Quand le travail devient du stress
Accueil  > Conseils > Conseils carrière > Quand le travail devient du stress

Quand le travail devient du stress


25 suicides. C'est le chiffre alarmant qui a plongé France Télécom au cœur de la polémique. Un chiffre de souffrance extrême qui met en exergue la question plus générale du stress au travail. Problème de management, manque de reconnaissance et horaires à rallonge, les cadres sont les premiers à en souffrir.

Selon un sondage mené par le réseau ANACT pour l'amélioration des conditions de vie au travail et par l'institut CSA, 60 % des Français qui se disent stressés attribuent cet état à leur vie professionnelle. Des résultats qui n'étonnent plus vraiment. « Le contexte anxiogène de la crise n'a rien arrangé, mais cette dégradation de l'atmosphère au travail remonte déjà à une dizaine d'années », observe Jean-Claude Delgenes, directeur de Technologia, société d'analyse des risques en entreprise. Cette société est notamment en charge de l'audit des salariés de France Télécom.

Management par mail

Pour lui, les origines du mal-être sont profondes. « Le système de management s'est transformé pour s'adapter aux exigences financières du marché. Avant, on faisait des plans à quatre ans qui permettaient d'anticiper les charges de travail. Aujourd'hui, on regarde les résultats tous les six mois et on demande sans cesse aux salariés de réagir dans l'urgence. » Même mise en accusation d'un nouveau type de management pour Françoise Delporte, avocate spécialisée en droit du travail : « le management de proximité n'existe plus. Certains salariés n'ont de contact avec leur chef quasiment que par mail. »

Les 35 heures dans le collimateur

En cause aussi, le rythme d'entreprise. Pour les deux spécialistes, le passage au 35 heures a eu de lourdes conséquences en obligeant les salariés à effectuer la même charge de travail dans un temps plus court. « Ceux qui ont besoin de plus de temps que les autres ont été stigmatisés », note Jean-Claude Delgenes. Et pendant des années, rien ni personne n'a essayé de stopper l'emballement. « Certains ont même essayé de nous faire croire que le stress était stimulant et positif, s'énerve le directeur. Résultat : la France est très en retard sur ses voisins européens dans la gestion des risques psychosociaux en entreprise. »

28 suicides liés au travail reconnus

L'Hexagone compte près de 12 000 suicides par an, soit trois fois plus que la Grande-Bretagne. « Mais la majorité des suicides touchent des personnes âgées, des adolescents et des gens en prison, tempère Françoise Delporte. Entre janvier 2008 et juin 2009, il n'y a eu que 72 demandes de reconnaissances de suicide lié au travail. » Pour l'heure, seules 28 ont été acceptées par la CAF. « Le suicide est l'extrême du mal-être, prévient Jean-Claude Delgennes. Mais au travail, il n'y a pas que ça. » Dans une entreprise d'informatique dans laquelle il intervenait, six jeunes salariés sont décédés. Rupture d'anévrisme ou arrêts cardiaques. « Ils ne se sentaient pas stressés, ils ne se sentaient pas mal dans leur travail. Mais ils en faisaient trop. »

Manque de reconnaissance

Des risques qui dépasseraient les salariés ? Françoise Delporte relativise : « Il y a des risques sanitaires, certes. Mais des horaires très lourds dans un métier qui vous passionne et vous épanouit n'amènent pas une souffrance psychologique. Ce qui est difficile, c'est quand on perçoit un décalage entre le travail fourni et la reconnaissance que l'on en reçoit. »

A lire aussi : "Les salariés ne figuraient pas sur l'organigramme"



Commentaires

* Les champs suivis d'un astérisque sont obligatoires.




Vos réactions
Il n'y a pas de commentaires, soyez le premier