Le boss se prend pour un demi-dieu. Que faire ?
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Le boss se prend pour un demi-dieu. Que faire ?


Ce chef est arrivé au sommet. Dans son domaine, il est considéré comme un demi-dieu. Mais est-il un bon manager pour autant ? Rien n'est moins sûr. Cette semaine, le DRHache fait le portrait d'un boss qui a pris la grosse tête.

Au sein d'une grande structure, vous êtes le chef d'une petite entité qui s'est avérée plus que profitable dans les quinze dernières années, faisant de vous un demi-dieu dans le monde des financiers que vous méprisez lorsque ils gagnent moins que vous et que vous jalousez un peu si l'on parle d'eux dans la presse.

Issu des grandes écoles, vous êtes un pur produit de la culture française qui trouve que l'argent c'est sale mais les pauvres aussi, et qui voudrait s'enrichir sans que cela ne se sache, peut être un peu, mais pas trop.

Sans faire de populisme éhonté, pour en arriver là, vous avez tranché toutes les têtes qui dépassaient ou qui poussaient trop vite dans votre jardin, en sachant donner tout pouvoir à quelques béquilles intelligentes et fidèles, que vous avez bien soignées par la suite.

Votre grande qualité aura été de savoir donner une impression de sérénité concernée à vos supérieurs, ce qui n'a pas toujours été évident car vous n'êtes pas technicien et qu'il vous est impossible de les enfumer derrière les rideaux abscons d'un sabir technocratique concoctés par vos polytechniciens.

Pour cela il faudrait comprendre ce qu'ils disent, et la crise financière des dernières années aura au moins prouvé que personne n'y comprenait plus rien.

Mais vous, plutôt moins que les autres, alors vous vous faites plus remarquer par votre capacité à donner l'impression que vous y croyez, et à faire preuve d'une rassurante sauvagerie lorsqu'il s'agira de couper les branches mortes ou les trop vivaces.

Et surtout, le silence est votre meilleur allié, vous savez vous taire et prendre l'air sage des vieux sphinx éternels lorsqu'on vous pose un problème auquel vous n'avez pas envie de répondre.

Personne ne saura jamais si vous croyez dans le personnage que vous avez construit et positionné au dessus de la masse, mais il est probable que oui, vous avez fini par y croire, car maintenir de toute pièce autant d'artificialité serait épuisant.

Ce qui est sûr, c'est qu'à votre niveau, on vous demande régulièrement de montrer que vous êtes un bon manager.

Mais comment faire pour montrer qu'on m'aime ?

Comment faire pour qu'on m'aime serait une question préalable, mais elle est loin derrière.

Alors, vous lancez un sondage. Oh, pas grand chose, une sorte de questionnaire d'ambiance, dont les résultats seront décortiqués par des consultants qui aimeraient peut-être rentrer dans votre département à terme. Peut-être pas. Mais peut-être quand même.

Vous êtes assez serein.

Seulement voila.

Le sondage n'est pas obligatoire.

Si cela ne tenait qu'à vous les contrevenants prendraient dix coups de fouet, mais le consultant vous a expliqué que ces sondages devaient être facultatifs.

C'est comme ça qu'on fait.

Le taux de participation est faible. Bon, c'est le début, c'est normal, et puis les marchés sont agités, les gens ont autre chose à faire.

Vous envoyez un mail de rappel. Une semaine passe.

Les participants se comptent sur les doigts de la main de Django Reinharts.

Votre adjoint renvoie un mail de rappel.

Macache.

Au bout de trois semaines, on a plus de mails de rappel que de participants, sur une population dépassant les cinq cents personnes, et maintenant il faut fermer le sondage, dont l'analyse va être un peu plus difficile à rendre cosmétique.

Vous avez demandé aux gens d'exprimer leur amour mais curieusement ils ont préféré le silence, eux aussi.

Qui a dit que la pudeur avait disparu de notre monde trop codifié ?



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