Episode 8 : L'entretien
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Episode 8 : L'entretien


Cette semaine, le DRHache cède la place à l'une de ses victimes. « Ce matin j'ai eu l'entretien pour mon stage, celui qui doit valider ma seconde année. » 50 minutes dans la tête d'un candidat qui a « du mal à rentrer dans le jeu » et a « peur que ça sonne faux. »

Ce matin j'ai eu l'entretien pour mon stage, celui qui doit valider ma seconde année. C'est la première fois que j'allais voir une grande boite, j'avais fait mon stage ouvrier dans la boite d'un ami de mon père en Bretagne. Je suis arrivé quinze minutes en avance. Pour rien parce que j'ai attendu quinze minutes dans l'entrée, en voyant des gens passer  et en me demandant à chaque fois si c'était le bon, essayant d'attraper les regards qui n'étaient pas pour moi.

Finalement je vois un monsieur en veste sans cravate, plutôt froid, qui se penche vers moi et qui me demande de le suivre. On passe dans un espace ouvert avec des jeunes qui sont devant des écrans. Je le suis et il marche un peu vite, tout le monde me regarde et je n'en mène pas large. On arrive dans un bureau fermé et on s'assoit. Son bureau est totalement recouvert d'un fatras d'objets divers, du paquet de fishermanfriends entre deux piles de dossiers, au jeu de clefs en passant par le portefeuille ouvert et le stylo "forum de l'X". Heureusement on se met autour d'une table de réunion en face du bureau, sur laquelle il y a mon CV, mais c'est une vieille version. Est-ce que je dois lui proposer la nouvelle, je crois que je ne l'ai pas sur moi, merde... 

Il ne se présente pas (je connais son nom mais pas ce qu'il fait) et il me dit : «  Alors vous cherchez un stage ? » Ben ouais sinon je ne  serais pas la, mais on ne va pas commencer à faire le malin, je ne suis pas sûr qu'ils aient beaucoup d'humour à ce genre de poste. J'avoue une petite tentation de commencer à raconter n'importe quoi, comme dans la pub pour le loto, je pourrais commencer ma vie en entreprise par un grand n'importe quoi, c'est maintenant ou jamais. Aprés tout je n'ai rien à perdre, c'est pas un exam. Mais évidemment, je ne le fais pas.

Il embraye sur « Parlez-moi de votre parcours académique », j'ai l'impression qu'il demande ça à chaque fois mais je me lance. Comme j'ai fait une grande école c'est facile, mais il me demande quel bac j'ai passé.  Qu'est-ce que mon bac peut bien lui faire ? Il veut savoir pourquoi je suis passé en prépa école de commerce après un bac S avec mention très bien.

Il dit que les mentions sont en inflation, ce qui est un peu dévalorisant alors je rougis parce qu'e je me demande si ça n'est pas pour me déstabiliser, mais il sourit et me dit que je suis une victime du système français. Il me demande pourquoi je veux venir dans sa banque plutôt que dans une autre, je lui sors les chiffres mais je m'embrouille un peu dans les motivations.

Je me demande s'ils y croient, ils doivent bien avoir conscience qu'on envoie nos CV à toutes les banques, comme eux reçoivent tous les candidats. J'ai l'impression de faire semblant, j'ai du mal à rentrer dans le jeu et j'ai surtout peur que ça sonne faux. Tout à coup le gars se met à sourire d'une oreille à l'autre, et il me demande si j'ai d'autres rendez-vous dans d'autres banques, en rajoutant « je vous le souhaite. »

Je n'arrive pas à savoir si c'est du lard ou du cochon. Lui a l'air de bien s'amuser alors je lui dit que oui, et je lui dis lesquels. Il devient sympa l'espace de quelques minutes, me donnant des conseils qui ont l'air vrai tout en sous-entendant que, si je suis sélectionné chez lui, je ferais mieux d'accepter, mais en tout cas pas aller chez machin " parce que ça n'aurait pas de sens".

J'ai mis que j'aimais Kubrick. Il me pose une ou deux question sur les premiers films totalement inconnus, ça à l'air d'être le genre spécialiste puriste qui se prend au sérieux mais je m'en tire plutôt bien, j'adore Kubrick et je pense qu'il n'est pas déçu.

Il y a eu une minute horrible où le type ne disait rien et me regardait et regardait ses notes, je ne savais pas quoi faire et j'avais envie de prendre la parole mais j'ai attendu qu'il me pose une question pour réembrayer, mais c'est compliqué de savoir si l'entretien se passe bien ou pas.

Il me pose une série de questions techniques sur la lecture d'un bilan, d'un compte de résultat et les ratios financiers, j'ai l'impression de m'en tirer correctement mais je repère quelques sourcils froncés en face qui ne laissent augurer rien de bon. Il est dur le bonhomme, je n'arrive pas à voir s'il a envie de se marrer ou pas, j'ai l'impression qu'il ne me prend pas au sérieux quand je lui raconte mes trucs. Mais il faut que j'arrête d'y penser parce que sinon je vais vraiment perdre mes moyens.

Il me demande de parler de mes stages et de ce que j'en ai appris, je réponds assez factuellement des clichés sur l'esprit d'équipe et la vie en entreprise, il essaye de creuser un peu mais je suis un peu sec alors j'essaye de le faire parler.Il m'explique comment ils sont organisés, et ce que je ferais dans le poste, qui de toute façon me sera bien mieux expliqué par les opérationnels dit-il. Je n'arrive pas à bien voir l'interêt de l'entretien ni comment il peut se faire une idée sur moi.

A la fin le mec était assez chaleureux et du coup, moi aussi je dois reconnaitre. Il m'a  demandé si j'avais des question ce qui semblait montrer que c'était la fin de l'entretien (50 minutes quand même...) tout en me disant qu'il doit voir d'autres gens avant de savoir s'il  me sélectionne pour un deuxième tour.

Comme on me l'avait suggéré, je lui demande son parcours au sein de sa boite. Il a souri et à eu l'air content de parler de lui, comme quoi flattez, flattez...

Je pense que j'ai fait une performance moyenne mais je ne sais pas, on verra bien.



Commentaires

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Vos réactions
  • vanessa
    Les gens qui veulent à tout prix réussir socialement se retrouvent souvent face à ce genre d'interlocuteur. C'est normal...et triste.

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  • Sylvie LE CLAIR
    Cher ami, ton article m'a bien fait sourire, car lorsque je vais en entretien, je ressens les mêmes choses vis à vis de mon interlocuteur. Parfois, je rencontre plus tard celui ou celle qui a été recrutée à ma place et lorsque je vois certains tarés, je me pose toujours la question : qu'est qui a fait penché la balance de leur côté et non du mien. Qu'est qui a convaincu le recruteur ? Bref, ne perdons pas espoir, si nous ne sommes pas recrutés dans telle ou telle boîte, c'est que le recruteur n'a pas vu plus loin que son nez et quelle personne magnifique nous étions.
    Bonne chance!!!

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