Le DRHache vous coache : « j'ai 2 masters et je suis au chômage... »
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Le DRHache vous coache : « j'ai 2 masters et je suis au chômage... »


Pour sa nouvelle séance de coaching, le DRHache répond à un jeune dip' qui a deux masters et désespère de ne trouver que des jobs alimentaires. Ensemble, ils s'interrogent sur la meilleure stratégie pour sortir de cette spirale infernale. Vous aussi, envoyez vos questions sur ledrhache@gmail.com. Le DRHache vous répondra.

Tous les 15 jours, le DRHache se penche sur un dilemme professionnel. Envoyez-lui vos questions sur ledrhache@gmail.com. Il vous répondra directement mais fera également partager à tous les internautes les cas les plus inspirants. Bien sûr, votre anonymat sera strictement préservé. Mais attention, foin de langue de bois, le DRHache ne pratique que le franc-parler...

 

Question d'un internaute :

 

Bonjour,

Je me permets de faire appel à vos lumières pour m'éclairer sur mon parcours professionnel qui vire à vau-l'eau. J'ai deux diplômes de master. L'un d'une école de commerce, (obtenu en France), l'autre de physiologie végétale (obtenu aux Etats-Unis).

Est-ce faute de réseau? Est-ce parce que je n'ai pas pu pousser jusqu'au Doctorat ? Ou d'avoir terminé mes études un peu tard ? Ou est-ce parce que la recherche en France est sclérosée ? En tout cas les années passent et je ne trouve au mieux que des emplois non qualifiés (genre McDo).

 

J'ai tenté quelques réorientation, mais avec échec à la clé : il semblerait que j'ai un esprit fondamentalement porté sur l'observation, l'analyse et la déduction, et s'intéressant peu au reste (comme par exemple le goût de la compétition).

 

Vais-je devoir financer ma retraite en points big-mac?

 

Cordialement,

 

Un internaute (qui nous autorise à publier cette correspondance mais nous demande de respecter son anonymat)

 

 

Réponse du DRHache

 

 

Bonjour,

 

Ce genre de mail me glace totalement le sang, parce qu'il correspond à tout ce qui m'insupporte, soit l'inexploitation de ressources existantes. Mais je crois que la question que vous posez en cache une plus importante : que voulez-vous faire ?

Si je lis votre texte avec attention, outre un certain sens de l'humour j'y trouve une vision claire de votre parcours, mais également un léger manque d'appétit, et je ne fais pas référence à McDo.

Plus clairement, que ciblez-vous ? La vie en entreprise implique en effet un minimum de goût de la compétition, mais pas forcément tant que cela. Tout dépend de vos aspirations, si votre but est de devenir manager, il va falloir en effet vous mesurer un peu, mais cela n'est pas forcément une mauvaise chose, dans la mesure où cela vous oblige à vous intéresser à l'autre.

Vous parlez de la recherche. Je pense en effet que pour faire de la recherche vous avez intérêt à passer votre thèse, car le milieu est sclérosé comme vous le dites, mais il est clair également qu'une thèse de trois ans implique un investissement qu'on ne peut pas forcément se
permettre.

Ce qui semble paradoxal dans le parcours que vous décrivez, c'est que vous êtes aussi passé par un master de management, et que donc vous avez bien envisagé de travailler en entreprise à un poste impliquant un minimum d'interaction.

Il faudrait plus de détails sur vos réorientations, mais je crois que vous devriez cibler une entreprise du secteur, et tenter d'y rentrer par la petite porte, en validant votre master de chimie comme une passion qui vous a ouvert l'esprit et non centré sur un domaine qui se
transforme en obsession.

Ne restez pas chez McDo, et ne pensez pas que le monde de l'entreprise n'est qu'un panier de crabes où il faut manger pour ne pas être mangé.

Mais il faut en effet mettre en pratique, et s'axer aussi sur la production, ce qui, croyez-moi, peut être une aventure passionnante.

Bon j'arrête sinon je vais me mettre à pleurer au son des violons, mais il est vrai que les jobs de pure observation, en entreprise, se font rares.

 

Je n'essaye pas de vous secouer (peut-être un peu) mais plutôt de vous faire redéfinir vos priorités. Après je sais très bien que le système français est très déterministe, mais vous est-il impossible de passer chez la perfide Albion ? On y voit de grands financiers qui ont un doctorat d'espagnol....

Donc si vous pouvez, racontez moi un des échecs mentionné ci dessous, en essayant d'en trouver les raisons, ou en tout cas donnez moi plus de détails sur votre parcours, comme votre âge, vos expériences et vos souhaits.

 

Ps : à la relecture de la fin de votre mail, un petit doute me prend : lorsque vous dites "il semblerait", parlez vous de vos aspirations, ou des analyses préformatées issues de tests rh que vous considérez par ailleurs comme totalement erronées ?

Bien cordialement

 

D R Hache

 

 

Précisions de l'internaute

 

Bonjour,

Merci de votre réponse précise, pertinente et bien détaillée. Et rapide de surcroit!

Je vais vous répondre de façon plus complète mais je me permets de vous dire que dans mon entourage, ma situation n'est pas une exception absolue: le taux de ceux qui se retrouvent chez McDo est fréquent pour ceux qui se retrouvent diplômés des mauvaises filières.

 

L'inexploitation des ressources existantes, je connais ! J'ai l'impression d'avoir étudié des années en vain (si l'on excepte l'aspect culture personnelle). Frustrant, à tout point de vue. C'est une impression partagée par certains de mes camarades de promo, surtout ceux ayant étudié en biologie et en France.

 

Le MBA

Je l'ai vu comme une occasion de rebondir après un certain temps de recherche d'emploi vaine, après mon master de bio. Cette idée était renforcée car j'avais observé le grand nombre de chercheurs qui se lançaient dans le privé avec de bonnes idées mais qui échouaient lamentablement pour causes de mauvaise connaissance de l'entreprise et de petites choses indispensables (tel le fait qu'un mauvais produit bien vendu vaux mieux qu'un bon produit invendable. La liberté de l'entreprise démarre et s'arrête au tiroir caisse, pour paraphraser R. Hersant). Je pensais pouvoir faire ma place au soleil en jouant sur les mots magiques "double compétence".

 

Ce que je cible:

Lors de mon stage de fin d'étude dans l'école de commerce, j'avais travaillé dans une start-up. Celle-ci, comptait étendre ses activités dans un nouveau secteur mais hésitait à se lancer (exemple: une entreprise qui produirait des saucissons et qui souhaiterait vendre des saucisses de Strasbourg). Il s'agissait de valider ce projet sur tous les plans. Pour reprendre l'exemple charcutiesque, il s'agirait par exemple de vérifier que les techniques de fabrication des saucisses sont accessibles et au point, qu'il y a un marché pour les saucisses, que la législation européenne et française autorise la fabrication de saucisses, quels seraient les investissements à prévoir et surtout: quelle serait la rentabilité de l'aventure et en combien de temps. En bref, si la chose est faisable. (Malheureusement pour la start-up et son projet (et pour moi!) ça ne l'était pas).

 

Je ne sais pas exactement quel est le nom de cette activité. J'ai rarement vu des offres d'emploi s'y rapportant. En tout cas, elle me convient parfaitement : elle me permet de faire appel à toutes mes connaissances, tant techniques que législatives ou financières. Cela me permet au passage de parler avec des gens intéressants de leurs problèmes et de leurs attentes et de découvrir des choses que je ne connaissais pas. C'est assez flou, je dois l'admettre, mais en effet, je ne sais plus où j'en suis. Je commence à être vraiment fatigué de me battre.

 

En réponse au "PS" ("il semblerait): C'est à la fois ce que m'a dis mon dernier employeur lors de l'entretien de rupture de période d'essai (!) et ce que je sais de moi. Autant la notion du respect du travail d'équipe m'est sacrée, autant la compétition et l'ambition personnelle me sont étrangères. Au point que si je n'ai rien contre un salaire décent (afin de pouvoir vivre correctement: les nouilles à la sauce au nouille, c'est monotone), je sais qu'un patron me motiverait beaucoup plus en me proposant un travail intéressant qu'en me proposant d'augmenter fortement mon salaire...

 

Merci beaucoup,

 

Réponse du DRHache

 

Ok, merci pour les détails.

 

Bon, le piège numéro un à éviter, l'aigreur, et vous n'y êtes pas, même si la non-réalisation de projets personnels y mène qu'on le veuille ou non. Et la rupture d'une période d'essai, c'est dur à avaler, car même quand elle a tort, l'entreprise a raison, puisqu'elle est composée d'individus qui continuent à travailler ensemble après l'exclusion de l'un d'entre eux. Je rejoins tout a fait votre point de vue sur la nécessité du second master, notamment pour permettre à un projet d'être viable, et d'éviter de se lancer dedans corps et âme pour se prendre un mur au bout du compte.

Ce que vous avez fait ressemble a du business développement, ou tout simplement a une démarche d'entrepreneuriat. Vous ne vous sentez pas hyper opérationnel, c'est un fait, mais vous pouvez très bien travailler dans une fonction support, et si vous arrivez à retrouver un projet à lancer, vous serez probablement plus à l'aise dans des fonctions de secrétariat général et d'organisation que de commercial ou de manager d'équipe.

Au vu de ce que vous me décrivez de votre profil, un élément qui me parait clef est de trouver un associé complémentaire. L'analogie entre l'entreprise et le corps humain n'est plus à démontrer, et vous semblez être plus proche du cerveau que des mains, ce qui s'explique certainement par votre personnalité, mais aussi par l'approche scientifique de votre formation. Alors trouvez des mains.

Vous êtes fatigué de vous battre : parce que vous vous battez probablement sur des fronts trop variés, ce qui est normal quand on en est au point mort. Alors trouvez des gens qui puissent se battre pour vous là où vous n'avez pas d'arme.

Mon conseil : orientez vous plutôt vers une nouvelle expérience de start-up ou de toute petite structure, mettez de coté l'aspect scientifique pour l'instant, mais utilisez l'aspect multiculturel dans la mesure du possible, ça vous donnera un peu d'air et vous permettra de voir les choses éclairées différemment, ce qui probablement vous manque le plus.

 

Bien cordialement

 

D R Hache



Commentaires

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Vos réactions
  • Camille
    Bonjour,j'ai pourrais dire merci je me sens moins seule mais c'est justement ceci qui m'attriste ,moi avec ma maîtrise en histoire de l'art et archéologie et étant trilingue anglais ,français et polonais j'ai que mes yeux pour pleurer .
    Non je n'exagère pas depuis quinze ans je suis employée libre service de la grande distribution et sincèrement j'en ai assez. Au début pour financer ma vie et mes études je suis toujours au même point et croyez moi j'en ai vraiment assez, et pourtant jour pour jour je cherche activement une place qui correspondra mieux a mes connaissances et je suis inscrite sur plusieurs sites , un jour peut être?!

    Répondre

  • DESIRE AMARY
    Je voudrais soutenir aussi mes amis qui sont dans la même situation que moi.titulaire d'une licence en linguistique, je suis toujours en quête d'emploi.

    Répondre

  • Caroline
    Bonjour,

    Je souhaite apporter mon soutien (moral) à cet internaute car cette période de recherche de l'emploi rêvé, correspondant à son cursus, ressemble à un parcours du combattant.

    Je suis dans la même situation, avec également 2 masters. L'un "recherche" (sociologie des migrations) et l'autre "pro" (anthropologie et métiers du développement). Je pensais, comme lui, avoir 2 casquettes et une double compétence (recherche fondamentale, conduite d'enquête qualitative; et plus pragmatique: mise en œuvre de projets de développement; consulting) mais je me situe aujourd'hui au même point.
    Je recherche des postes de chargée d'études, chargée de mission ou de projet, mais malgré le fait que mon profil semble intéressant pour les employeurs, mes candidatures ne débouchent sur rien.

    Il ne faut pas se laisser abattre et persévérer dans ses recherches!
    Même si, il est vrai, le McDo semble parfois le seul moyen de payer ses factures et d'avancer tant bien que mal dans la vie active!

    Bien à vous.

    Répondre

  • Florence
    Bonjour Laurence, je suis également intéressée, puis je vous communiquer mon CV ? votre adresse email ne s'affiche pas pour l'instant... Cordialement, Florence

    Répondre

  • laurence
    Je suis assez d'accord avec le DRHache. Après ça, le choix est aussi sécuritaire. L'entrepreneuriat est plus aléatoire quand il s'agit de remplir le frigo. Cela dit, c'est passionnant. J'ai moi-même un parcours atypique (AgroParisTech + CEDEP), double profil scientifique et business dev. Je ne sais pas si je peux vous aider, mais si vous êtes intéressé par le food (hors mcdo !) vous pouvez me contacter par e-mail.
    Cordialement,
    Laurence

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