Un paléoanthropologue dans l'entreprise
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Un paléoanthropologue dans l'entreprise


Surtout, ne dites pas à Pascal Picq de se mêler de ses australopithèques. Le paléoanthropologue du Collège de France vous répondrait que l'entreprise est une population de grands singes comme les autres et que, avec la crise, elle ne peut plus ignorer les sciences de l'évolution. Que les patrons feraient bien de s'en inspirer pour innover et que l'entreprise darwinienne sera sociale. Ou ne sera pas. Un paléoanthropologue dans l'entreprise, son dernier ouvrage, sort jeudi en librairie.

Quand un paléoanthropologue de l'envergure de Pascal Picq, maître de conférences au Collège de France, met les pieds dans (le plat de) l'entreprise, ça déménage. « Récemment, un grand PDG de ma connaissance est revenu vers moi en me rapportant que, devant recruter un responsable du développement à l'international, ils avaient retenu un profil homogamique [classique, NDLR] et un profil inhabituel, qui présentait lui aussi un très bon dossier. Ils ont choisi l'outsider : j'avais gagné », rapporte Pascal Picq à Cadremploi.fr.

Explication ? « L'anthropologie ne nous dit pas ce que l'entreprise doit être mais comment elle doit fonctionner. Or, lorsqu'on est face à un monde qu'on ne maîtrise pas, qui présente des incertitudes, il faut de la diversité, parce que cela ouvre l'éventail des idées et des innovations possibles », insiste l'auteur d'Un paléoanthropologue dans l'entreprise, qui sort jeudi chez Eyrolles.

L'entreprise darwinienne

L'intérêt des anthropologues pour le monde économique (et inversement) n'est pas nouveau mais rencontre un écho plus grand depuis le début de la crise : « Les trente glorieuses, la période de non sélection, c'est fini ! Nous sommes revenus à un monde darwinien, et il nous faut des entreprises darwiniennes », assure Pascal Picq. Darwin ? La sélection naturelle ? La loi du plus fort ? De quoi en effrayer plus d'un. « Idées reçues, presque personne en France ne comprend Darwin », déplore-t-il. Bref, l'entreprise darwinienne sera nécessairement « sociale » et « sensible à l'environnement ».

Car la crise signe la fin d'une certaine vision du libéralisme : « Nul besoin d'être un anthropologue pour appréhender l'irrationalité des agents économiques », note le scientifique. Et la prise de conscience, selon lui, est réelle : « L'exigence d'une forte rentabilité à court terme est incompatible avec l'innovation et l'adaptation. La crise non encore réglée provient de ces exigences irrationnelles et les entreprises qui résistent le mieux sont celles détenues par des familles ou avec une capitalisation fondée sur le moyen terme. Le court terme ne peut qu'engendrer des crises puisque toute perturbation est vécue comme un effondrement. »

La crise, une opportunité

La preuve ? Des chefs de meutes, c'est-à-dire une dizaine de grands patrons, se sont mobilisés en publiant L'empreinte sociale (Ed. Odile Jacob). Sur nos pages, en janvier, le patron de Virgin Mobile Geoffroy Roux de Bézieux ne parlait pas d'autre chose. Cela dit, en Hominoïdes calculateurs et méfiants que nous savons être collectivement devenus, nous ne sommes pas obligés de préjuger des résultats de telles démarches.

Ce dont on peut se rendre compte, par contre, c'est que la paléoanthropologie d'entreprise de Pascal Picq n'est pas poussiéreuse pour un sou. Ainsi, la crise n'est pas qu'une crise. « On s'en passerait bien, reste qu'elle porte en elle un certain nombre d'opportunités. Elle nous montre qu'on ne peut plus continuer comme avant, nous rappelle qu'on ne domine jamais très longtemps sans évoluer, créer de nouveaux marchés », explique ce dernier.

Il faut donc innover, d'autant plus en temps de crise ? « Bien sûr, sachant que la plus mauvaise réaction, qui est aussi la plus courante, consiste à se recroqueviller sur ses acquis et à attendre que ça passe », poursuit-il. Autre écueil, jouer la carte du protectionnisme : « D'une façon générale, il existe une loi empirique de l'évolution : l'isolationnisme est l'avant dernière étape avant l'extinction ». De fait : « quand vos concurrents disparaissent, c'est une très mauvaise nouvelle, car vous perdez votre vigilance et ce qui vous poussait à innover ». Ce que les évolutionnistes appellent la course de la Reine rouge. Référence à Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll. Un peu rêveurs, les paléoanthropologues ?

Marine Relinger © Cadremploi.fr

 

A propos de l'auteur :

Pascal Picq est paléoanthropologue au Collège de France, expert de l'Association progrès du management (APM), membre associé au Comité Médicis et à l'Académie des Entrepreneurs. Ses recherches portent majoritairement sur les théories de l'évolution. Conseiller auprès de musées scientifiques et de l'Education Nationale, il intervient également depuis une quinzaine d'années dans le secteur de l'entreprise, sous la forme de conférences, de séminaires et de publications.



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