Les entreprises aiment (toujours) les rugbymen
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Les entreprises aiment (toujours) les rugbymen


La pratique du rugby à haut niveau est traditionnellement un passeport vers l'emploi. Mais depuis 1995 et sa professionnalisation en France, les choses ont changé. Les entreprises accueillent toujours volontiers les rugbymen en fin de carrière. À condition qu'ils soient formés.

Le rugby, pratiqué par les aristocrates anglais dès le XIXe siècle, était alors une activité d'élite. Et encore aujourd'hui, l'image colle aux crampons de nos champions : le rugby serait un sport de gens instruits. Alors... légende ou réalité ? « On estime que, jusqu'aux années 90, le niveau d'études des rugbymen atteignait en moyenne Bac+2. Cependant, c'est terminé », note Christophe Gaubert, le directeur de l'agence XV, une association qui se consacre à la reconversion des pros de l'ovale.

La faute à quoi ? Au professionnalisme, aux centres de formation qui recrutent dès 17 ans ceux qui seront les pros de demain. « Si l'agence XV n'existe que depuis 2007, c'est qu'auparavant une telle structure n'était pas nécessaire. Les gars faisaient des études en parallèle de leur activité sportive, qui n'était que semi-professionnelle ou même totalement amateur. »

La carte du réseau

Et les réussites exemplaires des frères Spanghero, devenus des capitaines d'industrie ou de Serge Blanco, roi de la thalasso, cachent des milliers de cadres parfaitement reconvertis et intégrés à leur entreprise. Comme Jérome Cazalbou. L'ancien international est aujourd'hui gestionnaire de patrimoine à la Société Générale. L'esprit d'équipe dont il faisait preuve sur le terrain s'est mué en réseau, bien travaillé. « Mes clients ? Des sportifs de haut niveau, dont pas mal de rugbymen, évidemment. »

Des professionnels dont les gains atteignent, en moyenne, 10 000 euros par mois. Rien à voir avec le foot, où les salaires dépassent souvent les 50 000 euros mensuels en ligue 1, pour s'envoler parfois vers des sommets infinis. « Du coup, les joueurs de rugby sont obligés de travailler en fin de carrière, pas question pour eux de devenir rentiers », constate Jean-Pierre Gruppi, fondateur de Second souffle, organisme de formation qui se charge de préparer les sportifs à l'après jeu.

Formation continue

Comment ? « Un club de rugby est une entreprise comme une autre, avec des joueurs salariés qui ont droit à tout l'arsenal de formation classique ». Des salariés comme tout le monde, ou presque. « Il n'est pas toujours évident de les convaincre de se former à la gestion d'entreprise. Souvent ils ont entre 20 et 25 ans, sont célibataires, gagnent tout de même très, très bien leur vie et pensent avant tout à en profiter. »

Le sportif Armand Battle pourrait correspondre au cliché : il en a l'âge et la situation. Pourtant : « Je fais gaffe, je pense à l'après rugby et chaque année, j'en passe par des formations », insiste l'ailier du club de Perpignan. Un « après » dont il ne sait pas encore de quoi il sera fait. « J'ai au moins six ans devant moi pour décider », tempère t-il. En attendant, il suit les cours de comptabilité, de gestion et de fiscalité délivrés par Jean-Pierre Gruppi. Des cessions axées sur la création d'entreprise.

Tentation de l'entrepreuneriat

« C'est vrai que beaucoup d'ex rugbymen créent leur boite », remarque Christophe Gaubert. Etrange, pour des sportifs habitués à être chouchoutés par des staffs techniques et surprotégés par leur coach ? « Pas vraiment car, lorsqu'ils sont sur le terrain, ils doivent prendre eux-mêmes toutes les initiatives, toutes les décisions », explique ce dernier. Et c'est, évidemment, cet état d'esprit qui plaît aux entreprises.

Au point que Provale, le syndicat des joueurs professionnels, affiche sur son site internet les offres d'emploi que des entreprises fans de rugbymen lui envoient. Mais pour les embaucher, ces dernières exigent avant tout que les sportifs soient formés. Et pas seulement au drop.

Ex-rugbymen au chômage

Parmi les success stories, il y a notamment celle de l'ingénieur Stéphane Ougier, ancien international du XV de France, devenu directeur du développement d'Akka Technologies, gros équipementier de l'industrie aéronautique qui compte 50 implantations en Europe et plus de 5 000 salariés.

Mais ces dernières, s'accordent nos témoins, sont de moins en moins nombreuses. C'est la même pathologie qu'au football, les mêmes symptômes : avec la professionnalisation d'un sport viennent le rajeunissement des recrutements, les salaires de plus en plus mirobolants. Et, faute d'une formation initiale suffisante, d'ex grands champions pointent aujourd'hui à Pôle Emploi.

Michel Holtz © Cadremploi.fr



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