Tribune libre d'Antoine Morgaut, CEO Europe et Amérique Latine, Robert Walters : Cadremploi
Accueil  > Conseils > Droit du travail > Â« Cadre expérimenté et période d'essai : une inadéquation »

Tribune libre d'Antoine Morgaut, CEO Europe et Amérique Latine, Robert Walters

« Cadre expérimenté et période d'essai : une inadéquation »


Qu'importe la crise, la guerre des talents continue. Que faire lorsqu'on est chasseur de tête, qu'on déniche LE candidat idéal et qu'on ne peut le débaucher à cause d'une période d'essai sur laquelle l'employeur ne veut transiger ? C'est le coup de gueule d'Antoine Morgaut, CEO Europe et Amérique Latine chez Robert Walters.

La période d'essai est un usage reconnu de flexibilité dans le monde du travail. Reste à savoir s'il est pertinent, d'un point de vue individuel et pragmatique, de l'appliquer aux cadres expérimentés.

La loi fixe à 4 mois la durée maximale de la période d'essai d'un CDI pour un cadre, renouvelable une fois. Non obligatoire, cette période est cependant devenue quasi-systématique. Elle laisse le temps à l'employeur comme à l'employé de mesurer l'adéquation au poste et de rompre, sans motif de séparation, le contrat. L'employeur est alors tenu à un délai de prévenance de 6 semaines maximum, contre 3 mois en cas d'une séparation à l'amiable décidée hors période d'essai. Entre les deux, l'écart financier est assez ténu et ne justifie pas la nécessité de cette pratique.

Un risque pour l'employeur

Nécessité encore davantage remise en cause lorsqu'il s'agit de recruter un bon candidat déjà en poste, qui a été chassé par un cabinet de recrutement comme le nôtre. Lui imposer, en sus du risque de changement, une période d'essai semble inadéquat. Cela peut compromettre son embauche. Imaginez : vous avez un travail qui vous convient, une sécurité, des acquis sociaux, une visibilité... Un employeur, que vous ne connaissez pas, vous propose un nouvel emploi, assorti d'une période d'essai. Acceptez-vous ? Avec la conjoncture actuelle, la décision peut s'avérer compliquée.

Aussi, la question se pose : au vu de la très hypothétique économie faite sur quelques mois de salaire et de la probabilité, non-négligeable, de décourager l'embauche d'un bon candidat, l'employeur doit-il prendre le risque d'imposer une période d'essai ?

Réduction ou suppression de la période d'essai

Au regard de cette réflexion, nous conseillons à nos clients de réduire la période d'essai à deux mois - période suffisamment révélatrice pour prendre une décision - voire de la supprimer si le recrutement concerne un cadre expert chassé par un cabinet de recrutement qualitatif. Opter pour une telle solution assure des bénéfices multiples : réduire le risque de passer à côté d'un candidat dont le recrutement est stratégique et installer une relation de confiance, indispensable au bon déroulement d'une nouvelle collaboration.

Dans un marché sclérosé par l'immobilisme des cadres, nous pouvons nous interroger sur l'utilité de la période d'essai chez les candidats à haut potentiel et se demander si prendre le risque de l'abaisser ou de la supprimer ne serait pas un arbitrage plus rentable, contrairement aux apparences.



Commentaires

* Les champs suivis d'un astérisque sont obligatoires.




Vos réactions
  • BADE-HERMOSO
    Excellente approche de la chasse et de la relation de confiance

    Répondre

  • songui
    Cadre expérimentée, je viens d'être recrutée par une entreprise où la DRH a insisté pour conserver une période d'essai renouvelable.
    J'ai bataillé et fini par donner mon accord, car je connais les personnes avec lesquelles je vais travailler.
    Si cela n'avait pas été le cas, j'aurais refusé le poste. Je ne suis toujours pas sure d'avoir fait le bon choix, il est clair que la supression de cette mention m'aurait rassurée.

    Répondre


Vous devez renseigner tous les champs :