais discrète, elle s'est mariée cette année et a mis les bouchées doubles pour bien montrer qu'elle restait motivée. Elle bosse tard, répond immédiatement aux exigences de tous, c'est une bonne pro en devenir. Sa boss Catherine, la même avec dix ans de plus, est donc particulièrement sensible à cette attitude. Le chef du département trouve
« Qu'elle manque de naturel ». Et puis « Elle s'est mariée cette année ». C'est tout. Il suggère donc qu'on baisse son bonus. Catherine grimpe aux rideaux, se bat bec et ongles mais il n'en démord pas. « Vous manquez de recul ma pauvre Catherine ». AARGH. Valérie n'en saura jamais rien, mais Catherine a des envies de meurtre.

 

Beth a 29 ans. Femme dans un milieu de machos, elle a bien tiré son épingle du jeu jusqu'ici, et sans faire jouer le caleçon. Elle demande à changer de poste. Son boss Félix trouve que c'est une bonne idée, quatre ans suffisent, elle a un gros potentiel d'évolution. Le responsable du département devient fou. Il est tellement convaincu qu'elle est dingue de lui qu'il ne maîtrise plus du tout leur relation cosmétique. Il met son veto, convoque Beth, la fait pleurer.
Trois mois après elle colle sa démission. Félix, devant l'effarante crétinerie de ce processus et le triste constat de son inutilité, a envie d'aller monter une fromagerie. Il avait bien sûr prévenu son responsable, et s'était fait proprement bouler « laisse moi faire je la connais bien ».

 

Humble travailleur
Si le manager
De ton manager
N'aime pas ta coupe
Va chez le coiffeur
Ou change de groupe.



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