"Les freins à l'employabilité des cadres"
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"Les freins à l'employabilité des cadres"


C'est le coup de gueule d'Antoine Morgaut. Le CEO Europe et Amérique du Sud du cabinet de recrutement Robert Walters n'est jamais tant remonté que lorsqu'il explique que le mauvais niveau en anglais des cadres Français est un boulet. Pour eux, mais aussi pour lui, qui est chargé de les recruter pour le compte des multinationales.

'Do you speak english ? Yes, I have.' ... Nombreux, trop nombreux, sont les Français qui ne maîtrisent pas l'anglais. Manque d'ouverture vers l'extérieur, sédentarisme, chauvinisme... Les raisons ne manquent pas pour justifier le peu d'intérêt manifesté à l'égard d'une langue qui, pourtant, rythme l'économie mondiale depuis bien longtemps ! Cet état des lieux entraîne des conséquences dramatiques sur l'employabilité des cadres français à l'étranger. Rappelons-le : la France reste le dernier exportateur de compétences. Y remédier passe par une prise de conscience urgente de notre retard par rapport au reste du monde...

Depuis une vingtaine d'années, les compétences des cadres s'harmonisent à l'échelle de la planète : l'informatique a accéléré les modes de communication, et l'internationalisation croissante des entreprises a homogénéisé le management. Aujourd'hui, l'expertise est plus importante que la nationalité. Un ingénieur nucléaire français peut travailler aux USA, au Brésil et au Japon, au même titre qu'un expert comptable ou un informaticien SAP. C'est une grande révolution ! Même le comportement au travail s'est harmonisé : la façon dont on gère une réunion, dont on fait une présentation, dont on manage les équipes, dont on parle à son supérieur... Dans ce contexte où les compétences sont devenues déplaçables, quelles sont les dernières barrières à la mobilité des cadres ?

D'abord, l'attachement géographique. La France vit toujours sur son piédestal : quelle ville est plus agréable à vivre que Paris ? La qualité de vie est exceptionnelle : une culture effervescente, un accès à une multitude d'activités pour un coût réduit, une santé publique imbattable dans le monde... Historiquement, le Français n'a pas ressenti le besoin de quitter son pays.

A cela s'ajoute la mauvaise réputation du Français. Souvent perçu comme arrogant, il est doté d'une intelligence des situations qui l'amène à critiquer, à remettre en question et à challenger. De l'extérieur, il passe pour un empêcheur de tourner en rond, ce qui ne facilite pas son intégration aux autres cultures. Le cercle s'avère vicieux : déprécié, le Français se montre encore plus frileux à s'ouvrir à ces cultures qui le « rejettent », au lieu de montrer à quel point cette supposée arrogance peut être constructive.

Cette difficile adaptation est démultipliée par le fait que le Français est mauvais en langue : il ne fait pas l'effort de parler anglais. Nous sommes l'un des rares pays à continuer à doubler les films (plutôt que mettre des sous-titres) ! Or, la vie économique est en anglais. Il est désormais nécessaire d'être bilingue, surtout pour les jeunes générations. La prise de conscience n'est pas assez forte et la pression n'est pas au rendez-vous. Les séjours en immersion, le niveau éducatif et le rythme appliqué aux cours de langue restent encore trop insuffisants alors que la parfaite maîtrise de l'anglais devrait être une condition de réussite scolaire.

Aujourd'hui, notre pays est le dernier exportateur de compétences. Mieux accepter la nécessité de l'anglais permettrait aux cadres hexagonaux de partir dans des pays comme l'Australie, les Etats-Unis ou Hong Kong, où les débouchés sont bien plus nombreux. Sans compter le fait que cela encouragerait la diffusion de notre culture à l'étranger, et, plus que tout, aurait un effet positif sur le chômage qui touche les jeunes français.

Si la France maîtrisait davantage l'anglais et qu'elle adoptait une attitude plus empathique à l'égard des codes internationaux du travail, notre compétitivité internationale rayonnerait. Et l'économie française en profiterait sûrement.

Antoine Morgaut , CEO Europe et Amérique du Sud du cabinet de recrutement Robert Walters.



Commentaires

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Vos réactions
  • fabrice
    Il est vrai que nous ne sommes pas trés fort en langue ,mais je préfére parler une langue etrangére mais correctement. Pour moi c'est l'Espagnol.
    En ce qui concerne les expatriés, dont j'ai fais parti durant trois années pour une entreprise étrangére dans un pays que je connais depuis 1986 et dont j'ai étudié l'évolution le retour en France est plutot décevant. En effet il ne faut surtout pas dire que l'on a travailler à l'étranger si parfois nous revenions avec des idées nouvelles. Les freins à l'emploi lesquels:
    Les entreprises française qui se les mettent
    car elles ne veulent pas faire confiance à leurs salarié, ne regarde pas les compétence réel d'un candidat, ne veulent pas reconnaîtrent les formations que les futurs candidats peuvent avoir acquis lors de leurs travaux à l'étranger, mais court toujours aprés les diplomes qui ont perdu de leurs grandes valeurs dans le début des années 90.
    Alors par cette tribune je m'adresse aux employeurs, faitent un peu confiance à vos salariés lors de vos recrutements décelés les vraies compétences et l'envie des candidats et surtout ouvrez- vous vers l'extérieur avec des candidats qui ont l'expérience de l'étranger et qui peuvent dans beaucoup de cas vous apporter un plus.

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  • Chris
    Très bonne analyse et plaidoyer en faveur de la maîtrise des langues étrangères et une ouverture aux autres cultures.
    L'un comme l'autre ne signifie nullement que vous perdrez la vôtre !
    Disons-le tout net : les relations de travail en France sont "merdiques" comparées aux mentalités que vous rencontrez dans d'autres pays! Le Français jouent constamment dans le rapport de force au lieu de travailler ensemble : lassant, stressant et peu efficace.
    Le système éducatif et politique est du même tonneau : la volonté part du haut mais remonte rarement, sauf contraint et forcé.
    La France élude constamment la démocratie !!!
    J'ai quitté le marché du travail français pour parfaire précisément mes "notions" linguistiques. Ce que j'ai trouvé ailleurs ne m'a pas donné envie d'y revenir, même si (et parce que) j'ai continué de cotoyer mes concitoyens dans le cadre des affaires.
    Difficile de commercer avec des gens qui regardent obstinément par le petit bout de la lorgnette...

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