A chaque entreprise, ses freins à l'embauche des personnes handicapées (2/4)

Viviers insuffisants de candidatures et manque de relai des opérationnels : tels sont les deux principales difficultés qui freinent l'application de la loi Handicap dans les entreprises.
Un manque structurel de candidatures qualifiés
Deux chiffres parlent d'eux-mêmes : 80 % des travailleurs handicapés n'ont pas le Bac. Et seuls 7% ont un diplôme supérieur à Bac+2. Le centre du CEA à Cadarache subit de front ce manque de diplômés de haut niveau :
« Nous recrutons majoritairement des bac+5 à bac+8 dans les domaines scientifiques avec des spécialisations très pointues, détaille Pierre Faure, responsable RH au centre de Cadarache. Un neutronicien, un électronicien, un thermo-hydraulicien, un statisticien Bac+8 avec une reconnaissance de travailleur handicapé, croyez-moi, ils sont rares ! »
Une pénurie que Serge Bornarel, délégué général UIMM (département 13 et 04) impute au système d'éducation français :
« Il exclut le handicap très tôt. Les vocations pour les filières scientifiques sont déjà plus rares, si en plus on ne permet pas aux personnes handicapées d'y accéder... Dans l'industrie, nos problèmes de sourcing viennent d'un problème de formation à la base. »
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Pas seulement, signale Marc Fiori, DRH de L'Occitane, qui recrute plutôt des basses qualifications pour ses chaînes de production. Son problème de pénurie à lui est plutôt lié à la mobilité :
« Nous sommes implantés à Manosque, site magnifique, accessible par l'autoroute mais pas par les transports en commun. Pour passer les entretiens d'embauche, les candidats ont du mal à venir jusqu'à nous. Nous avons bien un système de cars pour récupérer les ouvriers autour de Manosque. Mais il ne fonctionne pas dans la journée aux horaires des entretiens d'embauche. »
Quant au groupe Onet, qui recrute 90% d'ouvriers, les difficultés de recrutement ne sont pas non plus spécifiques aux personnes handicapées :
« Sur l'activité nettoyage, nos métiers souffrent d'un déficit d'image, rappelle Sylvie Brunet, directrice des affaires sociales du groupe ONET. Ce sont les représentations qu'ils en ont qui empêchent les candidats de postuler, pas le fait qu'ils n'aient pas les formations adéquates.»
Et pour corser le repérage des candidats handicapés, les recruteurs sont confrontés à deux injonctions contradictoires d'ordre juridique :
« Les entreprises travaillent avec deux lois qui se contredisent, fait remarquer,Marc Low consultant du cabinet Scoreman RH Partners : l'une interdit de préciser qu'on recherche des candidats handicapés dans ses annonces, l'autre nous y enjoint. Le frein est là : il faut qu'on cherche sans dire qu'on cherche... »
Enfin, le dernier frein pour repérer les candidats handicapés se trouve du côté des écoles et des jeunes eux-mêmes :
« Il n'existe quasiment pas de missions handicap dans les grandes écoles et les universités françaises, s'étonne Marie-Dominique Faivre, DRH du CEA-Centre de Cadarache. Rien n'est fait pour nous faciliter la tâche. On demande à l'entreprise de prendre le relais d'une politique qui n'a pas été mise en place en amont et de combler les carences qui n'ont pas été gérées. »
« On retrouve très rarement la mention d'un handicap sur le CV d'un candidat ingénieur par exemple, renchérit Corinne Bianquis, directrice du cabinet Scoreman RH Partners. Il y a sans doute un axe de communication à développer vis-à -vis des candidats diplômés, afin de leur expliquer qu'en 2010 ils ne seront pas discriminés à cause de leur handicap. »
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Le bémol des opérationnels
Pour appliquer la loi handicap, les DRH rencontrent aussi des freins au sein même de leur organisation. Le monde de l'entreprise n'est pas plus vertueux que la société civile, s'accordent à dire les participants. Comme tout citoyen, le salarié a parfois du mal à côtoyer le handicap. Pas seulement à cause des mécanismes inconscients de peur face à la différence. Leur résistance relève aussi du pragmatisme. Sur ce terrain, Marc Fiori, DRH de L'Occitane, exprime un point de vue partagé par les autres participants :
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« On a tous de belles histoires d'intégration de personnes handicapées. En même temps, il faut avoir conscience que nos entreprises ont des exigences de productivité. Or un manager sait bien que l'intégration d'une personne avec un handicap, surtout s'il est lourd, peut générer de l'absentéisme, des tensions dans les services. »
L'absentéisme des personnes souffrant d'un handicap nécessitant un suivi médical est une conséquence que les managers redoutent :
« L'absentéisme est la principale difficulté à l'intégration des personnes handicapées, constate Pierre Faure, responsable RH du CEA-Centre de Cadarache. Tout justifié qu'il soit, il génère des problèmes d'organisation du service. Pendant l'absence du salarié, le travail n'est pas fait ou est réparti sur les autres salariés du service. »
« Les règles doivent être posées dès le départ, estime Thierry Billion, DRH de CMA CGM. C'est une ressource à part entière mais il faut accepter de vivre avec la contrainte. Notre rôle consiste justement à accompagner nos équipes sur cette voie. »
Les freins à l'intégration de personnes handicapées mentales sont encore plus forts dans les entreprises :
« Face au handicap mental, nous sommes encore plus démunis. On arrête de le côtoyer à l'école à partir du l'école primaire, rappelle Serge Bornarel. On ne peut pas demander aux salariés d'être réparateurs de tords pour l'ensemble de la société. »
De fait, selon l'Unapei, les travailleurs handicapés mentaux ne représentent que 3 % des personnes handicapées employées en entreprise. Certaines entreprises publiques y parviennent :
« Nous employons des personnes porteuses de légers handicaps mentaux mais à des postes très protecteurs pour elles, témoigne Isabelle du Couëdic, DRH de la CAF Bouches-du-Rhône. Des services où elles retrouvent des repères.»
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L'insertion des travailleurs handicapés mentaux se fait aujourd'hui encore essentiellement en milieu protégé, dans les Esat (Etablissements et services d'aide par le travail, les anciens CAT).
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Légendes :
Photo 1 : Corinne Bianquis, directrice du cabinet Scoreman RH Partners etStéphane Aucoin, Responsable région Méditerranée, Adenclassifieds
Photo 2 : Pierre Faure :Pierre Faure, responsable RH du CEA-Centre de Cadarache
Photo 3 : Isabelle du Couëdic, DRH de la CAF Bouches-du-Rhône
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Embauche des personnes handicapées : à chacun ses solutions


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