Recrutement handicapé
Les DRH affichent leur bonne volonté... malgré tout (1/4)

Le handicap, une réalité ordinaire de la vie en entreprise ? Ce n'est, pour l'instant, qu'un souhait largement partagé. Même si les choses avancent. Par conviction ou par contrainte. Il faut dire que la loi « Handicap » du 11 février 2005 a fait bouger les lignes. Et les nouvelles sanctions entrées en vigueur le 1er janvier 2010 ont découragé les derniers récalcitrants.
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Aujourd'hui, trois entreprises sur quatre emploient au moins une personne handicapée. L'évolution est rapide : il y a six mois seulement, elles n'étaient que deux sur trois, selon le 3e baromètre Emploi et handicap réalisé par Opinion Way pour le Figaro Economie et Job in Live. Quant au quota obligeant les entreprises à intégrer 6 % de salariés handicapés, il aurait été atteint par un quart d'entre elles. Toutes entreprises confondues, le taux moyen d'emploi ne dépasse pas les 3,75% en 2010.
Objectif atteint involontairement
Il y a les enviées. Les entreprises qui rentrent dans les clous de la loi Handicap sans efforts. Sans surprise, c'est une administration publique qui joue les bons élèves parmi nos invités :
« Nous réussissons à répondre à nos obligations en matière d'emploi de personnels en situation de handicap grâce au bénéfice des minorations prévues, affirme Isabelle du Couëdic, DRH de l'organisme. Cependant, afin de consolider cette situation, nous mettons l'accent aujourd'hui sur une politique volontariste. Sur les 1200 salariés de la CAF des Bouches-du-Rhône, plus d'une cinquantaine bénéficient d'une reconnaissance de travailleurs handicapés déclarée auprès de l'employeur. Il est vrai qu'il s'agit d'un secteur d'activité que ces personnes peuvent intégrer généralement sans trop de difficulté. »
Compte tenu de la nature administrative de leurs activités, les institutions publiques réussissent plus facilement que les entreprises privées à attirer des travailleurs handicapés. Néanmoins, rien n'est acquis.
« Chaque année est un nouveau challenge, explique Marc Low, consultant du cabinet Scoreman RH Partners. Du fait du turnover ou de la perte possible de reconnaissance du handicap, les DRH ne savent jamais d'une année sur l'autre s'ils réussiront à faire leur taux ou pas. Secteur public ou pas. »
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Volontaristes et convaincus
Une situation encore plus fragile dans les entreprises où, malgré les actions visibles, le quota de 6 % n'est pas atteint. Manque d'une réelle volonté ? La majorité des DRH présents affichent leurs convictions citoyennes et reconnaissent que, sans contraintes légales, la société n'avancerait pas. Néanmoins, même les plus impliqués ont l'impression de pousser le rocher de Sisyphe :
« Nous nous battons depuis 2005. Depuis notre première convention nationale signée avec l'Agefiph, se souvient Sylvie Brunet, directrice des affaires sociales du groupe Onet. En 2008, notre taux global atteignait 5 %. Mais chaque année, le problème se pose pour deux de nos activités, le Nucléaire et la Sécurité, qui ne dépassent pas les 2% de taux d'emploi des personnes handicapées. Le risque est trop grand sur ces environnements, ce serait irresponsable d'intégrer davantage de personnes handicapées. Sur la division Propreté en revanche, qui représente 70% de nos effectifs, nous atteignons au global 6 %. »
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Au sein de L'Occitane aussi, une politique volontariste porte en partie ses fruits. Mais si l'activité industrielle sait en intégrer, les boutiques où se vendent les produits de la marque n'y parviennent guère :
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« Dans nos points de vente de 3 à 6 personnes, il est compliqué de faire rimer productivité et volonté sociale d'intégrer le handicap, justifie Marc Fiori, DRH de L'Occitane. Lorsque les clients affluent, les équipes peuvent difficilement jouer la solidarité avec un salarié handicapé, même avec la meilleure volonté du monde. La pression du chiffre d'affaires impose un rythme soutenu, incompatible avec la plupart des handicaps. De ce fait, nous payons la taxe Agefiph pour cette partie de notre activité. Dans notre usine en revanche, nous remplissons la moitié de notre obligation légale puisqu'une quinzaine de personnes handicapées y travaillent. Une autre partie du quota est satisfaite grâce aux contrats signés avec des centres spécialisés. »
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Au Crédit Agricole Alpes-Provence, le taux d'emploi ne décolle guère malgré les efforts :
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« Nous atteignons 3,5% et visons les 4% cette année, affirme Jean-Claude Mazza, DRH du Crédit Agricole Alpes-Provence. Depuis notre premier accord handicap signé avec les partenaires sociaux en 2007, nous nous démenons en actions de communication, internes comme externes, pour sensibiliser, convaincre, rassurer et faire que la cohabitation avec le handicap se passe bien. Une mission handicap nationale avec des relais locaux nous aide quotidiennement. Et ça marche. Néanmoins, nous avons toujours autant de mal à en recruter. »
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Il faut dire que la concurrence est rude entre les entreprises qui veulent embaucher à Bac +2 et encore davantage à Bac+4/5.
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« Comme nous n'en trouvons pas, nous compensons avec des embauches de personnes handicapées sur des métiers de support plus faciles à sourcer, explique Marie-Dominique Faivre, DRH du centre de Cadarache du CEA. Comme les secrétaires par exemple. Globalement, notre taux d'emploi avoisine les 5 %. Signe de notre engagement durable, nous avons prévu de nombreuses actions dans notre 2e accord sur le travail des personnes en situation de handicap signé en 2009. »
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Volontaristes par nécessité
Parmi nos invités, certains ne cachent pas leur irritation par rapport au caractère trop contraignant de cette loi. Ils l'appliquent sans conviction et le font savoir :
« Au risque de choquer, j'ose dire que nous appliquons la loi contraints et forcés, prévient Thierry Billion, DRH de CMA CGM. La conjoncture est difficile, nos recrutements sont limités. Appliquer cette loi nous coûte 680 000 euros par an. Nous estimons qu'il y a d'autres moyens que la contrainte. »
Néanmoins, CMA CGM ne veut pas rester en marge et s'est doté d'une mission handicap depuis janvier dernier :
« Avant la mission handicap, nos différents sites menaient des actions éparses, analyse Florence Hernandez, responsable de la mission handicap de CMA CGM. La Mission permet d'homogénéiser nos pratiques. Notre objectif est d'améliorer de 30% notre taux d'emploi de personnes handicapées. Mais comme nous recrutons peu, nos efforts portent d'abord sur l'interne. Nous aidons nos salariés handicapés à se maintenir à leur poste. Par ricochet, nous espérons rassurer ceux qui ne se sont pas encore déclarés afin qu'ils se sentent en confiance pour le faire.»
Et le 3e groupe mondial de transport maritime par conteneurs n'est pas le seul à pointer les effets pervers de cette loi. Dans les Bouches du Rhône et les Alpes de Haute Provence, l'UIMM représente 1200 entreprises dont 90 % ont moins de 10 salariés :
« Je souhaite également rappeler que l'UIMM est contre ce genre de contraintes car c'est une atteinte à la productivité, lance Serge Bornarel, délégué général UIMM des deux départements. Et ça me gêne d'autant plus que le niveau d'employabilité des salariés de l'industrie est en train de monter fortement. Une telle politique de quota devient une taxe supplémentaire et non pas une politique d'aide à l'insertion. »
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Légendes :
Photo 1 : Serge Bornarel, délégué général UIMM
Photo 2 : Marc Low, consultant du cabinet Scoreman RH Partners
Photo 3 : Marc Fiori, DRH de L'Occitane
Photo 4 : Thierry Billion, DRH de CMA CGM
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Lire la suite :
A chaque entreprise, ses freins à l'embauche des personnes handicapées

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